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ser^ tant de fois dans les siècles y les assauts d'un ennemi furieux y toujours le même (^).
Depuis Vinvasion des HunSy dont Michelet nous dit qu'elle fut arrêtée ici y au V^ siècle y près de la Marne y aux champs catalaunîques, jusqu'à ces jours si proches de 1 914-18, les eaux de la Marne & de VOurcq son affluent, les eaux de V Aisne y de la Suippe& de la Vesle ses sœurs opposèrent, chaque foiSy un fosséy une douve suprême y infranchissable. En 1650, notamment (pour n'emprunter que cette seule date aux guerres de la monarchie) la France se trouva envahie, jusqu'au cœur de la ChampagnCy par des bandes de reîtreSy des hordes à la solde de l'empereur, Et voiciy pour mémoirCy la décision que le cardinal Mazariny devancier en cette circonstance des Gallieniy des Maunoury & des Gouraudy prit déjà en son tempSy Jean de La Fontaine (depuis trois ans
(*) Toujours le même n^ est pas tout-à-f ait exact, « Les Huns, dit en effet la légende, traversèrent la ville de Troyes sans même toucher à une poule ». lln^y a pas apparence que les Allemands , au cours de cette guerre ^ en usèrent avec une pareille modération.
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déjà !) à Château-Thierry étant Maître des Eaux. « Ordre, disait expressément le cardinal^ ordre à M. Desprez, bailli de Château- Thierry, de rassembler la noblesse des environs pour empêcher à nos ennemis le passage des rivières. »
Ce passage y ce lieu guéahle^ accessible à leurs pontonniers et à leurs chevaux, les Allemands, par deux fois dans la dernière guerre, tentèrent en vain de le forcer, ou V ayant forcé, de s^y maintenir. Par deux fois devant la Marne, en 1914 et 1918, leur défaite fut écrasante, Uadndrable est quHls n^ acceptèrent jamais, pas plus la seconde fois que la première, de convenir d'un échec dont dépendait, pour eux comme pour nous, Vissue de la guerre.
Le 16 septembre 1914, le a correspondant badois » du journal suisse les Basler Nachrichten, qualifiait bonnement de « simple retour de la Marne jusqu'à des positions d'attente fortifiées d'avance », le recul de von Kliick, Et, pour l'échec de 1918, plus décisif, plus complet encore, s'il est possible.
CHATKAU-TH lERRY
La tour Balhaii (ancien beffroi)
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que celui de 1914, V agence Woljf poussait le cynisme jusqu'à oser écrire : « La iraversée de la large rivière que les Allemands viennent d'effectuer pour la deuxième fois, sans que V ennemi se soit aperçu de rien y constitue un nouveau et magnifique fait d'armes. Les buts que la poussée allemande se proposait sur la rive sud de la Marne ont été pleinements atteints... »
Ce que Wolff ne dit pas ^ mais ce que le monde entier apprit bientôt à connaître^ c'est que cette fameuse traversée ^ entreprise sous un feu implacable ^ n'avait pas tardé à se transformer en déroute, « Le passage de la Marne est un enfer » avait écrite dans son carnet de campagne^ l'un des officiers de l'armée von Boehm fait prisonnier ; et, la poursuite de l'ennemi y menée en cet endroit du côté français par les soldats de l'armée Dégoutte, avait été poussée avec une ardeur telle que les Allemands avaient dû, après avoir essuyé devant Château- Thierry, Fossoy et Mont Saint-Père, des pertes cruelles, se replier sur Bézu et sur
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Jaulgonne, à plus de sept kilomètres du pays de La Fontaine.
Ainsi les rivières^ de nos jours comme au temps de Mazarin, de Turenne, continuaient de jouery dans cette région, le rôle de tranchées, d'opposer aux coups imprévus, soudains, leur égide défensive, A toute époque, et dans chaque siècle, Varrêt des eaux, dans cette vallée a fait obstacle. L'arrêt sur la Marne ; voilà précisément le titre, si complètement exact en ces trois mots, que François Porche a donné au poème écrit par hiilen Vhonneur des braves {& de Péguy au premier rang), qui tombèrent en 1914, au bord de ces eaux salvatrices de la Marne & de rOurcq à jamais saintes.
