I.E MARQCIS
Celte profession ne serait-elle pas plutôt mw prétexte qui sert à masquer votre ambition?
MIRABEATJ.
Moi ambitieux!
LE MARQUIS
Certain que les suffrages de la noblesse ne vous porteraient pas aux états-généraux, vous flattez le parti populaire. Impatient de célébrité, vous la demandez au tiere.-état,
MIRABEAr.
Et quand cela sera vrai, ce choix ne nous honorerait-il pas tous deux. Le peuple trouverait- il beaucoup de défenseurs pour soutenir sa cause avec plus d'énergie?
Ah! si les lois n'avaient pas perdu de leur force...
Vous m'auriez déjà entouré d'espions, forcé de fuir, comme parle passé, sur un territoire étranger que vos émissaires n'auraient pas respecté; et, grâce à eux. plongé de nouveau dans l'horreur d'un cachot...
LE MARQUIS
Pourquoi cessez-vous de vous montrer digne de votre nom ?
Mon nom, qu'a-t-il de si célèbre?
LE MARQUIS
Et si je vous défendais de le porter?
Eh mon Dieu! reprenez-le, si vous y tenez tant; quel que soit celui que j'adopte avec les idées qui fermentent aujourd'hui et que je développerai bientôt, je l'espère, il n'existera pa-^ un homuK! qui ne soit fier de le porter.
LE MARQUIS
Mais que voulez-vous ?
MIBADEAV.
La liberté.
LE MARQUIS
La liberté pour le peuple?
MIUABEAV.
La liberté pour tous : l'égalité devant la loi, une juste répartition des charges de l'Etat, l'abolition de la corvée, de la dîme,..
LE MABQriS.
Vous prétendez que la noblesse paye des impôts ?
Puisque l'Etat s'est obéré, parce qu'elle a puisé si largement dans le trésor, il y a justice do l'obliger à concourir pour combler le déficit.
LE MARQUIS
Nous n'y consentirons jamais.
Le droit est pour nous, et nous vous y amènerons.
LE MARQt;iS.
Vous vous chargerez peut-être de nous convaincre ?
Nous ferons des lois, il faudra bien que tout le monde s'y soumette.
LE MARQUIS
Aurez-vous le roi peur vous?
Sans doute; car le roi ne veut que le bonheur de ia France.
LE MARQUIS
Mais son ministère ?
Comme tout ministère désavoué par l'opinion . il tomltera.
LE MAT,QUIS
La volonté du prince l'a l'ait monter au pouvoir.
La raison du peuple l'en fera descendre.
LE MARQUIS
Pur sophisme !. . D'ailleurs, quand nous en serons là. . .
MlRABr.AU.
Prenez-y garde.. . ne jouez pas avec le feu. La France dort sur nn volcan, ne la réveillez pas.
LE MARQUIS
Le roi a de nombreux soulieiis,
MlUABEAV.
Et qui songe à l'attaquer? Il changera de ministres et tout sera dit.
LK MARQl'IS.
Il ne le fera pas. . . Il appellera autour de lui sa fidèle noblesse. .
Ah! puisse ce jour ne jamais arriver!
LE JIARQCIS.
\ous le craignez?
Pour le roi ; car ce jour-là il se trouverait tout seul.
LE MARQUIS
Et c'est mon fils qui parle ainsi !
BllRABEAU.
Eh! mon Dieuîje sais trop bien l'apprécier cette noblesse. Je iui appartiens encore par mes vices.
LE MARQUIS
Et vous appartenez peut-être au peuple par vos vertus.
Oh! non, il vaut mieuxque moi, c'est unejustice à lui rendre,
SCEWE XIV.