LE JALOUX
Un homme était extrêmement jaloux de sa femme, aussi ne la quiitait-il jamais d'un pas. Une nuit, la femme se plaignit.
— » Qu'as-tu 7 » lui demanda son mari.
— « Des coliques », dit-elle.
Elle se leva, et sortit pour aller dans la brousse. Son mari l'accompagna, mais la laissa s'éloigner seule à quelques pas. 11 entendit alors un bruit auquel il ne crut pas pouvoir se tromper et se dit :
— « Vraiment, ma femme est bien malade. •• Aussi, bien qu'elle restât longtemps, il n'osa
pas la dA'anger, Enfin elle revint, ils rentrèrent et se couchèrent.
Un moment après la femme se plaignit. Elle ressortit, toujours suivie de son mari. Celui-ci entendit encore un bruit qu'il crut être produit par les entrailles de sa femme.
Longtemps elle resta, puis revint. Ils ren< trèrent et se recouchèrent. Une troisième fois, il fallut refaire la promenade et le mari perçut encore le bruit qu'il avait déjà entendu.
Enfin, la nuit se passa à veiller de la sorte,
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Au jour, la femme dît à son mari.
— H Je pense que te voilà guéri de ta jalousie a à mon égard. »
— a Comment çà », fit-il colère.
— a C'est que, dit-elle, je n'ai point été malade celle nuit, bien au contraire. Chaque fois que je suis sortie, je suis allée rejoindre mon amant qui, pour te donner le change, tenait par les pattes un pigeon.
C'est ce pigeon effarouché dont les ailes produisaient le bruit que tu entendais.
MARANDÉNBONÉ.
(Conte soninké.)
Il était une sorcière qui avait sept filles d'une grande beauté; on disait que celui qui passait une nuit avec l'une quelconque de ces jeunes filles, disparaissait, mangé par la sorcière : car c'est le trait caractéristique des sorcières de se nourrir de chair humaine.
Il y avait, dans le pays de la sorcière, huit
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frères, dont le plus jeune, à peine âgé de quelques mois, se nommait Maraodenboné '.
Un jour, Marandenboné conseilla à ses frères d'aller coucher avec les filles de la sorcière : i' Mais, dirent-ils, ignores-tu que l'on n'a jamais » vu revenir un seul des éphémères amants de a ces jeunes filles? »
— i< Suivez mon conseil, affirma Maran, et * soyez sans crainte. »
Les huit frères arrivèrent chez la sorcière, qui les accueillit très bien et leur servit un copieux repas après lequel elle leur dit : « Allez " vous reposer chacun dans l'une de ces sept « cases, vous y trouverez d'agréables compact gnes pour la nuit. » Ils s'y rendirent.
Maran, à qui l'on avait rien offert, s'écria : « Et mol , mama ', je coucherai avec toi ? »
— ce Oui », dit la vieille.
Quand les jeunes gens eurent disparu dans les cases, qui leur avaient été désignées, la vieille et Maran entrèrent dans une autre et se couchèrent côte à côte.
Vers minuit, la vieille toussota pour s'assurer que Maran dormait, l'enfant ne dit rien et ne
r. C'ust-à-dirc Maran, l'enfant du mal.
. 3. G'esi-à-dire graad'mèrc.
bougea p;is. La vieille se leva, alors Maran : 11 Ehl marna, où vas-tu f B — Comnient, tu na dors pas, petit? » — Oh! moi, je ne dors pas avant que ma mère m'ait versé un panier d'eau sur la tête. » —Attends! » dit la vieille- Elle prit ud panier et alla le remplir au puits mais, dans le trajet du puits à la case, le panier se vida. La vieille recommença et finalement passa la nuit à vouloir résoudre l'insoluble problême de transporter de l'eau dans un panier.
- La nouvelle journée se passa sans incident. Le soir venu, les jeunes gens revinrent dormir avec les jeunes filles et Maran avec la vieille. Accablée àù sommeil, à cause de l'insomnie de la nuit précédente, la sorcière s'endormît pesamment. Vers onze heures, Maran se leva doucement et alla de case en case dire à chacun de ses frères : < Mettez la fille de la sorcière au bord, a votre place, et couvrez-la de votre couverture. » Ces précautions prises, Maran revint se coucher. A minuit, la vieille s'éveilla, elle toussota, se remua, se leva, mais Maraa ne bougea pas; elle s'approcha pour bien s'assurer qu'il dormait et, quand elle en fut convaincue, elle sortit. Elle alla, de case en çasc,-couper la gorge à chaque personne quL
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était au bord de la couche, puis elle revint chez elle et prépara uae sauce avec le sang de ses victimes. Quand elle fut sur le point de manger, Maran lui cria : a J'en veux aussi, mania I » — M Comment, Maraa, tu mangerais du sang humain? — Mais oui, mais oui, dit Maran sans paraître ému, c'est si boni » Le repas achevé, ils se recouchèrent. La vieille s'endormit et Maran en profita pour aller dire à ses frères : a Sauvez-vous vite, car, lorsque la vieille va s s'apercevoir de son malheur, elle ne vous a épargnerait pas. » Puis Maran revint prendre s.pl.«.
Le matin, la vieille dit à Maran : » Va doDC 0. voir si tes frères sont éveillés ? b Maran revint et dit : « Non, ils dorment toujours v.
Un peu plus tard, la vieille dit à Maran :
« Que font donc tes frères? »
« Oh! répondit-il, il y a longtemps qu'ils « sont partis, mais tes filles sont endormies « pour toujours », et il se sauva.
