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aveugle, je ne suis pas triste, je suis bien contente de faire la volonté du bon Dieu avec l’espérance que je verrai mieux
… dans le ciel les splendeurs éternelles . . . J'ai été émue de . compassion en ,,voyant‘* (elle voulait dire en palpant) les
pauvres malades, qui ne sont pas guéris. J'ai prié avec eux
. pour demander leur guérison, pas la mienne . ..» O géné-
Le
rosité suprême! ..
… Quelques années après l’entrée de Marie à Larnay, une autre sourde-muette-aveugle prit place auprès d’elle, une
charmante enfant toute d'affection, de sensibilité et de dou-
ceur, Anne-Marie Poyet. La plus touchante amitié les unit
bientôt, et avec un zèle joyeux, Marie entreprit de servir de répétitrice, de monitrice à sa jeune compagne. Pendant ce temps, là-bas, dans la pauvre demeure du tonnelier breton, une petite Marthe née également sourde-muette-aveugle
en 1902, grandissait entourée, celle-là, de nombreuses solli-
citudes, et devait bientôt venir rejoindre sa sœur ainée
Quoi! .. . encore une enfant aussi épouvantablement affligée
Pt
au même foyer! ... était-ce possible! . .. Hélas! sur les neuf enfants des Heurtin, un garçon est mort au berceau, une
petite fille à trois ans; une fillette aveugle est morte à dix ans; une petite fille née sourde-muette-aveugle et paralysée
est morte à un an; sur les cinq qui survivaient, il y avait - deux filles normales, un garçon sourd-muet presque
aveugle, et les deux sourdes-muettes-aveugles Marie e Marthe! ... Faut-il chercher la cause de cette accumulation de malheurs sans exemple dans le fait que les parents. étaient cousins issus de germains, et le père atteint dun : maladie de la moëlle épinière? . . Oh! si cela pouvait em pêcher quelques mariages imprudents qui risquent aussi de créer de pauvres petites victimes, des martyrs! ...() Au printemps de 1910, une funeste nouvelle se répandit… en coup de foudre dans le monde des sourds-muets et lui des aveugles. La dévouée, l’incomparable éducatrice d Marie Heurtin et d'Anne-Marie Poyet, Sœur S't° Marguerit: venait d’être enlevée en quelques jours par une congestio pulmonaire, dans la pleine force de l’âge, à cinquante ans ! . . Quelle dut être la douleur de ses élèves, de sa fille d'é lection surtout, on n'ose se le représenter! . . < Se
Ce qui, sans doute, retint encore un peu de tee Marie Heurtin parmi nous, c'est qu'à quelques mois de là la petite Marthe que Sœur S'* Marguerite s'était tant réjouie d'instruire fit son entrée ‘à Larnay. Une religieuse initiée aux. méthodes de la chère disparue, et, elle aussi, la personnification vivante du dévouement chrétien, Sœur S' Louis, chargea de son éducation, et la consolation suprême d Marie fut d'entourer d'affection sa chère petite sœur, de l'aider dans ses études, de veiller sur elle comme un. doux ange gardien qu’elle était. Jamais on ne vit spectacle plu
aveugles, la séraphique Marie, fine, frêle comme un beau Ly: y se penchant avec amour sur la cadette fraîche comme w bouton de rose, et guidant ses petits doigts hésitants st leurs gros livres en relief d’aveugles! . . . 5
les méthodes d'éducation en usage à Larnay, voir le es re de M. Louis Arnould ,,Ames en prison‘ (Boivin et Cie, éditeurs,
SE AE as
3 et 5, rue Palatine, Paris — Prix 12 frs.) D
Ÿ son tour, Marie Heurtin fut rappelée à Dieu en juil- + 921 ; elle avait 36 ans. Elle aussi partit très vite, em-
tée par un mal mr qu'avait aggravé une compli-
D dénent pieuse, elle écrivait il y a quelque be ï sujet, — bien peu indiqué, eût-il semblé, pour une ugle-sourde, — ,,Compte les bienfaits de Dieu‘‘, une page tablement sublime dans sa simplicité. En voici quelques |
sé et me conserve la vie et la santé; c’est un grand trér pour moi! Il m'a aussi donné la lumière de l'intelligence qui m'a permis d'apprendre à parler, à lire, et il m’a en-
yée ici à Larnay, pour m'instruire et pour le connaître ‘aimer. Mes maîtresses sont si bonnes et si dévouées our moi! Mes compagnes sont bien gentilles . . . Je reçois L haque année quelques petits cadeaux et de l'argent pour
nes é étrennes, cela me fait aussi très grand plaisir. Dieu a é des personnes charitables pour me consoler . .. icore un bienfait plus grand ; lequel ? C’est ma croix.