OBSCURITÉ SANS PROFONDEUR
J'ai lu ton livre, ami, je l'ai lu, je te jure, Non sans goûter souvent son tour capricieux. Telle page contient une blonde figure Sur laquelle en rêvant on arrête ses yeux.
Tu décris assez bien la terrestre nature ; Tu dépeins la beauté sous des traits curieux; Mais, quand tu vas plus loin, ta pensée est obscure, Et j'en poursuis en vain le sens mystérieux.
Lorsque je lis Pascal, Tacite ou Malebranche,
Tandis que mon front cherche et sur ma main se penche.
Si je ne comprends pas, je dis : « Tant pis pour moi ! »
Mais, quand je te lis, toi, dont la muse vulgaire,
S'en tenant au réel, ne le dépasse guère,
Si je ne comprends pas, c'est bien tant pis pour toi !
/AVELOTS ET JAVELI\ES. 305