A UN JEUNE ROMANCIER
Ql'I SONGEAIT A SE FAIRE SOLDAT.
Quoi! ton ambition trompée, Dis-tu, veut un autre aliment; Et tu quitterais le roman Pour les actes de l'épopée !
Ame de songes occupée, Demeure dans ton élément; La plume égale au moins l'épée, Et c'est un outil plus clément.
Poursuis ton doux labeur, travaille -, C'est un cruel métier, hélas !
Que de porter un coutelas ;
Et, de César eût-on la taille.
Mieux vaut encor laisser Gil Blas Que tout le sang d'une bataille!
YII
LE PAiN DE L'AVEMU
Sur un étroit chemin qui mène jusqu'à Rome, Un pauvre homme en haillons mange un morceau de pain; C'est tout ce qu'il possède, et, quoique dur, en somme, Ce pain le fortifie et suffit à sa faim.
Un autre, bien vêtu, sage que l'on renomme, Lui dit : (( Quitte cela; ce froment n'est pas sain. Le monde en a vécu jusqu'ici, mais, digne homme, Si tu l'estimes bon, tu n'as pas le goût fin.
» — Je vous crois, » dit le pauvre, et, de ce blé qu'il mange, 11 fait quatre morceaux qu'il jette dans la fange. Et rit de ses aïeux, ces crédules esprits.
La faim est là pourtant; il s'adresse à l'apôtre : « Remplace, ô mon ami, le pain que tu m'as pris. » Et l'ami lui répond : u Attends, j'en cherche un autre ! »