LES SOUDANAIS
Dieu créa d’abord Mahomet; puis, mille ans après, une sorte de Paradis nommé l’Arès; puis, mille ans après, Koursiou ; puis, mille ans après, Micael (Michel) ; puis, mille ans après, Siraphin (Séraphin); puis, mille ans après, Djibril, (Gabriel); mille ans après, les Anges; mille ans après, le Ciel; enfin, mille ans après, la Terre.
Entre le Ciel et la Terre, Il laissa, pendant mille ans, une épaisse fumée, qui fut remplacée
par un brouillard très dense, qui, à son tour, dégénéra en eau.
De cette eau, Dieu fit le monde en sept jours ;
Le premier jour, Il créa les diables et les sept terres qui se nomment : Hatissou (c’est celle que nous habitons); Batjissou; Saïou; Madou; Taboutou; Haminou; Sara.
Le second jour, Il créa les Anges et les sept cieux qui se nomment: Kaïssou; Maoul; Moursalou ; Matilou; Harfou; Karfatou.
Le quatrième, tous les quadrupèdes et tous les biens que l’on peut posséder sur la terre.
Le cinquième, les fleuves et les animaux qui y vivent.
Le sixième, les personnes et les oiseaux.
Le septième, Il se reposa.
Quand la terre fut faite, Dieu en pétrit une certaine quantité qu’il inonda de lumière. Les Anges regardaient cette glaise, informe et lumineuse, avec stupéfaction.
A cette masse, Dieu fit des bras et des jambes une tête et enfin donna la vie. Ce fut Adama (Adam).
Adama resta aveugle pendant cent ans ; après lesquels Dieu créa Awa (Eve), avec la dernière fausse côte de gauche d’Adam endormi,
Adama et Awa furent placés tout en haut du paradis, en un lieu où poussait l’arbre iakhouba dont Dieu leur défendit de manger les fruits 1 sous peine de mort.
Un jour, Awa se promenait seule. Le démon s’approcha d’elle et lui dit : « Te voilà « seule, maintenant. Adama est, sans doute, « avec sa nouvelle compagne! »
— « Quelle nouvelle compagne », s’exclama Awa, surprise.
— « Comment, tu ne sais pas qu’ Adama a « une nouvelle compagne? »
— « Non », dit-elle, troublée.
Alors, Satan urina et, désignant le miroir ainsi improvisé : « Tiens, dit-il, à Awa, regarde « là et tu verras le visage de ta rivale ». Awa contempla curieusement celle qu’elle crut être sa rivale et qui n’était que sa propre image. Satan, peu à peu, excitait sa jalousie : « Ah! disait-il, comment souffres-tu
i. Les Khassonké pensent que l’arbre en question est celui qu’ils connaissent sous le nom de ménkogo. Ils prétendent que les fruits du ménkogo existent encore, dans l’intestin, quarante jours après leur ingestion et que, lorsqu’on meurt dans cet état, l’on va en enfer.
« qu’il te délaisse ainsi? pourquoi ne pas t? « venger? »
— « Et comment? » fit-elle rêveuse.
— .< Mais, n’est-ce pas, là, l’arbre dont Dieui « vous a interdit de manger les fruits?»
— « Si », dit-elle.
— « Alors transgresse cet ordre et Adama et « ta rivale sont perdus. »
Ainsi fit-elle, mais à peine eut-elle goûté du fruit défendu que, subitement, elle eut ses premières menstrues, qui vinrent souiller le Paradis.
Adama survint et, la voyant boudeuse, lui demanda ce qui la chagrinait. Sûre de son effet, elle se répandit en amers reproches sur son infidélité et ajouta que, pour le punir, elle n’avait pas hésité à transgresser l’ordre de Dieu.
Adama, tout en se défendant d’avoir une autre femme, fut pris de l’irrésistible désir de goûter au fruit défendu, mais à peine l’eut-il avalé que la main de l’Ange Djibril l’arrêta dans sa gorge.
Pour avoir désobéi, Adama et Awa furent jetés sur l’aile des vents, et le sang d’Awa, qui avait souillé le Paradis, devint, sur la terre, la semence première des colatiers. C’est
pourquoi les colas sont répute's avoir des vertus aphrodisiaques et sont, pour cela même, si recherchés des noirs.
J Adama tomba dans l’Indi (l’Inde?) au nord de la Maka (la Mecque) et Awa vers Babyal (Babylone), pays du païen Nabuchodo- ;tjaosor.
