‹ Sous l'oeil des barbaresChapitre 17 sur 18 · ORAISON · texte numérisé non relu

ORAISON

le désir ni la volonté de manifester rien qui soit digne de moi. L'effort égoïste et âpre m'a stérilisé. Il faut, mon maître, que tu me secoures.

Je n'ai plus d'énergie, mais compte qu'à la sensibilité violente d'un enfant je 'oins une clairvoyance dès longtemps avertie. Et je te dis cela pour que tu le comprennes, ce n'est pas de conseils mais de force et de fécondité spirituelle que j'ai besoin.

Je sais que ce fut mon tort et le commencement de mon impuissance de laisser vaguer mion intelligence, comme une petite bête qui flaire et vagabonde. Ainsi je souffris dans ma tendresse, ayant jeté mon sentiment à celle qui passait sans que ma psychologie l'eût élue. Le secret des forts est de se contraindre sans répit.

Je sais aussi, — puisque le décor où je vis m'est attristé par mille souvenirs, par des sensations confuses incarnées

dans les tables du boulevard, dans les souillures de ce tapis d'escalier, dans l'odeur fade de ce fiacre roulant, — je sais des endroits intacts où veillent mille chefs-d'œuvre, et quoique j'aie toujours éprouvé que les choses très belles me remplissaient d'une acre mélancolie par le retour qu'elles m'imposent sur ma petitesse, je pense qu'une syllabe dite doucement les passionnerait.

Je sais, mais qui me donnera la grâce? qui fera que je veuille? 0 maître, dissipe la torpeur douloureuse, pour que je me livre avec confiance à la seule recherche de mon absolu.

Cette légende alexandrine, qui m'engendra autrefois à la vie personnelle, m'enseigne que mon âme, étant remontée dans sa tour d'ivoire qu'assiègent les Barbares, sous l'assaut de tant d'influences vulgaires se transformera, pour se tourner vers quel avenir?

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