‹ Sonnets pour Hélène. Introd. et notes de Roger Sorg; avec un port. gravé sur boisChapitre 20 sur 25 · TROIS SONNETS · texte numérisé non relu

TROIS SONNETS

Si tu m'aymois de bouche autant comme d'escrit, Je serois bien-heureux : ta lettre est amoureuse, Ta parole au contraire est dure et rigoureuse, Qui la douceur d'Amour de son fiel en-aigrit.

Bien-heureux l'Escrivain qui les lettres t'apprit, Et ta nourrice soit maudite et malheureuse. Qui t'apprit à parler d'une voLx si douteuse. Voix qui trouble mes sens, et me tourne l'esprit.

Maistresse, s'il te plaist que mon cœur se console, Hay-moy par escriture, et m'aymes de parole, Sans tromper ton escrit, de l'esprit serviteur.

S'il te plaist, ne promets espoir de recompense, Parle d'autre façon, ton esprit est menteur, Qui fait parler la bouche autrement qu'il ne pense.

Quand je te promettrois, je ne letiendrois pas, J'aymerois mieux mourir, j'ay trop de conscience : Heleine, tes propos sont pleins de défiance, Je ne me prens crédule à si conmiun apas.

Le Piedmont et la Cour où d'enfance tu as Demeuré si longtemps, m'en donnent asseurance, Autrement dit ta langue, autrement ton cœur

[pense, « Le plaisir amoureux vaut mieux que le trespas.

Plus d'un mignard refus, plus d'une face lente Tu me dis que nenny, plus je suis resjouy : C'est langage de Cour que ta voix inconstante,

Où nenny sert d'ouy : j'ay nenny trop ouy, Dis quelquefois ouy : je serois sans attente, Si en lieu de nenny tu me disois ouy.

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