‹ Soudan français. Contes soudanaisChapitre 7 sur 64 · LA JUMENT · texte numérisé non relu

LA JUMENT

Un homme, comme Amadou, possédait une

Cette jument creva et l'homme l'enfouit dans un champ attenant à son habitation.

A l'hivernage, le propriétaire du champ, nommé Sitman, sema des graines de courge, à l'endroit même où ta jument avait éternise.

Une branche de courge s'allongea vers la cour de l'habitation d'Amadou et vint s'y enrouler autour du piquet, auquel la jument était, autrefois, attachée. Puis, contre ce piquet même, se forma une courge, qui tous les jours grossit à vue d'œil. Silman disait souvent à Amadou :

a Prends soin de ma courge, je viendrai la cueillir quand elle sera mûre » et, par raison de bon voisinage, Amadou veillait sur la courge.

Enfin, arriva le moment ou elle fut mûre à point. Silman vint pour la cueillir, mais comme elle était très grosse, il sortit son couteau et la partagea en deux.

Chose merveilleuse, la courge contenait deux pouliches en parfait état de santé et qui se mirent aussitôt à gambader.

Amadou, stupéfail, s'exclama : i Ces deux K pouliches sont à moi; ce sont assurément les

■ produits de la jument que j'ai enfouie dans

■ ton champ, car l'on n'a jamais vu une courge n avoir des pouliches en guise de graines ».

« Et depuis quand, répliqua Silman, a-t-on

■ vu une jument crevée continuer à enfanter î B Cette citrouille est mon bien, je te l'ai tou- « jours dit et tu en as toujours convenu ; dès lors « son contenu, quel qu'il soit, m'appartient; d'autant plus que si je n'avais pas ouvert cette courge devant toi, tu aurais toujours ignoré n ce qu'elle contenait et tu n'en aurais eu cure. ■

L'accord fut impossible, ils durent aller trouver le cadi, qui, pour une aussi délicate afl'aire, se fit assister par les vieux du village.

Cest alors que le conteur pose la question :

« Que pense j-vous que le cadi décida ?» et les discussions vont leur train, jusqu'au moment où Mahdi Kama conclut :

Voici le jugement que rendit le cadi :

De même qu'après sa mort, une jument ne peut produire des pouliches, de même il n'est pas dans l'ordre naturel des choses de voir une courge contenir des chevaux.

Donc, dans le cas présent, le propriétaire du champ, non plus que celui de la jument, ne

peut logiquement avoir un droit certain sur les pouliches,

Puisque les graines ont été semées par Silmao dans son propre champ, mais que le produit s'est formé dans la propriété d'Amadou et ne s'est développé que grâce à sa vigilance, chacun d'eux à un droit égal au produit.

Et chacun reçut une pouliche.

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