‹ Sotileza, romanChapitre 31 sur 48 · SOT I LEZ A · texte numérisé non relu

SOT I LEZ A

avec colère et dil au Père Apollinaire qui se promenait dans La chambre :

« Je ne sais ce que je ferai à moi seul par rapport à elle; mais quant à lui, quant à Muergo, Père Pollinaire, si ça ne lin il pas à coups de poings, ça finira d'une autre manière, ou alors qu'il quitte La place.

— Mon ami, répondit Le prêtre en se carrant devant Ciclo, si ce n'était un péché mortel, je te dirais que tu ferais peut-être une œuvre de charité.... Très sainte Vierge Marie! Quelles brutalités laissons-nous quelquefois échapper! .Non ! Ne lais pas attention, Gleto; ne fais pas attention à toutes ces fariboles que je viens de dire. Mais c'est votre faute, cuerno!... Allons, va-t'en; va-t'en tout doucement, ne prends pas ces choses-là tant à cœur; calme-toi, dors..., si tu as un lieu pour cela; laisse cet animal, qui ne peut te faire aucun tort en ce que tu crains; pardonne-lui.... Et puis, qui sait, mon garçon, qui sait! Aux plus profondes ténèbres succède le jour, et..., enfin j'irai faire un tour cle ce côté-là, je sonderai le terrain, et selon ce que je verrai..., avec prudence, bien entendu, avec beaucoup de prudence, je t'aviserai quand je devrai t'aviser. Allons, je t'en ai dit assez. Maintenant va-t'en et laisse-moi travailler un peu. J'ai perdu assez de temps pour ce que nous gagnons, ruerno! »

Cleto sortit moins découragé, mais non satisfait et le prêtre s'approcha de la table. Il s'assit et tout en dépliant son manuscrit après l'avoir tiré du sein de l'un des vieux Livres, il murmurait :

a Avec de pareils entretiens et de pareilles préparations, allez donc faire quelque chose de substantiel! Allez chercher des citations latines pour en orner des discours qui frappent les auditeurs! »

Ensuite il essuya sa plume d'oie au plastron de sa soutane, essaya la pointe sur l'ongle du pouce de sa main gauche, se fit un abat-jour en posant des livres debout pour défendre ses yeux des rayons directs de la lumière....

Alors sa gouvernante se présenta devant lui pour lui dire :

LE CONSOLATEUR

« La femme de Capuchin est là, celui de Prado de Viñas.

— Et qu'est-ce qu'elle a, la femme de Capuchin? répondit le Père.

— Elle a que son mari va beaucoup plus mal.

— Eh bien! qu'elle conte cela au médecin, jinojo!

— Elle le lui a déjà conté, monsieur, et c'est pour cela qu'elle vient ici.

— Alors elle ferait mieux d'aller chez le pharmacien.

— Comme si elle avait de quoi, la pauvre femme!

— Elle est capable de venir pour que je lui donne!

— Elle demande une aumône.

— Elle frappe à une bonne porte! Je la demanderais, moi, Ramona, si je n'en avais pas honte, cuerno!

— Le pire de tout c'est que dans cette maison il n'y a pas de quoi donner quelque chose de chaud au malade..., ni même une mie de pain, monsieur.

— Sainte Vierge! sainte Vierge Marie! Trois enfants, une femme, et c'est un si brave homme! »

Et tout en s'exclamant, l'excellent Père Apollinaire tâtait ses poches et enfonçait ensuite les mains dans le tiroir de la table.

(( Mais que diable pourrait-il y avoir ici! murmurait-il sans cesser de palper à tâtons. Il n'y a jamais rien, au point qu'elle n'a même plus de serrure depuis plusieurs années!... Rien, Ramona, rien..., rien ! Dis à cette malheureuse qu'elle me pardonne pour l'amour de Dieu, si je ne puis la secourir.

— Eh bien! et le douro de ce matin? se risqua à dire la servante....

— Quel douro, femme de Dieu?

— Celui de la messe de don André.

— Oui..., cours après!

— Depuis ce matin! Déjà.

— Depuis ce matin, déjà!... Qu'est-ce que tu as? Combien de temps devait -il durer?... Jusqu'à ce qu'on me le demande. On me l'a demandé tantôt quand je suis sorti, et je ne l'ai plus. Cuerno! il me semble qu'il n'y a rien de plus simple et de plus naturel. »

Déjà la servante allait porter ce triste message à la femme de Capuchin quand son maître la rappela :

« Écoute, Ramona, lui dit-il, avant de t'en aller : qu'avons-nous à dîner?

— Pour vous, de la viande et des pommes de terre. Gomment « pour vous »?... Et pour toi?

— Pour moi, il y a quatre sardines.

— Kl depuis quand y a-t-il une nourriture différente pour nous deux ?

Il y a si peu do viande qu'elle ne suffit par pour

doux.

— Si peu que cela! Et où en est-elle, où en sont les pommes de terre?

— A moitié cuites, monsieur.

— A moitié cuites, à moitié cuites.... Voyez un peu quel jinojol... Eh bien, écoute, porte-lui à l'instant cette viande, comme elle est, avec le ragoût et tout....

— Mais monsieur, si...

— Porte-le, cuerno! »

La vieille Ramona sortit et revint aussitôt tenant dans ses mains une marmite fumante, enveloppée dans un torchon sale.

Père Pollinaire l'approcha de ses narines, aspira avec convoitise ces vapeurs succulentes, puis, écartant le ragoût loin de lui, comme quelqu'un qui fuit une mauvaise tentation, il dit à sa servante :

« Bon, bon, très bon en vérité ton ragoût. Mais comme je n'ai pas ce soir grand appétit à vrai dire, donne-le à la femme de Capuchin pour qu'ils l'expédient comme ils pourront. »

Après quelques résistances infructueuses, la servante s'en fut accomplir l'ordre de son maître. Mais celui-ci, passant la tête hors de son cabinet, lui cria :

v Mais dis-lui qu'elle me rapporte la serviette .., si elle ne leur fait pas trop faute, »

Ensuite il revint à son fauteuil et à ses papiers, et il murmurait tout en les maniant :

« Justement j'ai lu, je ne sais où, que, pour conserver la

LE CONSOLATEUR

santé quand on se livre à des travaux aussi absorbants que ceux que j'ai entre les mains, il n'y a rien de meilleur que de se coucher avec la faim. Eh bien, pour ce qui est de ma faim, de ce soir, elle est de premier ordre, de premier ordre, cuerno! Pour sûr qu'elle l'est! »

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