‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 20 sur 49 · LE NIAGARA. — TORONTO · texte numérisé non relu

LE NIAGARA. — TORONTO

Je traversai donc le Suspension Bridge, et me voilà au Canada.

J'aperçois dans un fond l'immense chute du Niagara, magnifique, grandiose, imposante, Je m'arrète deux heures, et je me rends à la cataracte, afin de l’admirer de plus près.

Le Niagara est un canal naturel d'une dizaine de lieues faisant communiquer le lac Erié au lac Ontario. À peu près au milieu de ce canal se trouve une différence de niveau de cent soixante-dix pieds. Les eaux du lac Erié, qui a une étendue de cent cinquante lieues de long sur quarante de large, arrivent en abondance, et on se fait difficilement une idée du volume d'eau énorme qui se précipite dans ce gouffre.

La chute a à peu près cinq cents mètres de large et présente la forme d’un fer à cheval, Il est impos-

sible de décrire le saisissement qui s'empare du

touriste, alors qu'il est en contemplation devant ce

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beau spectacle ; je suis resté bien des heures à regarder cette eau tomber, à écouter ce bruit infernal et assourdissant, et plus je contemplais, plus j'admirais cette merveille de la nature. L'eau tombe en masse si considérable qu'elle né perd pas sa belle couleur verte du haut en bas de la chute.

Des nuages de fumée humide venaient à chaque instant me mouiller le visage. En hiver, cette fumée se gèle, et il se forme un cône sur lequel on peut monter sans danger et donner la main, pour ainsi dire, à la chute elle-même ; puis les multitudes de petites chutes qui accompagnent la grande se gèlent et forment dans cette excavation d'énormes et interminables piliers de glace, qui donnent à cet endroit l'aspect d'un palais enchanté. Tout autour, le paysage est très-boisé et montagneux ; malheureusement, à côté de la chute, on a élevé nombre d'hôtels et de maisons particulières, qui nuisent beaucoup à la sauvagerie du tableau.

Je quittai donc le Niagara, me promettant bien

d'y revenir le plus souvent possible, et j'arrivai à

Toronto le 10 juillet.

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La ville de Toronto est admirablement située sur

à reie le lac Ontario, mer d'eau douce d'une centaine de erna sd lieues de long sur trente de large, et dont les tem- : J 42 pètes sont encore plus terribles que celles de l'Océan ombe en à cause du voisinage des terres.

as sa Toronto n'a pas l'aspect des villes américaines avec leurs maisons couleur chocolat ou leurs manulaque REX factures construites en fer. Les rues sont pavées en umée * bois ainsi que les trottoirs, elles sont larges et bien | peu Lun percées ; mais, à part les principales, les autres ainsi sont mal entretenues. Néanmoins Toronto est une es de des plus jolies villes que je connaisse en Amérèlent rique.

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droit Il y a quelques monuments qui seraient dignes de roi | figurer en France. Les maisons particulières sont presque toutes construites en briques grises ou en ureub bois ; elles sont pour leur coquetterie une des causes mbre irait qui font aimer Toronto au voyageur. Elles ont toutes isen une véranda sous laquelle pendant l'été les propriébi taires se tiennent et recoivent le soir les visiteurs. ien Nas Elles sont toutes couvertes en zinc ou avec de petits vai à

carrés de bois ressemblant assez à l'ardoise, qui est

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fort rare. Les fenêtres ne s'ouvrent pas par le milieu ; elles se montent et se descendent à l’aide d’un contre-poids établi de chaque côté dans le mur. L'intérieur est à peu près le même que celui des maisons américaines, c'est-à-dire très-confortable.

Aussitôt descendu du train, je me fis conduire chez la famille Beardmore, dont un fils venu à Tours, comme je le marquais en commençant, m'avait déterminé à quitter la France pour quelques mois.

La famille me reçut à bras ouverts, m'installa chez

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elle, et par ses attentions délicates me fit promptement oublier les fatigues du voyage.

La famille Beardmore se compose de neuf

membres : M. et M"° Beardmore, quatre garçons

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et trois filles. Un des garçons et une des filles sont mariés.

M. Beardmore est un homme d’une soixantaine d'années environ, belle figure sur laquelle on lit la bonhomie et l'intelligence. Il est profondément religieux et protestant jusqu'à l’exaltation. Il va à une petite église dont le ministre est presque son

subordonné ; il a même une dignité dans cette église,

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car un dimanche qu'il m'emmena avec lui au service, il monta en chaire et lut la Bible aux nombreux assistants qui l’écoutaient, La branche du protestantisme à laquelle il appartient s'appelle l'Église épiscopale réformée. IL fait construire une église neuve, et lorsqu'elle sera finie, il en deviendra probablement le chef.

Dans son intérieur mème, les habitudes religieuses ne sont point oubliées, et un matin que je déjeünais chez lui, je fus témoin d’une coutume qui me surprit beaucoup. Le déjeuner fini, toute la famille et moi quittâmes la table, et nous nous assimes lelong du mur. Seul, M. Beardmore resta devant les nombreux plats que nous venions de savourer, et, armé de la Bible, il nous en lut quelques passages, incompréhensibles pour moi; puis la jeune fille se mit à l'orgue et nous chantâmes un cantique. Enfin, pour clore Ja cérémonie, il fit une invocation au Tout- Puissant avec un son de voix qui montrait clairement que les paroles prononcées venaient bien du cœur,

En outre, M. Beardmore est un des commerçants

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