‹ Souhaits de bonne anneeChapitre 2 sur 8 · QUE DIEU VOUS DONNE ABONDAMMENT SON SAINT AMOUR I · texte numérisé non relu

QUE DIEU VOUS DONNE ABONDAMMENT SON SAINT AMOUR I

Je demande beaucoup de grâces pour votre âme, mais, surtout et pour tout, le saint, puis» sant, doux et tranquille amour de Dieu, car c'est notre tout, c'est notre miel, dedans lequel et par lequel toutes les affections et toutes les actions de notre cœur doivent être confites et adoucies.

Un docteur de la loi venant trouver Notre- Seigneur lui demanda quel était le plus grand commandement ; à quoi il répondit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit," de toutes tes forces, et enfin de tout ce que tu as et de tout ce que tu es." 0 vrai Dieu 1 si nous le savions entendre, quelle obligation aurionsnous à ce Souverain bien qui, non-seulement nous permet, mais nous commande de l'aimer !

Aimer Dieu de tout notre cœur, qu'est-ce, sinon l'aimer de tout notre amour et d'un amour ardent ?

L'aimer de toute notre âme, c'est occuper toutes ses puissances en l'exercice de son amour.

L'aimer de tout notre esprit, c'est l'aimer d'un amour ardent, ferme, constant et généreux, gui ne se laisse jamais abattre dans les peines et contradictions ; au contraire, toujours persévérant.

L'aimer de tout ce que nous sommes, c'est lui donner et abandonner tout notre être, pour être totalement soumis à l'obéissance de son amour. A la vérité, de savoir si nous aimons Dieu ainsi sur toutes choses, cela n'est pas en notre pouvoir, si Dieu même ne nous le révèle ; mais nous pouvons bien savoir si nous désirons^ de l'aimer, et quand nous sentons en nous le désir de l'amour sacré, nous savons que nous commençons d'aimer Dieu, et à mesure que cedesir va croissant, son amour va aussi s'augmentant. Qui désire ardemment l'amour de Dieu l'aimera bientôt avec ardeur. .

0 Dieu ! qui nous fera la grâce que nous brulions de ce désir ? Et que vous puis-je dire, sinon que vous persévériez à désirer l'amour qui ne peut jamais être assez désiré, étant infiniment désirable? car lorsque non-seulement nous nous réjouissons, en cette divine dilection et jouissons de sa délicieuse douceur, mais que nous établissons toute notre gloire en elle, comme en la couronne de notre honneur, alors, elle n est pas seulement un fruit doux à notre gosier, mais elle est une béatitude et félicité très désirable, nonseulement parce qu'elle nous assure lefe hcite de l'autre vie, mais parce qu'en celle-ci elle nous donne un contentement d'inestimable valeur, contentement si fort que les eaux des tribulations et Kes fleuves des persécutions ne le peuvent éteindre ; en telle sorte que non-seulement n ne périt pas, mais il s'enrichit parmi les pauvretés, il se réjouit dans les larmes ; il se récrée dans la compassion et la commisération, lorsqu'il est environné de misérables et souffreteux ; il se délecte de renoncer à toutes sortes de de lices sensibles et mondaines, pour obtenir la pureté et la netteté du cœur. ,

Et c'est ainsi que, ou languissants, ou mourants, nous serons à Dieu, et rien ne nous sepa-

rera de son saint amour ; moyennant sa grâce, jamais notre cœur n'aura de vie qu'en lui et pour lui, et il sera à jamais le Dieu de notre cœur. Je prie donc notre Seigneur qu'il accroisse en vous son saint amour, et que ce divin amour soit à jamais sur notre poitrine, pour nous enflammer et consumer de sa grâce ! Les années s'en vont et l'éternité s'approche de nous. Que puissionsnous tellement employer ces ans en l'amour divin que nous ayons l'éternité en sa gloire !

Dieu soit béni !

QUE JÉSUS VOUS FASSE CROÎTRE DANS LES CHÈRES VERTUS DE SON CŒUR SACRÉ !

11 ne faut pas que ce premier mois de l'année passe que je ne vous salue en vous assurant du parfait dévouement que mon cœur porte au vôtre, auquel je ne cesse point de désirer toutes sortes de bénédictions ; mais aussi je vous le recommande, votre pauvre cœur ; ayez bien soin de le remettre de plus en plus agréable à son Sauveur et de faire que cette année soit plus fertile que l'autre en toutes sortes de saintes actions.

