Sous la drache, comédie locale en 3 actes
Nous avons pensé que l'engouement que met le public à suivre les spectacles du terroir avait un secret, quMl serait intéressant de connaître ; à cet effet, nous avons questionné Paul Max, qui, en écrivant sa comédie nouvelle, devait évidemment obéir à un mobile déterminé, s'inspirant de ce secret.
Paul Max s'est prêté de bonne grâce au martyr de l'interview, et a profité de l'occasion qui lui était offerte, pour nous dire en termes congrus, ce qu'il pense des avatars que subissent les dramaturges de chez nousj lorsqu'ils ont la naïveté d'affronter la scène de nos théâtres officiels.
— • Quand un auteur belge écrit une pièce, nous a,-t-il dit, il commence par en faire part à ses amis et connaissances. Après quoi, encouragé par leurs éloges, il fait taper sa pièce à la machine, ce qui lui donne de suite une grande allure... et il va la déposer solennellement chez le... concierge du théâtre d»u Parc Car le Théâtre du Parc est le seul théâtre belge ouvert aux auteurs belges.
Au bout d'iUn certain temps, son « oeuvre » est lue par un Comité de lecture qui l'accepte ou qui la refuse ; acceptée, la pièce est montée avec le plus grand soin, jouée avec la meilleure volonté, et elle fait une fructueuse carrière de... cinq ou six re])résentations !
Cette façon de faire a été élevée au rang d'institution nationale. Ce n'est la faute ni du directeur, ni dki Comité de lecture, ni des pouvoirs publics : c'est la faute de la foule. La foule n''a consenti â aller voir le « Cocu maignifique » que parce que cette pièce bolge avait été ci^ée j\ Paris ; la foule n'apprécie les pièces de MM. Francis de Croisset et Kistemaeckers, que parce que ces écrivains belges se sont fait naturaliser français...
A ce mal y a-t-il un remè-def ?
Je crois que oui. Réfléchissez une minute : quelles sont les pièces qui, chez nous, ont eu un succès durable, quelles sont les pièces qui, nées à Bruxelles, ont été exportées à Paris ? Des comédies d'observation locale... Il en fut d'ailleurs de même, précédeipment, dans le domaine du livre. Je
ne sais pas s'il est bien vrai que tout le Midi en voulait à Alphonse Daudet diavoir écrit « Tartarin », mais ce qui est certain c'est que la Belgique n'en ve.ut nullement, bien au contraire, aux auteurs qui prennent comme héros des types bruxellois et se servent, dans leurs dialogues, d'expressions du cru.
— Et vous en concluez ?
— Qu'il y a là une mine à exploiter : Le public s'intéresse au'X efforts faits dans ce sens. C'fest déjà beaucoup. De plus, pour d'éftendire des œuvres de ce genre, nous avons, chez nous, des artistes complets, aussi capables de mettre en valeur une œuvre de chez nous que n'importe quelle vedette de Paris est capable de mettre en valeur, une œuvre parisienne. Et cela, c'est énorme !
Ayant le public, ayant les artistes, il ne reste plus qu'à avoir l'œuvre. Et c'est ici que les écrivains peuvent faire de la bonne besogne certainement, de la bonne besogne..., Car M ne faut pas croire que la pièce bruxelloise soit uniquement une fantaisie facile et grosse, écrite en marollien... On en peut faire aussi de la comédie d''observatioin, ou même, tout simplement, de la comédie. Le cœur des hommes, qu'ils parlent en « parisien » ou en « bruxeWoia », est toujours un pauvre cœur que les mêmes souffrances font saigner, que les mêmes joies font palpiter. Un cri de douleur, de même qu'\ine exclamation de joie sont aussi humains et peut-être plus émouvants s'ils sont poussés avec l'accent du terroir. Je ne prétends pas avoir découvert le Pôle NordI ; de ce que je dis la preuve a été faite. Rappelez-vous le « Feu de la Sai'nt-Jean » de MM. FonsoB et Wicheler jouée par Jacques et dites-moi si vous avez jamais été plus ému qu'au deuxième acte de cette comédie, jouée par ce grand artiste national ?