‹ Sous les lilasChapitre 19 sur 26 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Séance de déclamation.

Le l or septembre arriva trop tôt au gré de tous, et .école se rouvrit; parmi les enfants qui prirent le chemin delà « boîte à science, » comme ils l'appelaient, on distinguait notre ami Ben portant sous le bras une pile de livres; quoiqu'il se sentît très désoriente et fort intimidé, il n'en laissa rien paraître sur sa figure , et personne ne put soupçonner que c'était la première fois de sa vie qu'il allait à l'école. Miss Célia avait raconté son histoire à la maîtresse ; celle-ci bonne fille qui avait des frères, s'efforça d'aplanir les difficultés pour son nouvel élève; la lecture et l'écriture marchèrent bien et Ben prit un bon i'a 1 1 ir parmi li s garçons de son âge, mais quand on en vint à l'arithmétique et à la géographie il lui fallut descendre avec les petits, malgré les efforts que Thorny avait faits pour le « débrouiller. » Le pauvre garçon fut très mortifié; mais il eut la consolation de lire une sincère sympathie dans le regard encourageant que lui lançait Betty lorsqu'il

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la dépasssait, ce qui arriva bientôt, car la douce enfant, n'avait pas la vive intelligence deBabqui marchait de pair avec des filles beaucoup plus Agées qu'elle.

Heureusement Ben était aussi intelligent que persévérant et il se livra à ses nouvelles études avec autant de résolution qu'il en mettait jadis à faire un saut ou à apprendre à toucher sa tête avec ses pieds; il avait ainsi acquis une agilité et une force qu'on ne se serait pas attendu à rencontrer dans un si petit corps; le nouveau travail qu'il entreprenait devait utiliser ses facultés et rendre son esprit aussi sûr que l'étaient déjà ses muscles, ses nerfs et ses yeux. Si l'arithmétique mentale était un travail presque désespérant pour lui, il s'en consolait par la pensée qu'après s'être livré à quelqu'un de ses exercices favoris, il avait la tète aussi calme que celle d'un juge.

Quand les garçons se moquaient de lui pour avoir dit que la Chine était en Afrique, il se vengeait en les étonnant par l'étendue de son savoir sur les animaux de ces contrées sauvages,; et quand on appelait la « première classe de lecture il allait librement y prendre sa place avec la conscience que le plus petit de toute la bande était plus avancé que le grand Moscs Townc ou le gros Sam Kittcridge.

La maîtresse l'encourageait par des éloges chaque fois qu'elle en trouvait l'occasion, et elle corrigeait si tranquillement ses bévues qu'il reprit un peu de sangfroid aux leçons de récitation; il se donnait tant de peine pour bien faire que personne ne put s'empêcher de respecter ses efforts; enfin la première semaine était passée et quoique II- il< ruurairrinrnt * ùt bien des lois envahi le cœur de Ben quand il voyait son igno-

rance, il avait résolu de réussir; aussi, le lundi suivant, revint-il avec un nouveau zèle, réconforté et consolé'par une bonne conversation qu'il avait eue le dimanche soir, avec miss Gélia.

Les bras de Billy imitèrent les branches secouées par la tempête

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Il ne lui avait cependant pas dit un de ses plus grands chagrins, parce qu'il croyait qu'elle n'y pouvait rien. Quelques-uns des enfants le regardaient

avec dédain, l'appelaient « vagabond, » « mendiant», lui reprochaient d'avoir fait partie d'une troupe de cirque et d'avoir vécu sous la tente comme un bohémien. Ils ne voulaient pas être cruels, ils désiraient seulement le taquiner, et n'avaient pas réfléchi combien un pareil amusement pouvait faire souffrir leur victime. Ben ne paraissait pas y faire attention, mais il sentait d'au tan I plus profondément ces mauvais procédés qu'il voulait recommencer sa vie et ressembler aux autres garçons. Il n'était pas honteux de son ancienne manière de vivre, mais voyant que son entourage actuel la désapprouvait, il était bien aise d'oublier lui-même et de l'aire oublier aux autres le temps passé, d'autant plus que ces souvenirs étaient bien tristes comparés à sa vie présente.

