A MON FILS JULES
Le temps qui fuit sans cesse Emporte avec nos jours Ce qui fut la jeunesse,
Ce qui fut les amours!
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Comme la trombe passe En balayant le sol, Le Temps, brûlant l’espace,
Nous saisit dans son vol;
Et mesurant sur terre Nos rapides instants,
Dans l'éternel mystère Nous lance palpitants.
Tout disparaît, tout tombe Dans Je gouffre béant, Mais l’homme dans la tombe
Nargue encor le néant !
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Sur la scène du monde Trop éphémère acteur, I] laisse, œuvre féconde,
Son esprit créateur.
La pensée éternelle Eteinte en son cerveau Ouvre grande son aile Par delà le tombeau.
Mais l’homme plus modeste Dans l’enfant seul revit, De lui c’est ce qui reste,
C’est tout ce qui survit.
Voyez! La fleur nouvelle Rajeunit l’arbrisseau ; T’homme se renouvelle
Da:s un frêle berceau.
Dans cet autre lui-même Il retrouve ses traits
Et peut, bonheur suprême, Sans pleurs et sans regrets,
Dire: “ Ma vie achève, Si l’arbre doit mourir, Un rameau :lein de sève
S’élance pour fleurir! ”
Contemplant cette aurore, Satisfait, il s'éteint.
Son couchant voit éclore L’aube d’un gai matin.
Car, espoir qui fait vivre, L'homme le plu: borné Au bonheur de survivre
S’est toujours obstiné.
Je goûte cette joie D’avoir à mon côté Ce fruit que Dieu m’envoie
Pour bénir mon été.
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Tout ému, je m’incline Sur ce berceau d'enfant, Et sa grâce câline
Du néant me défend.
En lui je me retrouve Tout à coup rajeuni, Et dans mon cœur J'éprouve
Un bonheur infini.
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Cher petit, ta faiblesse Fait ma force aujourd’hui Et j'attends la vieillesse
Sans crainte et sans ennui.
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Ton astre va paraître Sur mes jours au déclin; Puissestu ne pas être
Avant l’heure orphelin!
Mais je suis jeune encore; Je te verrai grandi.
Je veux que ton aurore
S’allume à mon midi;
Que ton midi flamboie Sur mon pâle couchant, Pour éclairer la voie
Sous mon pied trébuchant.
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Et si, jamais nommée,
Ma muse a trop vieilli, De l’humble renommée Retarde nn peu l’oubli!