RETOUR A BAYONNE
Au jour, le dimanche 1° août, nous rallions la
* côte de France. Vers 8 heures, nous passons devant
Biarritz à un mille de terre, la mer grossit, les pêcheurs de ce port s’empressent de rentrer.
La barre de l’Adour sera-t-elle praticable? C’est là une question fort importante pour nous; nous avons hâte de retourner à terre, maintenant que le devoir est accompli. La houle ne brise pas encore sut les plages, ce qui me donne bon espoir, cependant le vent de S.-O. commence à souffler fort et par grains, les lames se creusent et brisent sur les hauts fonds, c’est avec anxiété que nous observons les signaux de l’entrée et tout ce qui peut être un indice pour nous. Un trois-mâts ayant son grand hunier sur le mât, qui se trouvait embrumé dans le nord et dont nous nous sommes rapprochés, s'aperçoit; il attend sans doute le remorqueur. Bientôt après en effet celui-ci sort du fleuve, et en le reconnaissant nous acquérons la preuve
que nous pourrons entrer. Nous sommes rassurés
et satisfaits. |
Vers 11 heures, le pilote major signale 4 m. 50 d’eau sur la barre, c'est assez pour le Travailleur. Le commandant le dirige aussitôt sur la passe et, plus secoué qu’il ne l’a été pendant les quinze jours que nous avons passés avec lui à la mer,
1l parcourt rapidement l’espace qui l’en sépare
encore. Le brave navire, il la franchit parfaitement sans coups de mer, et cependant, nous l'avons dit, elle est déjà fort grosse dehors et les lames
qu’elle montre à l'horizon dénotent qu’elle va le devenir plus encore.
Et que nous importait maintenant? Nous apercevions bien ces signes de mauvais temps, mais nous nous trouvions actuellement à l’abri : nous étions dans Adour. |
Vers midi, notre bateau, dont le nom semblait si bien approprié à la mission qu'il venait de remplir, se trouvait, comme quinze jours auparavant, amarré aux quais de Bayonne.