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CHAPITRE II

La lutte de classes et les conditions politiques.

I. — La lutte de classes. — « Le prolétariat classe régnante ». — Art de commander, esprit de discipline. — Monastères et casernes avec des femmes et des enfants. — Droits électoraux. — Partis. — La politique des dépouilles. — Remplacement de la concurrence économique par la concurrence politique. — Nul ne travaillera que sur la réquisition et qu'au profit de ses adversaires.

II. — Les socialistes et l'État. — Le Pérou et le Paraguay. — Apreté de la lutte politique.

La lutte de classes, dit le Manifeste communiste, doit avoir pour résultat la suppression des classes; mais elle doit constituer « le prolétariat en classe régnante (§ 52) ». Or, si le prolétariat est une classe régnante, il y aura donc une classe oppressive et une classe opprimée. Les classes n'auront pas disparu. Elles auront simplement changé de position.

Le Manifeste communiste a pour condition suprême de « centraliser les moyens de production entre les mains de l'État (§ 52) ».

Il y aura au moins deux classes : l'une des fonctionnaires qui répartiront les charges et les résultats du travail, l'autre des corvéables qui l'exécuteront. Ce

régime ne sera pas celui de la paix sociale. La concurrence politique remplacera la concurrence économique.

Jusqu'à présent, on n'a constaté que trois moyens de provoquer les actes humains : la contrainte, la séduction, la rémunération.

La contrainte, c'est le travail servile. Travaille ou je trappe. La séduction des hautes situations, des galons, des décorations, des rangs protocolaires, des couronnes peut compléter la contrainte; nous voyons ces deux moyens employés ensemble dans 1rs écoles, les églises et l'armée.

Leur succès comporte deux conditions : d'un côté, l'art de commander; de l'autre côté, l'esprit de discipline. Mais qu'est-ce? Ce sont là des (.•(militions de l'esprit militaire, fondé sur le respecl de la hiérarchie. L'ordre, dans la société communiste, exige les vertus des couvents et des casernes. Mais ces établissements consomment et ne produisent pas: et, de pins, ils ont éliminé la question de la femme et <\v< enfants.

Dans la société collectiviste, y aura-l-i! des citoyens ayant des droit électoraux? Mais le \<>ic n'esl qu'un instrument pour classer les partis : donc il y aura des partis, drs majorités el des minorités, des partis qui arriveronl au pouvoir el d'autres qui seront dansl'opposit ion.

Karl Marx dit qu'il n'a pas la prétention de changer la nature humaine. Mais si la nature n'est pas changée, les compétitions seronl d'autant plus âpres que le parti an pouvoir, disposant de toutes les ressources de la vie. punira s'attribuer tous 1< ;s avantages el imposer les charges à ses adversaires. Ce sera la politique des dépouilles exaspérée. Il s'agira de savoir qui travailler! et qui profitera. Il y aura la classe servile el la classe bénéficiaire. La concurrence économique fera place à la

concurrence politique. Le meilleur moyen d'acquérir ne sera pas de produire et d'échanger; ce sera de dominer ot d'extorquer. La propriété collective aboutira à la

répression de la civilisation productive vers la civilisation guerrière.

Le parti au pouvoir répartira les chargeset les profits, de sorte que nul ne travaillera que sue la réquisition et qu'au profil de ses adversaires.

Schœflle lave à bon droit les socialistes du reproche d'être les ennemis de l'Etat (p. 52). Depuis Karl Marx, ils ont remplacé le mot Etat par celui de Société. Qu'importe? Tous leurs vœux, tous les articles de leurs programmes ont pour objet d'augmenter les attributions de l'Etat et de le charger du soin de la vie économique de la nation. « Quand l'organisation unitaire du travail sera devenue une réalité, dit Scbœfile, l'Etat socialiste possédera, au plus haut degré, ce solide engrenage organique qui a été le propre du moyen âge. » Toute centralisation des pouvoirs est un adjuvant du socialisme.

Une société socialiste ne peut se comprendre qu'avec des cadres rigides.

La société collectiviste ne pourrait fonctionner que sur le modèle du Pérou, sous la domination des Incas, ou du Paraguay, sous la domination des Jésuites '. La lutte humaine y serait supprimée, sauf entre les chefs : et alors ceux-ci en se disputant le pouvoir formeraienl des factions. Dans cet état de civilisation, la coexistence des partis serait impossible, et la lutte ne pourrait aboutir qu'à l'anéantissement des partis vaincus.

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