‹ Sonnets franc-comtois inédits, écrits au Commencement du 17e siècle et publiés pour la première fois d'après le manuscrit original, avec une introd. historique et des notes, et la description des gravures inédites de Pierre de LoysiChapitre 35 sur 72 · Du crocodile · texte numérisé non relu

Du crocodile

Festina lente.

{ Hâte-toi lentement.)

Une tortue; au second plan, une course de bart|ues; la barque qui est montée par un seul homme arrive la première.

Advancés-vous, mais lentement; Qui va viste tombe aysement.

Es-tu d'humeur pesante, es-tu d'humeur hastive, S'il te eonrient haster, que ce soit lentement. S'il te faut retarder, que ce retardement Tous jour s aye à caste la promptitude active.

La tortue à marcher est trop lente et tardive.

L'aisle est trop prompte et souple à voler vistement. De ces deux joints ensemble en beau tempérament Aux affaires du monde un beau succès arrive.

Fuis la soudaineté, elle est aveugle et nuit. Fuis la tardiveté, elle est sourde et ne bruit Que VEstat offencé n'ait souffert de la honte.

-Vy trop prompt, ny trop lent. Tandis que les Romains Minutoient au Sénat s'ilz deffendroient Sagunte ' , Sagunte se rendit aux Pœnois ^ inhumains.

I. Rome ei Cartilage vivaient en paix, à la suite d'un traité

qui avait mis fin à la première guerre punique, et dont l'une des clauses garantissait l'indépendance de Sagonte, ville grécolatine d'Espagne, au sud de l'Èbre. Annibal , à la tète d'une armée de i5o,ooo hommes, vint assiéger cette ville, qui dut se rendre après une résistance désespérée de huit mois (219 ans av. J.-C). Telle fut la cause de la seconde guerre punique. ■2 . Carthaginois.

Assentator.

(Flatteur.)

Un caméléon.

Quiconque est menteur ou tlatieur De libre devient serviteur.

Flatteurs, monstres doués d'amc et de face humaine, Et serpents venimeux dez le nombril en bas. Au laid caméléon ne rcssemblés-vous pas, Qui reçoit en son corps toute couleur prochaine f

Cœsar va il desceint, la ceinteure vous penne. Néron des belles voix ayme il les esbats, Au doux air des chansons sont vos plus doux appas, Et dictes que son chant est un chant de sireine.

L' Roy veut-il manger, vous avés appétit.

Le Roy veut-il chommer, vous dormes un petit. Le Roy est-il fasché, vous estes en ombrage.

Lisches guenons de cour, esprits peu relevés, N'estes-vous pas bien folz de vivre en tel servage Pour quelque doux soubris que vous en recevés?

X X X 1 1 Dant ardua laudem.

(Les labeurs pénibles engendrent la gloire.) Un casque sur une panoplie.

Les haulis desseins comblent d'honneur Quiconcque en est l'entrepreneur.

Dedans des lits muscqués, parrny les vains appas De la molle Venus, entre les damoiselles, Les théâtres, les jeux, les dances macquerellcs, Les festins et les bains, l'honneur ne s'acquiert pas.

Le voulés-vous trouver, ne cerchés les esbats, Mais plustost le labeur des neuf doctes pucèlles, Aux desseins glorieux, aux batailles cruelles, Sous l'ardeur du soleil, parrny les chauds coruDats.

qo SONNETS KRANC-COMTOIS

Tant de glaives trenchants, tant d'armes estoffées, De traits, de javelots, pendus corne trophées, Sont les vrays escussons des hommes généreux.

Alexandre par là entreprit ses concjuestes, Et le contentement des louanges parfaictes Procède seulement des actes valeureux.

Virginitas fera qugeque doinat.

'La virginité dompte tout ce qui eu féroce.)

Un cheval-licorne que caresse une belle dame en riche costume du temps.

{Le texte de ce sonnet a été déchiré.)

1. Madeleine de Bauflremont , sans doute, car cette figure essemble beaucoup à celte de l'estampe qui accompagne le

1111 et LV.

Allicit ut perdat.

(Elle vous attire pour vous perdre.)

Au milieu d'un désert, un léopard entouré d'un lapin, d'un lézard, d'une tortue, d'un bœuf et d'un mouton.

La volupté attire rhomme, Puis après elle le consomme.

On ciicî qu'une lamie ' ez grands chemins d'Affrlcque, Descouvrant ses teiins beaux en perfection, Attire les passans à son affection, Leurs offrant les baisers de sa bouche impudicijuc.

Puis, ayant assovit son appétit lubricque, Ccste infâme, confite en toute infection, Pour leurs juste loyer de leurs conjunction, Les tue et repaist d'eux son ventre famelicque.

Ld glouitc paillairdise en ses allechements Donne à ses amoureux de telz embrassements, Du malheur des humains la féconde Pandore^

Voire après le parfum de ses accoustrements, Comme un parde ^ emmuscqué attire ses amants, Qiic surpris de la sorte elle tue et dei'ore.

1 . Être fabuleux qu'on représentait ordinairement avec une tète de femme et un corps de serpent.

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