H ne dit rien à miss Gélia, mais celle-ci découvrit bientôt tous ses ennuis, et ne l'estima que plus pour n'en avoir pas parlé. Bab et Betty revinrent le mardi dans l'après-midi, pleines d'indignation contre Sam pour la manière dont il avait insulté Ben; leur colère était telle que miss Gélia voulut en connaître la cause; les deux enfants ne répondirent que par des exclamations incohérentes :

« Sam était furieux parce que Ben avait sauté plus

loin que lui.

— Et il a dit que Ben devrait être dans un hospice d'enfants trouvés.

— Et Ben a répondu que Sam devrait être dans une cour à cochon.

— C'est bien vrai ! il est si gourmand ! quand on pense qu'il apporte toujours de si belles pommes et qu'il n'en donne jamais à personne.

— Alors il est devenu furieux et nous nous sommes tous mis à rire, et il s'est écrié : Yeux tu te battre?

— Et Ben a répondu : Non merci, où serait le plaisir de se battre contre un lit de plume*

— Alors il est entré dans une telle colère qu'il a couru après Ben qui est monté dans le gros érable.

— Et il y est encore, car Sam ne veut pas le laisser descendre à moins qu'il ne lui fasse des excuses.

— Ben ne veut pas, et j'ai peur qu'il ne reste là toute la nuit, dit Betty désolée.

— Gela lui est bien égal, reprit Bab; ce sera très amusant du lui lancer son souper; on peut lui jeter du pain et du fromage et même des poires cuites, il est si adroit de ses mains, On voyait que Bab était tout à fait ravie de cette perspective.

— S'il n'est pas de retour à l'heure du souper nous irons voir ce qu'il est devenu.

— Il me semble que j'ai déjà entendu direque Sam le tourmentait, n'est-ce pas? demanda miss Gélia, prête à défendre son protégé contre toute injuste persécution.

— Oui, mademoiselle, répondit Bab, Sam et Moses sont toujours après lui. Ils sont trop grands pour que nous puissions les en empêcher. Je ne permets pas aux filles de le taquiner, et les petits garçons n'osent plus depuis que la maîtresse le leur a défendu.

— Pourquoi la maîtresse ne parle-t-ello pas aux grands garçons?

— Ben ne veut pas se plaindre ni nous laisser parler. Il dit qu'il se défendra bien, qu'il se battra s'il le faut, mais qu'il déteste les « mouchards. » Je suis sûre qu'il ne sera pas content quand il saura que nous

vous avons tout raconté, mais cela ne me fait rien car on est trop méchant avec lui, dit Betty prête à pleurer en pensant aux épreuves de son ami.

. — Je suis bien aise que vous m'ayez parlé et je vais m'arranger pour que cela finisse, dit miss Gélia, après que les petites filles lui eurent raconte plusieurs des mauvais tours que l'on avait joués à Ben. »

A ce moment Thorny lit son apparition; il avait un air très gai et quand Bab lui demanda:

« Avez-vous vu Ben? l'avez-vous fait descendre? »

Il répondit en riant :

« Il est descendu tout seul et de la manière la plus amusante.

— Où est Sam? dit Bab.

— Il regarde en l'air pourvoir ce qu'est devenu son ennemi.

— Oh! racontez-nous cela ; dit Betty d'un air suppliant.

— Eh bien ! en passant, j'ai trouvé Ben perché dans son arbre, et Sam qui lui jetait des pierres. Je lui ai immédiatement fait cesser ce jeu et j'ai dit à ce ^ros garçon de s'en aller; il a répondu qu'il ne partirait que quand Ben lui aurait demandé pardon; à quoi Ben a répliqué que dût-il rester là une semaine il ne ferait jamais d'excuses. Je me préparais à donner à ce gros gamin une correction bien méritée, quand est venue à passer une charretée de foin; Ben s'est perché dessus si adroitement, que Sam qui était orcupé à faire le fanfaron avec moi ne s'est pas aperçu du tour. Cela m'a bien amusé, aussi j'ai dit à Sam en le quittant que j'espéiais qu'il lui ferai l grâce pour cette fois, et ne l'obligerait pas à coucher dans l'arbre; mainte-

nant il le cherche et se demande ce qu'il est devenu. »

La gaieté de Thorny fut contagieuse, et tout le monde rit de l'ébahissement de Sam.

