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CHAPITRE IV

Le Programme du Havre et les solutions

de M. Jaurès

Les lois provisoires de M. Deslinières

Combien y a-t-il d'électeurs socialistes qui acceptent le programme du Congrès du Havre de 18S0 rédige par Karl Marx et présenté par Jules Guesde?

Le voici :

Considérant que l'émancipation de la classe productive esl celle de tous les êtres humains, -ans distinction de sexe ni de race;

Que les producteurs ne sauraient être libres qu'autanl qu'ils seront en possession des moyens de production terres, usines, navires, banques, crédit, etc. :

Qu'il n y a 'i1"' deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir :

i" La forme individuelle, qui n'a jamais existé à l'étal de fait général, el qui esl éliminée de plus «'n plus par lé progrès industriel :

•j " La forme collective, donl les éléments matériels el intellectuels sonl constitués par le développement même de la société capitaliste ;

Considérant,

Que cette appropriation collective ne peul sortir que de l'action révolutionnaire de la classe productive ou proléi.niai organisée en parti politique distinct ;

Qu'une pareille organisation doit être poursuivie ]>ar tous les yens donl dispose le prolétariat, y compris le suffrage

LE PROGRAMME Dl" HAVRE. 321

universel transformé ainsi d'instrument do duperie en instrument d'émancipation :

Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyen d'organisation et de lutte, d'entrer dans les [élections avec les revendications suivantes :

A. — Partie politique.

[' Abolition de toutes les lois sur la presse, les réunions et les associations et surtout de la loi contre l'Association internationale des Travailleurs. — Suppression du livret, cette mise en carte de la classe ouvrière, et de tous les articles du Code établissant l'infériorité de l'ouvriervis-à-vis du patron et l'infériorité de la femme vis-à-vis de l'homme ;

2° Suppression du budget des cultes et retour à la nation « des biens dits de mainmorte, meubles et immeubles, appartenant aux corporations religieuses» (décret de la Commune du 2 avril 1871), y compris toutes les annexes industrielles et commerciales de ces corporations;

3° Suppression de la Dette publique;

4" Abolition des armées permanentes et armement général du peuple ;

5° La Commune maîtresse de son administration et de sa police.

B. — Partie économique

1. Repos d'un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs défaire travailler plus de six jours sur sept. — Réduction légale de la journée de travail à huit heures pour les adultes. — Interdiction du travail des enfants dans les ateliers privés au-dessous de quatorze ans ; et de quatorze ans à dix-huit ans, réduction de la journée de travail à six heures;

2. Surveillance protectrice des apprentis par les corporations ouvrières;

3. Minimum légal des salaires, déterminé, chaque année, d'après le prix local des denrées, par une commission de statistique ouvrière;

i. Interdiction légale aux patrons d'employer les ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers frani ais;

.">. Eiralit»' de salaire à travail égal pour les travailleurs des deux sexes ;

G. Instruction scientifique et professionnelle de tous les enfants mis pour leur entretien à la charge de la Société, représentée par l'Etal et par la Commune;

7. Mise à la charge de la Société des vieillards et des invalides du travail ;

8. Suppression de toute immixtion des employeurs dans l'administration des caisses ouvrières de secours mutuels, de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers;

9. Responsabilité des patrons en matière d'accidents, garantie par un cautionnement versé' par l'employeur dans les caisses ouvrières, el proportionnée an nombre des ouvriers employés etaux dangers que présente l'industrie;

10. Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers; suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d'une pénalité quelconque leurs ouvriers sous forme d'amendes ou de retenues sur les salaires

décret de la Commune du 27 avril 1 K7 1 ;

il. Annulation de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique (banques, chemins de fer, mines, etc. . el exploitation de tous les ateliers de l'Etat confiée aux ouvriers qui y travaillent ;

1:2. Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant trois mille tram s. Suppression de l'héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant vingt mille francs.

Quelles solutions a présentées M.Jaurès sur chaque

question'.' M. Jaurès a VOUlu nous ramener a l'Egypte

des Pharaons' en remettant à l'Étal le monopole du commerce du blé : il disait avec ironie : Guyol nous accusera encore d'être (Ui> régressifs. 'Je ne pouvais cependant pas dire qu'il lût progressif.

i. Février 1894.

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Le 11 juin, il a donné s;i solution ;ï la crise viticole : « A partir du 1er juillet 1907, les domaines dans lesquels la culture de la vigne constitue l'élément principal du revenu sont propriété nationale. La nation en remettra l'exploitation à une association générale des travailleurs de la vigne, formée par des salariés de tout ordre employés à la viticulture. » Les propriétaires n'ont pas manifesté d'enthousiasme.

M. Deslinières a essayé, dans un ouvrage considérable intitulé le Collectivisme, de lui donner une organisation juridique. Voici les lois urgentes et provisoires qu'il propose (p. 469) :

1° Donner des armes à l'exécutif pour éviter tous désordres dès leur naissance.

2° Suspendre la liberté de presse et de réunion.

3° Restituer au gouvernement le droit de nommer les municipalités.

4° Mettre tous les Français majeurs, et n'ayant pas atteinl l'âge de la retraite, en réquisition permanente pour assurer les services publics, moyennant un juste salaire.

4° En cas de refus, confiscation de tout actif d'un revenu supérieur au salaire d'un journalier de troisième classe ; pour ceux qui ont un actif inférieur, leur classement parmi les pensionnaires de l'assistance sociale.

59 Déchéance de la qualité de fiançais et la confiscation de quiconque séjournerait sans autorisation plus de trois mois à l'étranger.

0° Annulation de tous procès contre débiteurs.

7° Tous les fonctionnaires, tous les industriels, tous les cultivateurs sont tenus de continuer leurs fondions et leurs exploitations sous les peines indiquées à l'article 4.

8° Droit de réquisition sur toutes choses.

Et pendant combien de temps ce système sera-t-il en vigueur? M. Deslinières répond : — Non seulement jusqu'au vote des lois définitives, mais jusqu'à leur complète application.

M. Georges Renard, qui essaye de faire un socialisme éclectique et attrayant, dit : « Le socialisme sera un régime d'autorité. » Sur ce point, je suis d'accord avec lui1.

1. Georges Renard, Le Régime socialiste, 1898 (F. Alcan édit. — Le socialisme à l'œuvre, p. 300.

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