‹ Souscription publique pour la statue de Pierre Belon du MansChapitre 4 sur 4 · ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

ET SON ŒUVRE

Pierre Belon est né, vers l’année 1517, à la Soultière, hameau dépendant du bourg de Cérans-Foulletourte, dans la Sarthe. Notre compatriote, « docteur en médecine en l’Université de Paris », quitta la France au commencement de l’année 1546. Il alla d’abord à Candie et à Constantinople. Il visita ensuite Lemnos, le mont Athos et les ruines de l’antique Salone. De là il se rendit en Egypte, explora Alexandrie et le Caire où il fit des observations qui sont restées célèbres. De retour en France, Belon publia un mémoire sur les poissons .• i’jBïsiotVe naturelle des poissons marins avec îa vroAe peinture du Dauphin et de plusieurs autres de son espèce. 1551, Paris.

Ce travail si lumineux, source féconde d’instruction pour le philosophe et le naturaliste, peut être considéré comme le plus ancien livre d’anatomie comparée. L’ülustre savant parle en effet « des affinités qui existent entre les parties intérieures du Dauphin et celles du Marsouin », il montre que l’anatomie du cerveau du Dauphin convient en toutes ses parties avec l’anatomie du cerveau de l’homme « et qu’il n’y a point de différence dans la description de la matrice du Dauphin et celle de l’Oudre ou Orca ». Le germe de l’embryologie paraît d’une manière très remarquable dans le dessin de la page 19 qui représente l’embryon d’un marsouin. Belon donne, d’après nature, des parties extérieures du Dauphin et de ses dents, une description presque aussi détaülée que celle que l’on pourrait en donner aujourd’hui. Grâce au livre de notre compatriote sur le Dauphin, les naturalistes n’ont plus fait de confusion relativement à cette espèce. Tel est le premier travail de Belon qui doit, à notre avis, prendre place parmi les recherches les plus originales du xvi® siècle, car U éclaire -d’un jour nouveau l’histoire de l’anatomie moderne.

Deux années après, le savant manceau publia : Les Observations de plusieurs singularitez et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée Egypte, Arabie, etc. Paris , 1553.

Dans le vaste champ des sciences d’observation, les Singularitez constituent un livre d’un rare intérêt. Une des parties les plus instructives de cet ouvrage est le récit de son itinéraire en Égypte. On lit toujours avec plaisir les pages consacrées à la géographie, à l’ethnographie, à la médecine, à la faune et à la flore de cet étrange pays. On y trouve des détails fort curieux sur Alexandrie, les mœurs des Alexandrins, la ville de Rosette, les pêcheurs du Nil, les maisons et les jardins du Caire, les plantes qui croissent autour de Suez. Le même livre renferme le plan de la ville d’Alexandrie, et les « portraicts » de l’île de Lemnos, du mont Athos et du mont Sinaï. Bien qu’üs soient d’une géométrie élémentaire, ils montrent un grand travail de réflexion. Belon a dessiné d’après nature et pour la première fois, divers animaux tels que l’Ichneumon, l’Hippopotame, le Crocodile, le Caméléon, le Sacre d’Égypte, l’Ibis noir, etc. Ses Singularitez, d’originalités locales, sont remarquables

par l’ampleur des informations. Nous remarquons chez lui cette rigoureuse bonne foi attentive à découvrir la signification des faits sans en rien dissimuler. Au total, ce livre assure à son auteur la première place parmi les voyageurs du xvi® siècle.

En 1553, Belon donna au public un ouvrage très curieux ayant pour titre : Pétri Bellonii Cenomani, de admirabili Operum antiquorum et rerum suspiciendarum prœstantia liber. Parisiis, 1553. C’est un traité sur les monuments des anciens et sur les substances employées en Égypte pour conserver les cadavres. Cet opuscule a été réimprimé par Gronovius dans le tome VIII de ses Antiquités grecques. La même année, Belon publia son livre sur les arbres Conifères : De arborîbus coniferis et resiniferis aliisque nonnullis sempiterna fronde virentîbus. 1553. — Dans ce mémoire spécial qui n’a jamais été suffisamment apprécié, chacun des chapitres voudrait une étude de plusieurs heures.