« Où est Ben à présent? demanda miss Célia.

— Oh ! il va faire une petite promenade, puis il reviendra tout fier d'un si bon tour, mais il faudra que je voie Sam, car je ne veux pas que notre Ben snit tourmenté par personne,

— Excepté par toi, ajouta sa sœur en riant. Car Thorny avait l'instinct de la domination très développé.

— Mes taquineries ne le fâchent pas et lui font même du bien; mais je prends toujours son parti contre tout le monde. Sam et Moses sont deux vantards; qu'ils prennent garde à eux s'ils ne finissent pas. »

Désireuse de calmer son frère et d'arriver au même résultat par des mesures moins violentes elle se proposa de parler elle-même aux garçons, s'ils recommençaient.

« J'avais pensé à procurer à Ben quelque amusement pour son jour de naissance, mon plan était très simple, mais je vais changer cela et j'inviterai toute la jeunesse ici. Ben sera le roi île la fête. Je veux l'encourager, car il fait tout ce qu'il peut; et maintenant que le plus dur est passé, ou à peu près, je suis sûre qu'il continuera à se comporter bravement. Si nous respectons son caractère rt «pie nous lui montrions des égards, d'autres suivront notre exemple et cela vaudra mieux que des batailles.

— Certainement. Que ferons-nous pour que la fête soit belle? demanda Thorny qui donna tout de suite dans le piège, car il aimait beaucoup l'apparat.

— Nous ferons quelque chose de splendide, une « grande combinaison » comme tu appelais un mélange de tragédie, de comédie, de mélodrame et de farce, répondit la sœur dont l'esprit était déjà occupé de mille projets charmants.

— Nous étonncronsles natifs, je suis bien sur (ju'ils n'ont jamais vu une pièce de théâtre, n'est-ce pas Bab ?

— J'ai vu un cirque!

— Nous nous déguisons et nous jouons « Les enfants dans les bois »; ajouta Betty avec dignité.

— Bah! ce n'est rien, je vous montrerai des choses qui vous feront dresser les cheveux sur la tête, vous aurez des rôles aussi.

— Bab sera parfaite dans un rôle dr fille méchante, commença Thorny excité par la perspective de f;iirc sensation, et toujours disposé à taquiner les fillettes.»

Avant que Betty eût protesté contre le désir de sentir ses cheveux se dresser sur sa tête, ou que Bab se fût récriée avec indignation sur le rôle qu'on voulait lui assigner, on entendit un petit sifflement et miss Gélia dit tout bas :

« Chut! c'est Ben qui vient, il ne doit rien savoir de tout cela. »

Le jour suivant était un mercredi et dans l'aprèsmidi miss Cr\'m alla à l'école entendre les enfants réciter des morceaux de poésie ou de prose, mais comme il était très rare que les mères ou les sœurs aînées eussent le tempsde venir, miss Gélia etmadame Moss composaient tout l'auditoire. La maîtn ssi fut heureuse et flattée de les voir, et il v eut un mouve-

ment général au moment où elles entrèrent dans la salle, les filles se tournèrent vers Bab et Betty qui

souriaient de voir « Maman » s'asseoir près delà maîtresse et les garçons lancèrent des regards à Ben dont le cœur commença à battre plus fort en pensant que

sa chiTi- maîtresse était venin' exprès pour l'entendre réciter son morceau.

Thorny avait recommandé Marco Bozzaris mais Ben avait préféré John Gilpin ; il s'en tira à son honneur, débitant très bien certaines parties, ayant besoin d'être un peu encouragé dans d'autres ; mais enfin il en vint à boul quoique la respiration lui manquât à la fin ; il s'assit au milieu d'applaudissements dont quelquesuns, chose étrange, paraissaient venir de dehors, ce qui s'expliqua naturellement par la présence de Thorny sous la fenêtre ; i] n'avait pas voulu entrer malgré son désir d'entendre, dans la crainte que sa présence ne troublât un des orateurs.

D'autres morceaux suivirent, du genre patriotique ou guerrier pour les garçons, sentimental pour les filles. Sam resta court en voulant réciter un discours de Webster. Le petit Gy Fay eommema h rave' nient :

Encore à la bataille Achéens!

