SCÈNE Vlll
CATULLE, GELUUS, FURIUS, «idmi; AURÉLIRS.
acrKlics.
Le valeureux soldat dont la tête est félee Pour un flacon de vin reçu dans la mêlée !
C Alt LIE.
Et qui, jetant son arme afin de mieux courir,
Déserte le combat et fuit sans coup férir!...
CEI. LltS.
Je le prends en pitié si, quand l'amour l’invite,
Le besoin de dormir le tourmente aussi vile.
Et, tout blanc que je sois des neiges de l'hiver,
Ma tète est plus solide et mon cœur est plu# vert!
Mais comment se fait-il, mon liûte et mon poète,
Que la beauté n'ait point sa place à cette fête?
Buveurs! êtes-vous donc ou blasés ou perdus Que de votre banquet les amours sont exclus?
El ces trésors féconds, «le sève et de jeunesse Sont-ils fait# pour servir de pâture à I ivresse?
CATULLE, i part.
Ah! je le vois venir...
CELUI#, t put.
Rien encor!...
CATULLE
Nous vivons !
En ces temps de cynisme ainsi que nous pouvons !
De l'amour plein lècœur, du feu plein les prunelle#
Ne sont pas un mérite aujourd’hui près de# belle»;
Nos li vre# nulle part n'ont droit de se poser Si notre or n'a couvert la place du baiser...
Le» vieux aux jeunes gens font celle concurrence;
N«>s printemps ne sont pas de poids dan» ht balance,
Et l’on voit, 6 Plulus, ce sont là de tes coups.
Les vieillards, en amour, avoir le pas sur nous!
CELUI»
A vos façons d'aimer, toute femme est sensible...
Catulle... et vos ver* oat m charme irrésistible...
Je veux gager, tenez... que ce# iiia* fksiri#
Ont vu paw r l’amour sous leurs tiède# abris!
Comme d’un souvenir leur feuillage frissonne I Et si je n'v C’est que la Des sourires charmant* précurseurs du réveil;
C’est quelle aime à bercer le rêve aux blanche# ailes,
Qui lui fit la nuit courte et les heurt # #4 Ivelles!
CATULLE
A part. Haut.
Nous j voilà ! — Fort bien ! Je doute en vérité Qu’on puisse montrer plu# de perspicacité!
Quelle est cette beauté?
MtitltS.
Quelque jeune matrone Que #oo mari uuinteux soir et matin sermonne,
Et qui, fuyant l’ennui, vient goûter près de vous Une part du bonheur qu’elle prend à l'époux...
CATULLE
Ah! c'est prodigieux!... Que Vénus vous écoute!...
Mai» puisque vous m'avez fait prendre celle route. Voyons! que pensa -von# de la femme d'autrui?
GELUUS.
Je crois que le soleil pour tout le monde luit.
CATULLE
C’est aussi mon avis... Mai#, s’il serait stupide De chercher le soleil au rivage fétide Où le Cocyte noir roule la nuit à flot,
Je pense qu'il est lâche, et Je le dis tout haut,
Comme un voleur peureux dissimule sa taille Et glisse à pas lurlifs le long de la muraille.
De travailler dans l’ombre et loin de tous témoin#
A briser un amour... Gelbus, c’est tu moins.
Quand au cœur d’une femme un homme veut prétendre, Qu ou juge à .«on maintien qu'il ta saura défendre!
«SUN», • port.
Mc souuçonnerait-il? Le terrain est brûlant;
Haut.
Prenons garde 1 On s’échauffe, â Catulle, en parlant,
Et le ventre arrondi des replètes amphores,
D’où ne devraient jaillir que des chansons sonores. Lusse tomber souvent des mots durs et fâcheux Par qui sont chagriné# les rires et les jeux.
Bannissez cette humeur et ces façons moroses!...
Le poète toujours ne cueille pas de# roses;
Je le saw... et parfois aoofpéniblc laU-ur Suffit dans son esprit à jeter quelque aigreur...
Voyons! de mon crédit permettez-vous que j’use?
Je veux, avant ce soir, enrichir votre musc!...
CATULLE
Tenez! j’ai là des vers éclos de ce matin,
Et je possède à Rome un créancier mutin Qui, sans sc fatiguer, Un» les jours me relance... Veuillez avec ce» vers lui solder ma avance.
Si cet hyme à Vénus près de lui trouve cours,
Vous m'aurez éU: là vraiment d'un grand secours !
AURELIUS
Çà, piquez-vous d’honneur, la tâche est peu commune.
CELUI»
J’accepte. Laissez-mot tenter cette fortune.
Dédiés à César, ce# vers, changes en or,
Pourront payer la dette et bien d’autres encor...
Du prix de ses bienfaits, je veux qu'il vuu» souvienne; Permettez que demain, Catulle, je revienne...
CATULLE
Pour surprendre le faon endormi dans le thym. Chasseur, s’il est rusé, se lève plus matin ..
Venez de meilleure heure... A demain la partie!
Car Lcsbie, aujourd'hui, pour la ville est partie...
GELUUS, * put.
(Hwt)
Partie !... Ah !... je ne puis trop voua remercier D’avoir d’un inconnu fait votre familier,
Et, sans plus d’examen, de m’avoir juge digne D’écouter, en buvant, vos chansons sous la vigne. Ensemble élevons donc nos coupes vers les cteux, Catulle, et permettez qu’eu invoquant le# dieux,
Sur le poète à qui Vénus donna sa lyre J’appelle la faveur du maître de IVnipire !
Au poêle Catulle! A l’unique César!...
(PcftKMisc oc répond à cette «tcnùcre >»uU.)
CATULLE
Amis! ne perdons pas ainsi notre nectar!
Je bois à la Imaute, moi, sous toutes ses formes!
Soit qn’en une ombre douce elle tombe de» ormes.
Soit que rayons doté# émanant du soleil,
découvre à cette heure personne, belle dort, éclairant son sommeil
Elle fasse le monde éclatant et vermeil !...
Je bois à la beauté que l'univers proclame...
A la h-aulé du corps, à la beauté de l'âme 1 Je bois à ce travers que le siècle moqueur Couvre de son mépris: l’honètetc du cœur!
Je bois à l'amitié que les dieux firent sainte !... Aux transports de Vénus! à sa brûlante étreinte! Je bois à rliarmoniel A ce puissant accord Qui fait l’État tranquille et fait le peuple fort! Aux jours marqués de blanc où la vertu civique Pouvait seule aspirer à la chose publique...
Je ne boirai donc pas comme vous à C-ésar Qui pour mieux l'étouffer se fait ami de Part,
Et, le bâillonnant d'or, veut dompter sa manie D'aboyer aux talons de toute tyrannie!...
Mais je bois, Gellius, 4 l'hospitalité Qui do l'ennemi fait un hôte respecté.
CATULLE, AUBELUS, rURK».
A 1a beauté ! ! I
CELUI», A part.
L'affront a comblé la mesure!
Mais je me vengerai, Catulle, je le jure !...
Je cours associer César à mon courroux...
Recevez mon salut!... les dieux soient avec vouât»
CATULLE
Puisque vous rejoignez César, prenez la peine De lui porter ces vers chauds encor de ma haine... Je prétends flageller ainsi tous les matins Mamurra, Julius et tous ces libertins !