Le traité de notre compatriote sur les Poissons est peu connu. En voici le titre ; De aquatilibus libri du^, cum iconibus ad vivam ipsorum efjfigiem quoad opus fuerit potuit. Paris, 1553. Nous possédons trois éditions de cet ouvrage traduit en français et ces trois éditions sont de la même année. Ce livre offre un intérêt hors ligne : il renferme les bases de l’ichtyologie moderne. En rectifiant ce qu’Aristote avait dit, le naturaliste manceau donna à l’ichtyologie un caractère positif par des descriptions et des figures d’un grand

nombre d’espèces. Mais ce qui surtout ouvrait de nouvelles voies à la science des poissons, c’étaient ses observations sur la splancbno- Ibgie thoracique et abdominale de ces animaux. Longtemps avant les beaux travaux de Cuvier, de Mierendorff, de Yaleneiennes et de Duvernay, Belon s’occupa de la conformation générale du foie chez de nombreux poissons. Son livre renferme une étude comparative des « appendices sur le pylorus », et les recherches plus récentes de l’ichtyologie n’ont rien révélé qui contredise ses observations. Dans ce travail, de même que dans le suivant, nous trouvons l’emploi de la nomenclature binaire pour la distinction des principales espèces. Citons seulement le Torpédo oculata et le Gdbio fluvîatilis, noms binaires que l’on a conservés dans les traités qui sont le plus au courant de la science ichtyologique. Au total, ce livre forme une époque en zoologie. Il a servi de base, conjointement avec les observations de Rondelet et de Salviani, à ce qui a été écrit sur les poissons jusqu’à Lacépéde. Belon fit faire aux sciences naturelles un pas énorme en fondant l’ichtyologie moderne.

Il s’occupa ensuite des Oiseaux ; L'Eistoire de la nature des oyseaux avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel escrite en sept livres. Paris, 1555. C’est surtout dans cet ouvrage que le célèbre naturaliste se révèle comme un observateur plein de sagacité et un penseur audacieux. A la tête de ce livre, Belon ose dresser le squelette d’un oiseau en face de celui de l’homme et désigner par des signes communs, toutes les parties communes de l’un et -de l’autre. Notre compatriote crée la méthode comparative. Le parallèle qu’il établit entre le squelette de l’homme et celui de l’oiseau est un trait de génie. Cette pensée d’une immense portée, d’une inconcevable audace, pour une époque aussi reculée, lui assure l’honneur du premier essai tenté pour la démonstration de l’unité de composition organique. Loin de se contenter d’indications plus ou moins vagues et de recourir à des phrases susceptibles d’interprétations diverses, il emploie, pour rendre sa pensée, une méthode rigoureuse et précise à l’égal des méthodes usitées par la science actuelle. L’idée de l’unité de composition pressentie pour la première fois par Belon, sera proclamée avec enthousiasme deux cent cinquante ans plus tard par notre illustre Geoffroy Saint-Hilaire. Dans ce livre rempli de vues ingénieuses et très riches de vérités sur le squelette, l’appareil digestif et la voix des oiseaux, le naturaliste manceau partage ces animaux en deux groupes : 1“ les Fissipèdes ; 2° les Palmipèdes. Or, il est curieux de constater que cette division, établie en 1555, est celle que nous retrouvons dans nos ouvrages élémen-

taires. Nous avons donné ailleurs un tableau comparatif où chacun des ordres dé Linné et de Cuvier est placé à côté du livre de Belon correspondant.

Le dernier, mais non pas le moins célèbre des ouvrages de Belon qui aient vu le jour, est son traité sur l’agriculture : Les Remonstrances sur le défault de labour et culture des 'plantes, etc. Paris, 1558. Dans cet opuscule, le célèbre naturaliste invite les médecins de Paris à fonder un établissement pour l’éducation des plantes. Déjà, sous sa direction, René du Bellay avait réalisé, à Touvoie, près Le Mans, quelques-uns de ses grands projets. Ces jardins de Touvoie qui virent fleurir, au xvi® siècle, les Caroubiers, les Pistachiers, les Arbres de vie (Thuja), ces jardins où l’illustre savant fit germer le premier les semences du Platane, de l’Acacia d’Arabie et du Gaïac, étaient alors les plus beaux, les plus riches non seulement de la France, mais encore de l’Allemagne et de l’Italie. C’est donc aux environs du Mans que notre compatriote fonda, au xvi® siècle, le premier jardin botanique français dont les jardins de Montpellier (1596) et de Paris furent le complet épanouissement.

Telle est l’œuvre de Belon. Nous avons essayé d’en pénétrer l’esprit, d’en faire comprendre le sens élevé.

Louis CRIÉ,

Professeur à la Faculté des sciences de Rennes.

LE MANS. — IMF. E. LEBRAÜLT, 4 , RUE AUVRAY. — 21065 .

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