LA RIME RICHE
Fureur de bien rimer, que ne fais-tu point faire ? Que de plumes par toi s'en vont, tout de travers. Chercher je ne sais où, pour achever le vers, Un mot dont le bon sens n'avait aucune affaire !
Un vocable naïf me serait nécessaire :
Mais non, si l'on est pris de cet amour pervers, Pour mieux doter la rime, on change d'hémisphère. Et l'on rapporte un mot grand comme l'univers.
Sans cette escrime-là, dit-on, l'esprit se rouille; 11 faut, pour bien tirer, être un peu ferrailleur. Je ne sais si le mot est sincère ou railleur;
Mais je hais un esprit qui dans le jeu s'embrouille; Et, lorsqu'au bout du vers je n'attends qu'une fleur. Je n'aime pas du tout y voir une citrouille.
FORTUNÂTE SENEX
Par ringrate nature orné de minces dons, Pour avoir fait jadis, compulsant plus d'un tome, Quelques vers de fabrique, il fut nommé grand homme; Il apparut colosse entre les myrmidons.
Aux illustres emplois depuis lors on le nomme; Vieillard, il compte moins de jours que de cordons, S'il est un sort meilleur, je Tirai dire à Rome, Et j'en rapporterai pour lui quelques pardons.
Âh! les temps ne sont plus où quelques pâles rimes Vous emportaient un homme aux faîtes escarpés, Et le faisaient planer sur les plus hautes cimes.
Jeunes gens, jeunes gens, ambitieux trompés.
Laissez là vos espoirs et vos rêves sublimes :
« Vous n'irez plus au bois, les lauriers sont coupés ! -)