‹ Sophie et Mirabeau, ou, 1773 et 1789Chapitre 33 sur 42 · MIRABEAU, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

MIRABEAU, LE MARQUIS

Vous avez di» vous impatienter, monsieur, de cette interruption ; mais dans mon état. . .

LE MARQtJIS.

Suis-je assez avili! Grâce à vous, je ne puis plus reparaître dans le monde. Ce soir le prince de Beauvau reçoit : irai-je montrer à celte assemblée le père de son marchand de draps?

Et pourquoi pas?

LE MARQUIS

Enfin, monsieur, voulez-vous recouvrer un rang, une fortune dans le monde ?

Est-ce au prix d'une bassesse ?

La cour ne se dissimule pas tout ce que peut faire voire tête ardente.

Elle veut acheter ma conscience ; et c'est vous, mon père , qui êtes chargé delà marchander!

LE MARQUIS

Vous avez soif de la tribune? Eh bien! votre frère est porté par la noblesse aux États-Généraux, disposez de ses voix.

Moi, prisonnier d'Etat sous le despotisme, moi, méprisé jusqu'à ce jour par la noblesse, je deviendrais son député! Les nobles m'ont jeté dans le peuple, je mourrai homme du peuple.

LE MARQUIS

Croyez-vous donc, brouillon populaire, tribun de carrefour, que l'on ne vous arrêtera pas dans vos projets.

Malheur à qui oserait y songer !

LE MARQUIS

Vous voulez incendier votre patrie.

Je veux la régénérer.

LE MARQUIS

Eh bien! si le peuple vous nomme, que rinfainic, que la

4fi

honte retoiiibciit sur ceux qui les auront provoquées ! Aile/armer la populace ! nous appellerons l'Europe.

AlIRABEAl'.

Vous?

LE MARQBIS.

Mieux vaut l'étranger chez nous, pour étouffer la rébellion, que de périr victime des fureurs populaires.

Ah ! gardez-vous de concevoir ce projet parricide.

LE MARQCIS.

La crainte vous saisit donc enfin ?

MIRABEA1'.

Moi! craindre... Oh! vous ne connaissez pas la France.

LE MARQUIS

Et que lerâ-t-elle contre les forces réunies de tous les rois? Air : Des devoirs de la cheralerie.

Si leurs soldats, couverts de cicatrices, Marchenl sur vous?

Nous leur opposerons Des paysans, de nouvelles milices.

LE MARQUIS, avec mépris.

A peine armés de fourches, de bàlons.

Si ce n'est rien pour des masses paisibles^ Lorsque le joug pèse au peuple agité : Ces armes-là sont des armes terribles Aux mains de qui marche à la liberlé.

Eh bien donc! puisque vous le voulez, la guerre!

La guerre soit, et que Dieu nous juge.

[Le marquis sort. )

Page 1