‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 61 sur 99 · III. — Les côtes nord du Maroc · texte numérisé non relu

III. — Les côtes nord du Maroc

Le 24, à $ heures du soir, après nous être donné la satisfaction d’exécuter dans la journée encore quelques dragages en eaux profondes, et à travers une brume assez forte, nous apercevons devant nous la terre africaine, puis nous reconnaissons Mers-el-Kebir qui perce le voile de vapeurs, et enfin Oran. Une heure après nous étions mouillés dans le port, d’où nous repartions le 25, après avoir rempli nos soutes à charbon.

Passant à petite distance de terre, nous remarquons successivement le cap Falcon, le village d’Aïn-Turk avec son église au milieu de la plaine, le cap Lindless, et à 8 heures du soir nous apercevons les îles Habibas.

Le 26, dans la matinée, nous laissons sur bâbord non loin de nous les îles Zafarines; désormais les côtes que nous avons en vue appartiennent au Maroc. À midi, nous nous trouvons par le travers

du cap des Trois-Fourches, et peu après nous pouvions distinguer, dans les découpures des falaises M tourmentées qui se trouvent à l’ouest du cap, les grottes ou cavernes formant, dit-on, des ports souterrains dans lesquels les pirates du Rift cachaient leurs flottilles de carabas, embarcations dont ils se servaient pour courir sus aux navires passant trop en vue de leurs repaires. Vers cinq heures du soir, la montagne de Melilla, d’une hauteur de 983 mètres, se montre légèrement teintée en gris bleuâtre ; c’est le seul point remarquable que nous ayons vu depuis midi, la côte s'étant alors embrumée.

Le 27, nous doublons le cap Baba, puis le Peñon de Velez, les quatre tours d’Alcala, l’île d'Iris, la tour de Mostaza, et, par-dessus les différents plans de montagnes qui s’étagent et se découpent les unes sur les autres, en s’estompant de plus en plus, domine le mont Anna, dont les cimes atteignent 2300 mètres. D’un côté, nous avons donc des sommets qui, au-dessus de nos têtes, se perdent dans les nues, de l’autre, mais sous nos pieds, des abîimes qui s’enfoncent aussi profondément que les premiers s'élèvent haut. Nous demandons aux uns de nous révéler les secrets qu’ils recèlent, et les autres nous servent à déterminer les positions sur lesquelles portent nos recherches...

Nous avons exécuté plusieurs dragages pendant les journées du 26 et du 27; ils nous ont montré des fonds meilleurs que ceux sur lesquels nous

Page 1