Et récita toute la pièce d'une voix ilùlée et soutenue qui faisait honneur au frère aîné qui lui avait servi de professeur.

Billy avait choisi une poésie bien connue. Il y donna un nouvel intérêt par la manière dont il la débita, ses gestes ne s'accordaient pas toujours avec ses paroles, mais quand il parla du vent dans les arbres ses bras imitèrent les branches secouées par la tempête; enfin quand il s'écria en regardant \Iamie

Peters « Qui donc les poussait si Join » son ton était si naturel que la pauvre fillette répondit :

« Je ne sais pas! » et l'orateur termina au milieu d'un fou rire général.

Billy revint fièrement à sa place recevant avec affabilité les compliments de tous et semblant comprendre que sa ville natale devait être fîère de son éloquence qui certainement arriverait à surpasser celle des plus grands orateurs.

Bab choisissait toujours quelque chose de gai et ce jour-là elle fit rire tout le monde par la manière dont elle récita le poème de « La chasse du minet » les « miaou » et les « fît, lit » étaient parfaits; et quand « la tendre maman se frotte le nez » elle imita si bien avec sa main le mouvement d'un chat qui se frotte avec sa patte, que tout le monde éclata de rire ; enfin elle termina par un « ron ron » qui était la plus parfait*' imitation que le public eût jamais entendue. Quant à Betty elle récita aussi bas que possible « Le lys blanc ». Lorsqu'elle eut fini :

« C'est tout, je crois, dit la maîtresse, mais si l'une de ces dames veut adresser quelques mots aux enfants j'en serai très heureuse.

— Je réciterai aussi quoique chose, si vous le permettez, dit Célia en se levant soudain, et ôtant son chapeau, elle s'avança au milieu de l'école, puis, faisant une gracieuse révérence, elle récita une jolie ballade. Eilc paraissait si jeune, elle était si sobre de gestes, elle parlait si clairement et sa voix était si douce que les enfants restèrent immobiles sous le charme et écoutèrent attentivement jusqu'à la dernière strophe : « Qu'il est beau de rendre tous ses devoirs doux, d'être

alerte et complaisante et d'avoir comme ]a petite Mabel toujours de la bonne volonté. »

Alors des applaudissements enthousiastes éclatèrent de toutes parts, tandis que Célia allait reprendre sa place. Mais si les mains applaudissaient, les consciences étaicnt*remuécs au souvenir des leçons négligées, des paroles désobligeantes, des mines boudeuses que beaucoup avaient à se reprocher.

«Maintenant nous allons chanter, » dit la maîtresse; mais avant qu'on eût entendu la première note la porte s'ouvrit toute grande et Sancho coiffé du chapeau de Ben, et marchant sur ses pattes de derrière, fit son apparition dans la salle; il resta debout cl parfaitement immobile pendant qu'une voix chantait un couplet approprié à la circonstance.

Le malin Thorny ne put continuer car une explosion de rires couvrit ses derniers mots: et Ben fit disparaître Sancho en s'écriant : «Alaporte, polisson!»

Miss Célia commença à faire des excuses pour son frère, mais la maîtresse l'assura que la faute n'était pas grande, ce jour-là étant presque un jour de congé. Ijuant aux enfants, c'est à peine s'ils purent réprimer leur gaieté quand la cloche sonna pour imposer silence. Ils s'attendaient à être remis en liberté et se promenaient bien de rire aussitôt qu'ils auraient passé la porte; mais à leur grande surprise ce fut encore miss Célia qui reprit la parole :

« Je veux vous remercier, chers en Sauts, des agréables moments que vous m'avez fait passer, et vous demander la permission de revenir quelquefois. Je désire aussi vous inviter à venir chez moi passer la journée de samedi en huit, pour fêler l'anniversaire

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de naissance de Ben. C'est en son nom que je vous invite et je pense que vous m'aiderez à faire de ce jour le plus heureux de sa vie. Il y aura un concours de tir à l'arc et j'espère que les deux clubs se feront un point d'honneur d'y participer ; le soir nous tâcherons de nous amuser et de rire autant que nous pourrons. »

La proposition fut reçue au milieu des acclamations des enfants; miss Gélia était la favorite de tous, elle causait avec les petites iilies, appelait les garçons par leur nom et pour les plus grands ajoutait un « monsieur » bien sonore, aussi avait-elle gagné tous les cœurs et il est probable que si elle leur avait demandé de venir pour être fouettés ils y seraient allés pensant que c'était quelque charmante plaisanterie; on peut donc aisément s'imaginer avec quel enthousiasme tous acceptèrent l'invitation sans se douter de la raison qui faisait agir la jeune lillc.

