‹ Sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 42 sur 60 · U\E FABRIQUE D'OPIUM. — LA MISE EN POTS · texte numérisé non relu

U\E FABRIQUE D'OPIUM. — LA MISE EN POTS

D'après nne grature anglaise.

en marchandises : l'empire se voit ainsi obligé de dégorger une grande partie de l'argent tenu en réserve.

Ce commerce a pris des proportions immenses. J'emprunte à une publication anglaise quelques vues prises dans une fabrique del'Hindoustan. Des salles immenses sont utilisées à la préparation des sucs de pavots, puis à leur dessiccation dans des vases de

terre. On prépare là des millions de kilogrammes de substances toxiques.

Vous aurez une idée de l'importance de celle opération, quand

UKE FABRIQUE D'OPIL'M. — LE SÉCHOIR.

D'après nne gravure anglaise.

vous saurez qu'aujourd'hui encore il entre annuellement en Chine soixante-dix mille caisses d'opium indien, valant au moins trois cents millionsdefrancs.Pourlrois cents miliionsdepoisoningurgité par droit de guerre à tout un peuple ! Ajoutez à cela la réalisation de la prédiction de Fauvel, c'est-à-dire le choléra instantanément apporté à des milliers d'Européens pour que quelques ballots de

LAMORPHINE ET L'ETHER.

coton arrivent un peu plus vite à Londres, et vous vous étonnerez peut-être que ce soient les mêmes hommes, auteurs de ces calamités, qui ont fait des lois draconiennes contre tout savant qui

LA FLOTTE DE l'OPIUM.

D'après une gravure anglaise.

essayerait sur un animal une expérience destinée à soulager l'humanité; les mêmes qui, il y a peu de temps encore, condamnaient à la prison un célèbre médecin, parce que, dans un congrès d'hygiène, voulant montrer les désastres de l'absinthisme, il avait tué... un lapin.

Quoi qu'il en soit, les Chinois fument l'opium, dès l'âge de vingt

à vingt-cinq ans. Ils se servent pour cela de pipes de différents modèles dont je mets quelques échantillons sous vos yeux. L'opium, roulé en petites boules, est placé sur le fourneau au moyen d'une aiguille, puis enflammé à une lampe.

L'effet immédiat est une sorte d'état vertigineux. Les préoccu-

PIPES A OPIUAI ET A TABAC OPIACE,

D'après nalure.

pations de l'esprit disparaissent comme les douleurs du corps ; puis, comme dans Topiopliagie, survient un délire bruyant, une sorte d'état maniaque dans lequel le sujet s'agite, hurle et brise tout autour de lui. Souvent on le voit sortir de sa maison, s'élancer sur le premier venu et le tuer. On raconte qu'un jour, un de ces forcenés se jeta sur la lance d'un soldat de police avec tant de force, qu'il s'embrocha lui-même non-seulement dans le fer, mais dans le bois, et qu'il arriva ainsi jusque sur son adversaire qu'il tua de son poignard. C'est pour éviter cet accident que certains agents de

l'ordre public sont armés de fourches avec lesquelles ils saisissent les fumeurs délirants et les collent contre le mur jusqu'à ce qu'on ait pu les désarmer.

Il existe en Chine des cabarets pareils à ceux de la Turquie, oii les gens du peuple vont fumer : les régisseurs de ces sortes d'établissements se chargent de les altacher s'ils deviennent furieux; ils les roulent sur des divans quand ils en arrivent à la période d'abrutissement.

Dans quelques endroits il existe même des sortes de caves où pour plus de sûreté on enferme les fumeurs pêle-mêle et sans surveillance. Ils peuvent crier, hurler, se battre sans risquer d'attirer l'attention de la police. Il n'est pas rare, quand le matin on vient à ouvrir un de ces repaires, d'y trouver quelques cadavres. Il y a peu de temps l'administration anglaise découvrit à Londres même un de ces établissements importé par les Chinois.

Vous concevez sans peine, Messieurs, que l'intelligence ne résiste pas longtemps à de pareils traitements.

C'est qu'en effet, le fumeur d'opium, comme le mangeur,, est forcé d'augmenter rapidement la dose de son poison. Au bout de six à huit mois, il doit fumer une dizaine de pipes par jour : tout son argent y passe, il est ruiné en un au : il vend ce qu'il possède, puis il joue, et, quand il a tout perdu, il joue ses doigts, dont il abat une phalange d'un coup de hachette chaque fois qu'il se trouve avoir perdu. (Bail.) Les auteurs s'accordent à dire que le maximum de la vie d'un fumeur est alors de cinq ou six ans.

Outre sa torpeur intellectuelle, le fumeur nous présente un état cachectique caractéristique; son appétit est perdu, toutes ses fonctions suspendues; son teint est plombé, et son corps tellement maigre, qu'il semble n'être qu'un squelette habillé de peau.

En face d'un pareil mal, le gouvernement impérial a essayé de réagir : il a d'abord frappé d'impôt l'entrée de l'opium.

Ce système n'a pas élé heureux : le fonctionnaire chinois n'est

pas seulement menteur, il est surtout voleur, et c'est de la concussion qu'il tire le plus clair de ses revenus. Si j'en crois M. de Moges, le tao-fai de Shang-haï se faisait, en 1860, pour un million de pots-de-vin, rien qu'en laissant entrer de l'opium en contrebande.

Devant son insuccès douanier, le gouvernement essaya de la jurisprudence pénale. Ecoutez l'arrêt que lança, en 1841, le viceroi de Canton :

« Voilà deux ans que le chef du Céleste Empire a défendu à tous ses sujets de fumer l'opium. Ce délai de grâce expire le douzième jour de la douzième lune de cette année. Alors tous les coupables de contravention seront punis de mort, leurs têtes seront exposées en public, afin d'effrayer ceux qui seraient tentés de les imiter. — J'ai réfléchi pourtant que l'emprisonnement solitaire était plus efficace que la peine capitale pour arrêter un aussi épouvantable délit. Je déclare donc que je vais faire construire près de la porte d'éternelle pureté une prison spéciale pour les fumeurs d'opium. Là, ils seront tous, riches ou pauvres, enfermés dans une cellule étroite, éclairée par une fenêtre, avec deux planches servant de lit et de siège pour s'asseoir. On leur donnera chaque jour une ration d'huile, de riz et de légumes. En cas de récidive, ils subiront la mort. »

Cette législation avait un inconvénient : la peine était hors de proportion avec le crime, et par suite inapplicable. Voyez-vous nos cours d'assises condamnant à la guillotine tous ceux qui fument ou qui prisent? Il y aurait là de belles occasions pour l'exercice du droit de grâce.

D'ailleurs, en regardant autour de lui, l'Empereur s'aperçut que ses femmes elles-mêmes fumaient de l'opium, et je ne garantirais pas que, s'il eût voulu prendre son arrêté bien à la lettre, il n'eût pas dû commencer par se suicider.

Après la législation, on essaya de la moralisation, des prédica-

LE FU.1IEUR d'opium s'aBANDONNE A S0\ VICK. '^ ^'''^ ^^^^ ^'^^- OISIVKTE ABSOLUE.

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