Château- Thierry, la Ferté-Milon, Meaux : il y a ici, entre les trois points de ce grand triangle, un verger unique, un jardin incomparable : le verger oii naquirent les Fables, le jardin oii prirent forme les Tragédies, ow les Sermons s'élevèrent en un ordre puissant,
« Donnez-nous les clés du jardin Qui descend vers la Meuse et les plaines de France. »
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& c'est pour envahir ce verger^ saccager ce jardin^ que frappant au point le plus délicat, le plus sensible^ les Barbares attaquèrent^ par deux fois y à Château- Thierry y à la Fertéy à Meaux. Au nord de Meaux, là oie le pays, la contrée entière n'est plus que sillonsy granges, meules, aires à recueillir & battre le grain, le poète de /'Arrêt sur la Marne a situé le champ principal du combat :
... vous, larges plaines couvertes
De sacs, de bidons, de képis.
Chaumes dorés & vignes vertes
Où les nôtres s'étaient tapis.
De quel poids seront les épis
Qui vont demain garnir vos granges ;
De quel prix sacré vos vendanges.
Ainsi a chanté avec toute sa force, avec toute son âme, devant ce domaine du miel, du lait, du pain & du raisin, devant ce pâturage & ce verger de la Brie & du Multien, si vaste & si profond, le soldatpoète !
A présent la Marne, en lacets de moire & rubans d'argent, ses eaux alternant entre
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les ceps & les épis, continue à couler en fertilisant les prairies, en baignant les collines. « Un horizon de petites collines humbles & souriantes, une plaine fertile & régulièrement cultivée, un vieux moulin perdu dans les saules, une ligne de grands peupliers, une rivière nonchalante, herbeuse, résignée à de continuels détours » voilà ce qu^est {selon M. André Hallays), entre Meaux et Germigny, non loin de Varreddes, le paysage de ces bords {').
En son temps déjà, Bossuet, aigle de Meaux & châtelain de Germigny, avait ressenti ce charme, éprouvé cette quiétude. Du moins, il en a fait une fois l'aveu. C'est dans ce passage rustique, extrait de Vun de ses Sermons où le noble évêque, le grand religieux séduit par toutes ces beautés, ce décor exquis & si nuancé, tout virgilien, se laisse, en regardant la Marne avancer & glisser entre ses rives, doucement aller à écrire combien il « goûte le succès des arbres »
(0 André Hallays, En flânant : Autour de Paris.
IIOSSLTET, KVKOTK DE MkAUX
(Gravé par Edelinck, d après Rigaud.)
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quHl a entés dans son jardin, « V accroissement des blés, le cours d'une rivière ».
Ainsi, lui qui a chanté la mort dans ses Oraisons, qui Va vue tant défais, comme une grande déesse lui apparaître, il a été sensible, plus qu'on ne peut croire, à ces images des arbres, des blés drus & vivants, des eaux. Lui qui parlait au-dessus des tombes, il a pressenti quHci les tombes seraient belles, &, de fait, depuis Epernay {"), depuis Châlons, jusqu'à Meaux & Barcy, dans ce grand paysage familier, dans cette fartile Champagne, dans cette Brie faconde, devenues le verger du recueillement & du silence, au seuil de V Ile-de-France, il y a maintenant, depuis la guerre, autant de tombes que de meules. Chaque année désormais, à chaque fais que revient l'anniversaire des grands jours de 1 914- 18, la campagne à perte de
(1) Les armoiries d'Épernay, les plus parlantes, les plus vivantes du vieux blason de nos cités, sont « de gueules chargées de trois roses d'argent ». Ê?, ces roses, parfumées de souvenirs, embaumant Pair audessus de la Marne, je les vois au vent du soir, s' effeuillant sur les morts.
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vuey dans tout ce domaine, au long de la Marne, n^est pas seulement un champ de labour, c'est aussi un cimetière, un cimetière immense où, de toutes parts, comme jaillis du sol, s" élèvent en se mêlant les croix & les drapeaux.