STANCES
Le pâle azur conspire avec la morne terre Pour navrer mes regards ;
L'automne étend son vol du vallon solitaire A l'horizon blafard ;
Et mon jour, qui ne peut trouver de compagnie Dans la feuille qui meurt,
Mon jour humain, qui n'a peut-être que l'envie De s'écouler sans pleurs,
S'attendrit, s'affaiblit, s'énerve et se désole
Devant la volupté Dont il se sent gémir et les tristes paroles
Qu'elle lui fait jeter!
Mais le vent qui s'élève avec soi les emporte.
Il les tue dans ses bras, Et, me blessant le sein d'une étreinte trop forte,
M'arrache à mon état.
Il me dit : « J'ai cessé d'embaumer mon lialeine
De la fleur et du fruit, Et le creux de mes mains est plus chargé de graines
Que ma bouche de bruit.
« J'en dispense l'offrande à l'onde, au roc, au sable.
Au sol nourricier ; Et tous, d'un rythme égal et d'un effort semblable
M'absorbant tout entier,
(( Quand ils ont reconnu, puis choisi entre mille Le germe qu'il leur faut.
Rien ne les touche plus, et c'est peine inutile Que troubler leur repos ! »
Mon plaisir dresse un front vieilli par l'amertume De jours qui ne sont plus
A ces mots, puis l'abat ; mon chagrin se rallume. Un instant combattu ;
Et, entre tous cueillant, non sans l'affreuse joie Qui convient au malheur,
Un chardon sec et dur, et pourtant plein de soie, Il s'en fleurit le cœur !