La vieille, pressantant quelque malheur, alla aux cases de sestîlles et reconnut le stratagème dont elle avait été victime. Elle jura de se venger de ce coquipde Maran.
Elle avait le pouvoir, ainsi que tous les sorciers, de prendre toutes les formes. Elle s'en fut
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au village de Maran. Ce village ne possédait pas UQ seul baobab, ce qui obligeait les habitants à aller fort loin chercher des feuilles pour les sauces. La vieille sorcière se changea en superbe baobab, sur lequel tous les gamins du village s'empressèrent de monter.
Mais Maran, qui jouait avec eux, dit :
• Commentl un baobab aussi gros peut ainsi « sortir de terre en une nuit, comme un charaa pignon? »
— «Bien sûr, dit le baobab et, situ veux cueila lir mes feuilles, tu seras le bienvenu >, et alors une branche s'abaissa vers Maran pour l'engager à monter.
— a Oh! oh! dit renfanl, un baobab qui H parle et qui tend ses branches, voilà qui n'est ■ pas naturel. Montez cueillir ses feuilles si r vous voulez, quant à moi, je reste là. »
Le baobab frémit de dépit puis, voyant que Maran se tenait à l'écart, il disparut en emportant tous les petits imprudents qui cueillaient ses feuilles.
La sorcière pensait que les habiiants du village enverraient Maran, pour lui demander les enfants et, d'avance, ellesavourait sa vengeance, tout en se délectant à manger un enfant chaque jour. Mais Maran ne vint point.
Un jour, derrière le village de Maran, les gamins aperçurent un âne en liberté et n'eurent rien de plus pressé que de le saisir, puis tous, à qui mieux mieux, grimpèrent dessus. Quand Maran survint, il n'y avait plus de place sur le dos de l'âne; mais, complaisamment, celui-ci allongea aussitôt son échine.
— Oh! ohl dit Maran, voilà un âne qui a doit être de la même famille que le baobab! n et il s'éloigna.
L'âne disparut avec les enfants qui le montaient et les mères eplorées dirent à Maran:
Toi, qui es assez perspicace pour ne pas tom- II ber dans les pièges des sorciers, nous te sup- " plions d'employer tous tes moyens, pour nous ( faire retrouver nos enfants. >
Maran promit. Il partit en emportant une peau de bouc contenant un morceau de viande séchée et des niébés '.
La sorcière avait une petite Aile de l'âge de Maran.
Elle possédait aussi une vache pleine et comme elle vivait toujours dans la crainte de Maran, au moment où sa vache fut sur le point de mettre bas, elle dit :
j. Haricots indigènes ...
" Si ma vache fait un petit veau roux, c'est a que Marau sera dans le ventre de ce petit
< veau si elle fait un petit veau blanc, c'est que « Maran n'y sera pas a.
Le petit veau fut blanc et, dès lors, la vieille fut sans défiance, mais Maran, qui était plus rusd qu'elle, était pourtant dans le ventre du petit veau.
Comme tous les jeunes veaux, celui-ci faisait des sauts et des courses à toute vitesse ; or, en passant auprès des petits garçons, il leur dit :
— B Quand la vieille m'aura laissé en liberté a au milieu de Vous, vous m'attraperez par la K queue, par les oreilles, par où vous pourrez
< enfin, et je vous emporterai dans notre village. »
Ainsi fut fait, au grand désespoir de la vieille. Cependant, soit qu'elle agit plus habilement, soit plutôt par ce que telle était l'intention de Maran, qu'elle s'empara de celui-ci.
Elle mit son prisonnier dans une peau de bouc, qu'elle ficela soigneusement et plaça dans une nouvelle peau de bouc, qu'elle ferma de même. Le tout, enfin, fut enfermé dans une troisième peau de bouc bien solide et fortement attachée.
La sorcière plaça sa petite fille auprès du
prisonnier, pour le garder, tandis qu'elle-même creusait, dans la cour de sa maison, unpuits où elle jeta du bois et des herbes qu'elle enflamma. Pendant ce temps, la fillette, entendant que Maran grignotait, lui demanda : « Tu as donc « des provisions, Maran? »
— «Oh! j'ai mieux que des provisions, j'ai K des friandises. »
— « Oh! donne-m'en un peu, Maran ! »
— ■ Eh! que veux-tu que je te donne flceU » comme je le suis. Détache-moi un peu, nous
L'imprudente fillette ouvrit les peaux de bouc; Maran sortit, la déshabilla, la mit à sa place avec ses propres effets à lui, ferma les peaux de bouc et disparut en se revêtant des pagnes de l'enfaat.
Quand la vieille saisit la peau de bouc, une mignonne voix lui dît : « Mère 1 prends garde ! Maran m'a mis à sa place et c'est ta fillette « que tu vas tuer».
— « Oui, oui, dit la vieille, je te connais Maran, tu peux prendre la voix de ma fiUettei n ça ne changera rien a ton sort » ; et, sans hésitation, elle lança le paquet dans le foyer. Peu après le corps de l'enfant éclatait et Maran surgissant en face de la vieille lui cria :
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a Eh bieni vieille sorcière, tu as eocore tûé a ta dernière fille », ei il se sauva.
La vieille s'assît, désolée, et se prit à réfléchir au moyen de se venger de Maran. On dit qu'elle ne l'a pas encore trouvé.