LA SOUVERAINETÉ DES GRÉVISTES
Quelques exemples récents qui prouvent la vérité de ces assertions ' :
Du G avril au 21 mai 1906, la ville de Montluçon fut entre les mains d'une poignée de meneurs qui, grâce à la lâcheté des fonctionnaires chargés d'assurer l'ordre, terrorisèrent la masse de la population et y suspendirent le travail à partir du 30 avril. On envoya bien des soldats, mais ils étaient enfermés dans les usines; on laissait la Bourse du Travail ordonner le 1er mai aux commerçants, cafetiers, restaurateurs, de fermer leurs cafés et magasins sous peine de pillage et de destruction. On laissait le jour suivant, des patrouilles de grévistes arrêter les ouvriers ou ne leur permettre de circuler qu'avec des laisser-passer qu'ils devaient payer. Les chefs se sentaient si bien les maîtres qu'ils dressèrent des tentes meublées et chauffées devant les établissements qu'ils mettaient en interdit.
M. Clemenceau, clans son discours de Lyon en avril 1900, faisait la description des faits de violence qui se passaient au moment même dans les mines du Pas-de- Calais :
Qu'on me dise si saccager les maisons des travailleurs, piller les fermes, les marchés, chasser les femmes et les enfants de leur domicile, traîner une malheureuse femme, ses vêtements déchirés, sur la place publique, lorsque tout son crime est d'avoir son mari au travail, s'emparer d'ouvriers revenant de la mine, leur mettre au front des écriteaux infamants, les faire agenouiller sous les coups, les contraindre à demander pardon d'avoir travaillé et, pour ce crime, à se déclarer fainéants; qu'on me dise si ce sont là des actes qu'un gouvernement ne saurait réprimer, sans se dénoncer lui-même comme un gouvernement de réacteurs.
M. Clemenceau avait souvent reproché aux divers ministères d'envoyer des troupes sur les lieux de
1. Revue Internationale du commerce, de l'industrie et de la banque, 30 juin 1906.
grèves. Il fut obligé d'envoyer 60 000 hommes dans le Pas-de-Calais et le Nord.
M;iis, comme la fouli' voit les gendarmes, les officiers et les soldats résignés aux injures et aux menaces, elle en vient aux voies de fait : et comme on ne peut ordonner aux gendarmes et aux soldats de se laisser désarmer, blesser ou tuer sans résistance, il y a des morts et des blessés.
Les socialistes on! introduit uno nouvelle théorie sur la grève.
A propos de la grève des dockers de Marseille, le 5 juillet 1904, M. Jaurès disait :
Nous, socialistes, dous avons toujours proclamé que la grève suspendait, mais ne luisait pas le contrai de travail; qu'un tel rapport, un tel lien subsistait entre l'entreprise el les ouvriers même en grève, que le patron ne pouvait appeler d'autres ouvriers pour prendre la place de ceux avec lesquels il doit négocier que par un véritable abus de pouvoir.
D'après cette thèse, les salariés ont le droil de quitter le travail ; mais le salariant doit les considérer comme inamovibles. Ils ont laissé là le travail qu'ils devaient faire. Parfaitement. Le salariant reste toujours lié à eux. Le travail dont il a besoin reste leur propriété. Il n'a pas le droit de le donner à d'autres.
Ainsi un marchand A refuserait de vendre à un prix \ telle marchandise; celui qui se sérail adressé à lui n'aurait plus le droit d'acheter a l!. a plus bas prix, la même marchandise.
Si le salariant ne peut satisfaire aux exigences «les ouvriers en grève el s'il est toujours lié à mx. il n'a qu'une ressource : fermer son usine.
Dans ce cas, M. Jaurès considérera-t-il que les ouvriers ont toujours le monopole des travaux (pion n'y exécutera plus?