LES SANDALES DU ROI
[Conte khassoDké).
II était un grand roi qui possédait un grand royaume .
Un )Our, Moussa, le chef des captifs de ce roi, épousa une captive, plus belle, dil-oo, que la plus belle des femmes du roi.
Celui-ci était seul à ignorer que la nouvelle épouse de Moussa fut si belle. Or, un jour, la jeune femme passa devant la demeure du roi, qui l'aperçut et, frappé par la beauté de cette femme qu'il ne connaissait pas, demanda à l'un des familiers de son entourage : Quelle est donc cette superbe créature ?
— « C'est, lui fut-il répondu, la nouvelle épouse de Moussa. »
Le grand roi resta silencieux ei pensif le reste du jour ; puis, à la ouït close, il fit venir Moussa et lui ordonna d'aller percevoir les impôts dans la partie la plus reculée de son royaume .
Moussa partit le lendemain.
La nuit suivante, quand tout fut endormi, le grand roi, avec mille précautions, gagna la case
où dormait la nouvelle épouse de Moussa. A ta porte, il laissa, par habituelle politesse, ses sandales- Sitôt entré, il essaya de persuader, puis de violenter la jeune femme. Celle-ci résista et, comme à la lueur falote de la veilleuse, elle l'avait reconnu : elle lui dit :
« Comment! grand roi, tu ne crains pas de I mourir, en te désaltérant avec l'eau de la mare empoisonnée par une charogne? »
. Le roi, frémissant de dépit et de rage, s'enfuit et, dans son trouble, oublia ses sandales sur le seuil de la case.
Quand, arrivé chez lui, il fut un peu remis de son émotion, il se souvint d'avoir laissé ses sandales-, mais il n'osa s'aventurer de nouveau pour les aller chercher et eut honte de livrer son secret à un serviteur.
Quand la jeune femme de Moussa aperçut les sandales oubliées par le roi, elle n'osa les lui rapporter, de crainte d'être battue et ne les changea pas de place, pour que, si le roi les envoyait chercher, on put les prendre sans les lui demander.
Lorsque Moussa revint, après avoir accompli sa mission, le jour se levait à peine. 11 se dirigea vers la case de sa jeune femme qu'il était impatient de revoir.
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11 allait pousser la porte quand, soudain, il aperçut les sandales du roi : n Le maître est là avec elle, pensa-t-il ; si je rentre, je les tuerai tous les deux et ce sera un grand malheur... >> et, l'âme soudainement assombrie, pour échapper à ses sinistres pensées, il s'éloigna à pas lents versia demeure d'une autre de ses épouses.
La jeune femme apprit, par ses compagnes, le retour de leur mari; elle alla aussitôt le trouver et lui dit :
a Comment n'es-tu pas venu toi-même m'an- « noncer ton retour? » Sèchement il lui répondit : n Va le demander au roi », et il ne lui adressa plus la parole; les jours suivants il ne l'honora pas de sa visite et enfin la délaissa totalement.
Elle fit prévenir son frère de ce qui se passait et le chargea d'exiger, de son mari, des explications.
Le frère vint et, comme le mari refusait de S'expliquer, il l'appela devant le roi.
Celui-ci demanda aux deux hommes quelle affaire les amenait.
Le frère prit la parole et dit ;
« Grand roi, j'avais vendu à cet homme un H beau champ prêt à être ensemencé et au milieu « duquel se trouve un puits où l'eau, claire et
« profonde, ne manque jamais; or, voici que « cet homme veut aujourd'hui me rendre mon ■ champ et mon puits, sans me donner d'expli-
Le grand roi, se tournant vers le mari, lui dit :
« Allons! parle, le champ que t'a vendu cet « homme, est-il devenu stiirile ? ou bien l'eau « du puits est-elle tarie? v
tr Oh! grand roi, dit le mari, le champ est « toujours fécond, l'eau du puits toujours claire « et profonde peut-être, mais je n'ose plus ense- » mencer le champ, ni me désaltérer avec l'eau « du puits, maintenant que j'ai découvert, au- B près de mon champ, les traces du lion. »
« Mon fils, répartit le roi profondément a troublé, ensemence ton champ et bois en toute sécurité l'eau de ton puits, car ce n'est « qu'un lion égaré qui a passé par là; il n'a «d'ailleurs pu corrompre l'eau de ton puits, n puisqu'il n'est pas entré dans ton champ.»
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