Quant à Ben, sa physionomie valait la peine d'être examinée avec attention. Il était heureux et lier de l'honneur qui lui était fait, il ne savait trop où regarder ni quelle contenance faire, aussi fut-il un des premiers à se précipiter par la porte ouverte pour aller faire retentir l'air de ses hourras. Il savait qu'il se préparait une surprise pour son anniversaire mais il ne se serait jamais douté qu'on inviterait toute l'école y compris la maîtresse!

L'effet espéré se produisit avec une rapidité vraiment comique. Ce fut à qui le comblerait d'attentions et de prévenances. Même Sain qui craignait d'être mis de côté s'empitissa d'offrir la pacifique branche d'olivier sous la forme d'une belle pomme, Moses aussi h

des avances à son ancienne victime; mais ce fut Thorny qui fit le plus grand sacrifice, car il dit à sa Bœur comme ils s'acheminaient vers la maison :

— Je ne concourrai pas pour le prix. Je tire beaucoup mieux qu'eux tous, m'étant exercé bien plus longtemps qu'eux, et je trouve que ce ne serait pas juste. Ben et Billy viennent après moi et ils sont à peu près de même force, si Ben a le bras plus nerveux, Billy à le coup d'œil plus sûr et tous deux ont grand désir de gagner; si je me retire, Ben a beaucoup de chances de l'emporter, car les autres ne comptent pour ainsi dire pas.

— Bab compte ; elle tire presque aussi bien que Ben, et elle a grande envie d'avoir le prix ; il faut qu'elle concoure.

— Personne ne l'en empêchera, mais elle ne réussira pas, les filles ne peuvent pas réussir, quoique ce soit un bon exercice pour elles, et que cela les amuse d'essayer.

— Si j'avais l'usage de mes deux bras, répondit Gélia en riant des grands airs de son frère, je montrerais que les filles peuvent beaucoup quand elles veulent ; ne soyez pas si dédaigneux, jeune homme, car vous serez peut-être obligé d'en rabattre.

— Je ne crains rien ; et Thorny s'éloigna afin de préparer une nouvelle cible pour que Ben s'exerçât.

— Nous verrons ! lui cria sa sœur, et à partir de ce moment elle fit de Bab son élève particulière, car elle trouvait que M. Thorny avait besoin d'une petite leçon pour lui apprendre à ne plus faire le grand seigneur parmi les autres enfants; il y avait aussi une pointe de malice dans le cœur de Gélia, car la char-

mante fille avait le caractère très-jeune en dépit de ses vingt-quatre ans et elle voulait montrer que son sexe pouvait arriver à tout avec de la volonté et de la persévérance.

Elle fit donc travailler Bab, tôt le matin et tard le soir, lui prodiguant conseils, explications et exemples, autant du moins qu'elle pouvait avec son bras en écharpe; l'enfant était ravie de penser qu'elle était digne de tirer avec le club; ses bras étaient courbaturés, ses doigts engourdis à force de bander son arc, mais elle était infatigable. Passionnée pour tous les jeux masculins, grande et forte pour son âge, elle lit de rapides progrès et chaque coup nouveau se rapprocha déplus en plus du point, du milieu.

Les garçons ne firent aucune attention à elle, absorbés qu'ils étaient par leurs propres affaires; Betty remplissait auprès de sa sœur le Bftême rôle que Sancho auprès de son maître, elle courait ramasser les flèches; ses pauvres jambes lui refusaient presque leur service, mais sa patience ne se lassait jamais. Elle était si préoccupée du succès de sa sœur qu'elle ne s'occupait pas du sien ; s'excreant rarement, elle n'approchait jamais du but.

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