Adama resta au lieu même où il tomba et demanda pardon à Dieu. Aussitôt sur la terre ». *V\va se mit à la recherche d’Adama. Elle erra quatre-vingts jours, suivant les uns; quatrevingts mois ou quatre-vingts ans, d’après d’au- : :res; puis, quand elle fut en vue d’Adama, elle 3 l’assit en lui tournant le dos.
Adama l’aperçut à son tour et, Dieu lui le tyant mis au cœur l’amour de la femme, il coule -ut vers elle pour la posséder. Mais, soudain, me main invisible l’arrêta et une voix lui dit : ie < Reconnais tout d’abord la toute puissance de ]e I * Dieu en disant dix fois : Dieu a fait la prière -il f< pour Mahomet. Que Dieu protège notre maî- :i h tre et sa famille. »
Adama fit ce que commandait l’invisible et it \wa fut sienne.
si De cette union naquirent, en trois ou quatre ms, quarante enfants. Ils venaient au monde,
■ deux par deux, un garçon et une fille chaque
fois. Le premier garçon fut Abila (Abel) et le second Gabila (Caïn).
Comme la sœur jumelle de Gabila était plus belle que la sœur jumelle d’Abila, Gabila voulut l’épouser, malgré que les unions dussent se faire entre enfants d’âges différents.
Abila et Gabila en vinrent ainsi à se quereller si gravement que Gabila tua Abila. Son crime accompli, Gabila s’approcha de son frère dont il ne s’expliquait pas l’immobilité, car il n’avait jamais vu de cadavre.
Soudain, apparurent deux toucans, qui n’étaient autres que les anges Djibril et Siraphin. Arrivés près de Gabila, les deux oiseaux se battirent, l’un fut tué. Alors, l’autre creusa, avec son bec, un trou où il l’ensevelit.
Gabila, qui avait suivi tout cela très attentivement, en fut frappé comme d’une révélation céleste et enterra son frère.
Depuis lors, il est fait trois parts du crime de tout assassin : l’une est ajoutée au compte de Gabila.
. De son vivant, Adama eut une famille qui comptait quarante mille individus.
Adama vécut de neuf cents à mille ans, ei mourut d’un rhume de cerveau. Il fut enterré par les Anges, qui entourèrent son corps de sept
pagnes blancs, après l’avoir préalablement lavé. Le fossé, où il fut inhumé, fut simplement recouvert de quelques branchages et, dans la nuit, Adama fut transporté aux cieux.
Ce tombeau se trouve à Samé (Arabie), c’est là que nous devrons tous nous réunir pour le jugement dernier.
Awa mourut peu après Adama et fut inhumée à Djedda, mais ne fut entourée que de trois pagnes blancs.
Ce fut Sita qui succéda à Adama, car Gabila était mort.
Sita régna cinq cents ans et fut remplacé par Nouhoun (Noé) qui vécut mille ans et eut pour fils :
Sama père des arabes, des faressi (français?) et des roussi (russes?)
Hama, père des noirs, des turcs et des arabes. Iafissa père de Iadjoudj (Gog) et Madjoudj (Magog).
Dieu prévint Nouhoun, qu’il allait y avoir une immense inondation, pour punir les hommes, et lui ordonna de construire un grand bateau pour se sauver, lui et sa famille.
Nouhoun construisit l’arche. Elle mesurait : douze cents coudées de long, six cents coudées de large et trois mille de haut. Noé y fit
entrer : quarante hommes et quarante femmes; ses fils Sama, Hama, Jafissa et un couple de toutes les sortes d’animaux.
Noé avait aussi emporté toutes les sortes de comestibles et l’on fit usage, d’abord, de ceux qui étaient particulièrement susceptibles de se corrompre.
L’arche avait trois ponts : celui du haut portait les oiseaux; celui du milieu les hommes et celui du bas tous les autres animaux et les denrées alimentaires.
L’inondation avait commencé le 27e jour de redjeb et prit fin le io° jour de rhamadan. Quand l’arche eut touché la terre, Nouhoun fit faire un dernier repas à ses passagers, avec tous les vivres qui restaient.
Nouhoun vécut encore cent trente ans, après la fin du déluge.
Entre Nouhoun et Birahim il s’écoula io52 ans; entre Biranim (Abraham) et Moussa 10/5; entre Moussa (Moïse) et Daoud (David) 5qo ans; entre Daoud et Issa (Jésus) 599 ans; entre Issa et Mohammed 101 1 ans.
Le dixième jour du mois de rhamadan a toujours été un heureux jour pour les prophètes, ainsi :
I. — Ce fut le io° jour d erhamadan qu’Adama obtint de Dieu le pardon de sa faute;