LE POETE
Garsons ne chantez plus, ja N'esper nous com-
[mande De serrer nos troupeaux, les Loups sont ja dehors..
Demain à la frescheur avec une autre bande Nous reviendrons danser à l'entour de ces bords.
Fontaine, ce-pendant de ceste tasse pleine Reçoy ce vin sacré que je renverse en toy : Sois dite pour jamais la Fontaine d'Heleine, Et conserve en tes eaux mes amours et ma foy.
Il ne suffit de boire en l'eau que j'ay sacrée A ceste belle Grecque, afin d'estre amoureux : 11 faut aussi dormir dedans un antre ombreux, Qui a joi«;nant sa rive en un mont son entrée.
Il faut d'un pied dispos danser dessus la pree, Et tourner par neuf fois autour d'un saule creux : Il faut passer la planche, il faut faire des vœux Au Père sainct Germain qui garde la contrée.
Cela fait, quand un cœur scroit un froid glaçon, Il sentira le feu d'une estrange façon Enflamer sa froideur. Croyez ceste escriture.
Amour du rouge sang des Geans tout souillé, Essuyant en ceste eau son beau corps despouillé, y laissa pour jamais ses feux et sa teinture.
Adieu cruelle adieu, je te suis ennuyeux : [pense. C'est trop chanté d'Amour sans nulle recom- Te serve qui voudra, je m'en vais, et je pense Qu'un autre serviteiu* ne te ser\'ira mieux.
Amour en quin/c mois m'a fait ingénieux, Me jettant au cer\'eau de ces vers la semence : La Raison maintenant me r'appelle,et metanse : Je ne veux si long temps devenir furieux.
Il ne faut plus nourrir ccst Enfant qui me ronge. Qui les crédules prend comme un poisson à Une plaisante farce, une belle mensonge, [l'hain,
Un plaisir pour cent maux qui s'en-vole soudain : Mais il se faut résoudre et tenir pour certain Que l'homme est malheureux qui se repaist d'un
[songe.