Il faut bien mettre son cœur en Dieu et ne jamais l'en ôter. Ne sommes-nous pas bien heureux de pouvoir enter nos cœurs sur Celui du Sauveur, qui est enté sur la divinité ? Au moins souhaité-je que nos pauvres cœurs ne vivent plus désormais que sous l'obéissance du cœur de ce Sauveur. Et puisque le Cœur de Notre- Seigneur n'a point de loi plus affectionnée que la douceur et l'humilité,il faut bien tenir ferme en

nous ces chères et bien-aimées vertus qui reluisaient en sa personne sacrée, lesquelles il nous a singulièrement recommandées, comme si par elles notre cœur devait être spécialement cod sacré à son service et appliqué à son imitation : " Apprenez de mni, dit-il, que je suis doux et humble de cœur."

C'est pourquoi, si vous regardez son Cœur, il sera impossible qu'il ne vous plaise, car c'est un coeur si suave, si condescendant, si affectionné à ses chétives créatures, pourvu qu'elles reconnaissent leur misère, si gracieux envers les misérables, si bon envers les pénitents !

Et quant à l'humilité, le grand apôtre saint Paul, nous voulant faire concevoir en quelque façon l'amour que Notre-Seigneur portait à cette vertu, dit qu'il s'est humilié jusqu'à la mort y et la mort de la croix, qui était la mort la plus infâme et pleine d'abjection qui se pût trouver, sur tout autre genre de mort.

Oh ! que ce divin Maître de nos âmes savait bien que son exemple nous était nécessaire, car, n'y ayant nulle nécessité pour lui de s'humilier, il a néanmoins voulu le faire, afin de nous inviter à embrasser cette vertu.

De même, je ne vous recommande pas moins, et toujours plus que tout, l'exercice de la sainte douceur et suavité aux rencontres que cette vie vous présente toujours souventes fois. Ne somt mes-nous pas enfants, adorateurs et serviteurs de la céleste providence et du Cœur paternel d8 notre Sauveur? N'est-ce pas sur ce fonds que nous avons bâti toutes nos espérances ? il est notre maître, notre roi, notre père, notre tout ; pensons à le bien servir, il pensera à nous bien favoriser. Ce tendre Cœur de notre Rédempteur mesure et ajuste tous les événemeuts de ce monde à l'avantage des esprits qui, sans réserve, se veulent asservir à son divin amour ; aux

cœurs doux et patients appartiennent la terre et le ciel.

Arrêtons-nous donc à cette unique leçon : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Vous serez bien heureux si vous faites ainsi, car Dieu, qui ne se plaît que dans les cœurs approfondis par l'humilité et élargis par la charité, habitera votre cœur et y régnera en toute tranquillité

Courage, courage ! Jésus est vôtre ; continuez de vous unir de plus en plus à ce Sauveur; abîmez votre cœur dans la charité du sien; son Cœur est grand, il veut que le nôtre y ait place; demeurons-là en ce saint domicile: " Qui demeure en moi et moi en lui, dit-il, porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire." 11 m'est bien avis que nous ne demeurerons plus en nous-mêmes et que, de cœur, d'intention ou de confiance, nous nous logerons pour jamais dans le côté percé du Sauveur; car sans lui nonseulement nous ne pouvons, mais quand nous pourrions, nous ne voudrions rien faire. Tout en lui, tout par lui, tont avec lui, tout pour lui, tout lui.

Vivez joyeux et courageux, vous verrez que ee cœur deviendra un vrai cœur selon le Cœur de Dieu ! Que ne nous arrive-t-il comme à cette bénite sainte Catherine de Sienne, que le Sauveur nous ôtât notre cœur et mît le sien en lieu du nôtre 1 Mais n'aura-t-il pas plus tôt fait de rendre le nôtre tout sien, absolument sien, purement et irrévocablement sien ? Oui, qu'il le fasse, ce doux Jésus. Je l'en conjure par le sien propre et par l'amour qui l'y confirme. Que s'il ne le fait, — oh ! mais, il le fera sans doute puisque nous l'en supplions, au moins ne saurait-il empêcher que nous ne lui allions prendre le sien, puisqu'il tient encore sa poitrine ouverte pour cela ; et, si nous devions ouvrir le

nôtre, pour, en ôtant le nôtre, y loger le sien comme un roi dans un petit royaume, ne le ferions-nous pas ? Et, bien que le sien soit plus grand que le nôtre, cependant il le raccourcirait pour l'y accommoder. -

Que ce Cœur vive toujours dans nos cœurs î Que ce sang bouillonne toujours dans les veines de nos âmes ! Que Notre-Seigneur vous arrache le cœur pour vous donner le sien tout divin, par lequel vous viviez tous de son saint nom î

0 beau soleil de nos cœurs, vous vivifiez tout par les rayons de votre bonté î Nous voici à demi morts devant vous ; nous n'en sortirons point que votre chaleur ne nous échauffe, Seigneur Jésus !

Oh ! que je souhaite ce Cœur du Sauveur pour roi de tous les nôtres î .

Dieu soit béni !

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