SOPHIE, GABRIELLE
SOPHIE
C'est un bien aimable jeune homme que IM. Léon de Lisle, n'est-ce pas, ma fille?
GiBRIEtLE.
Mais, ma mère, tu peux mieux juger que moi...
SOPHIE
Crois-tu?... Son oncle, officier du génie, homme de goût et de science, artiste distingué, est généralement estimé; et son neveu. . .
GABKiELLE, Se jetant dans les bras de sa mère.
Oh! ma mère!
SOPHIE
Eh bien ! mon enfant, qu'as-tu donc?
GABBIELLE.
C'est que je suis bien embarrassée. . .
SOPHIE. w
Avec moi?. . .
GABBIEtLE.
Tiens, maman; aussi bien, cane pourrait durer plus longtemps. . . j'ai une confidence à te faire.
SOPHIE
Quelque bagatelle que tu désires? lu peux parler.
GABRIELLE
Sans doute il faut parler. . . Si tu étais assez boimc pour deviner.
SOPHIE
Quoi?
GABRIELLE
Comment! tu ne. . .
SOPHIE
Non.
GABRIELLE
Ce jeune homme, dont l'oncle est un artiste distingué, un officier du génie...
Qui donc?
Eh mais I M. Léon
Eh bien?
Si
SOPHIE
GÂBRIELLE.
SOPHIE
GABRIELtE.
Eh bien! maman, il m'aime; il me l'a dit.
SOPHIE
Et toi?
GABRIELLE
\h! moi. . . ici arrive la confidence que j'ai à te faire. . . c'est le plus difficile.
Air de M. Doche.
Bien long-leraps sévère, J'avais su, ma mère, D'un pareil mystère Fuir les doux aveux :
Oui, mais sa souffrance Flécliil ma prudence.
J'eus lort, je le pense , D'écouter ses veux ; Mais il fil entendre Une voix si tendre, Que, sans me défendre, J'engageai ma foi.
Jusqu'alors sincère, Gronde-moi, ma mère, D'avoir pu me taire ; Mais pardonne-moi.
De l'amour qui m'agite, hélas ! je n'attends rien, El pourtant cet amour me fait du bien.
SOPHIE
Mtine air.
Douce et confiante , Ton ame innocente, D'un mal qui tourmente , Ressent les doux feux.
Si de ce mystère, Ton cœur, moins sincère, Avait, à la mère, Caché les aveux ; J'aurais dû, ma chère.
Rigide et sévère , Montrer ma colère.
Mais tu viens parler.
Devant ta franchise, Aussi ma devise.
Mon courroux se brise, Et loin de trembler De l'aveu qui t'échappe, enfant, ah J ne crains rien ; Car le cœur d'une mère entend le tien.
GA.BRIELLE; essuyaut ses pteurs.
£t moi qui tremblais de parler !
SOPHIE
T'ai-je appris à craindre ta mère ?
GABRIELLE
Toujours à l'aimer... Eh bien! je l'avoue, je redoutais de rencontrer un juge sévère...
SOPHIE
Où tu ne verras jamais que la plus tendre amie.
GABRIELLE
Oh ! que je suis coupable !
SOPHIE
Chagrins, plaisirs, secrets, dis tout à celle qui ne vit que pour ton bonheur. Tu la trouveras toujours prête à sourire de la félicité, à essuyer tes pleurs, si, comme dans ce moment. . . Allons, cache vite ces larmes, enfant : il n'aurait qu'à te trouver moins jolie...
GABRIELLE
Qui donc?
SOPHIE
Le neveu de l'offRcier du génie, de l'artiste distingué. . .
GABRIELLE
Ah !*maman, tu te moques de moi.
SOPHIE, en l'embrassant. Je te punis.
GABRIELLE
J'aurais donc bien fait de commencer par tout te dire.
SOPHIE
Oui. Eh bien! mademoiselle, pourquoi ces cheveux tombentils? remontez dans votre chambre, tout de suite, et arrangez-moi cette coiffure : quand il reviendra tantôt, je veux qu'il vous trouve éblouissante de beauté; car, qui sait? j'aurai peut-être de bonnes nouvelles à vous donner.
GABRIELLE
J'y cours, maman. {Elle sort.)