‹ Sonnets pour Hélène. Introd. et notes de Roger Sorg; avec un port. gravé sur boisChapitre 22 sur 25 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Plus estroit que la Vigne à l'Ormeau se marie

De bras souplement forts, Du lien de tes mains, Maistresse, je te prie,

Enlace-moy le corps.

Et feignant de dormir, d'une mignarde face, Sur mon front panche toy :

Inspire, en me baisant, ton haleine et ta grâce Et ton cœur dedans moy.

Puis appuyant ton sein sur le mien qui se pâme,

Pour mon mal appaiser. Serre plus fort mon' col, et me redonne l'ame

Par l'esprit d'un baiser.

Si tu me fais ce bien, par tes yeux je te jure,

Serment qui m'est si cher, Que de tes bras aimez jamais autre avanture

Ne pourra m'arracher :

Mais souffrant doucement le joug de ton Empire, Tant soit-il rigoureux,

Dans les champs Elisez une mesme navire Nous passera tous deux.

Là morts de trop) aimer sous les branches Myr- Nous verrons tous les jours [tines,

Les anciens Héros auprès des Héroïnes Ne parler que d'amours.

Tantost nous dancerons par les fleurs des rivages

Sous maints accords divers, Tantost lassez du bal irons sous les ombrages

Des Lauriers tousjours verds :

Où le mollet Zephyre en haletant secoue,

De souspirs printaniers Ores les Orangers, ores mignard se joue

Entre les Citronniers.

Là du plaisant Avril la saison immortelle

Sans eschange se suit :

La terre sans labeur de sa grasse mammelle

Toute chose y produit.

D'embas la troupe sainte autrefois amoureuse,

Nous honorant sur tous.

Viendra nous saluer, s 'estimant bien-heureuse

De s'accointer de nous.

SIX PIECES RETRANCHEES 233

Puis nous faisant asseoir dessus l'herbe fleurie,

De toutes au milieu, Nulle en se retirant ne sera point marrie

De nous quitter son lieu.

Non celle qu'un Toreau sous une peau menteuse

Emporta par la mer :

Non celle qu'Apollon veit vierge despiteuse

En laurier se fDrmer :

Ny celles qui s'en vont toutes tristes ensemble,

Artemise et Didon :

Ny ceste belle Grecque à qui ta beauté semble,

Comme tu fais de nom.

[Pièce figurant aux Amours Diverses à partir de 1584].

La constance et l'honneur sont noms pleins d'im-

[posture, Que vous alléguez tant, sottement inventez De nos pères resveurs, par lesquels vous ostez Et forcez les presens les meilleurs de Nature.

Vous trompez vostre sexe et luy faites injure : D'un frein imaginé faussement vous dontez Vos plaisirs, vos désirs, vous et vos volontez, Vous serv^ant de la Loy pour vaine couverture.

Ccst honneur ceste loy sont bons pour un lour-

[daut Qui ne cognoist soy-mcsme et les plaisirs qu'il faut Pour vivre heureusement dont Nature s'esgaye.

Vostre esprit est trop bon pour ne le sçavoir pas : Vous prendrez, s'il vous plaist, les sots à tels appas : Je ne veux pour le faux tromper la chose vraye.

[Pièce figurant aux Amours Diverses

i\ partir de 1584].

SIX PIECES RETRANCHEES 235

Voulant tuer le feu, dont la chaleur me cuit Les muscles et les nerfs, les tendons et les veines, Et cherchant de trouver une fin à mes peines, Je vy bien à tes yeux que j'estois esconduit.

D'un refus asseuré tu me payas le fruit Que j'esperois avoir : ô espérances vaines ! O fondemens assis sur débiles arènes !

Malheureux qui soymesme abuse et se séduit !

O beauté sans merci, ta fraude est descouverte ! J'aime mieux estre sage après quatre ans de perte, Que plus long temps ma vie en langueur dessei-

[cher.

Je ne veux point blasmer ta beauté que j'honore, Je ne suis mesdisant comme fut Stesichore, Mais je veux de mon col les liens destacher.

[Pièce figurant aux Amours diverses à partir de 1584].

Je faisois ces Sonnets en l'antre Piéride, Quand on vit les François sous les armes suer, Quand on vit tout le peuple en fureur se ruer, Quand Bellonne sanglante alloit devant pour

[guide :

Quand en lieu de la Loy le vice, l'homicide. L'impudence, le meurtre, et se sçavoir muer En Glauque et en Protee, et l'Estat remuer, Estoient tiltres d'honneur, nouvelle Thebaïde.

Pour tromper les soucis d'un temps si ^^cieux, J'escrivois en ces vers ma complainte inutile. Mars aussi bien qu'.\mour de larmes est joyeux.

L'autre guerre est cruelle, et la mienne est gen- La mienne finiroit par un combat de deux, [tille : Et l'autre ne pourroit par un camp de cent mille.

[Pièce figurant aux Amours diverses en 1578 au premier livre des Sonnets pour Hélène en 1584, aux Amours diverses en 1587].

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