‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 22 sur 49 · QUÉBEC · texte numérisé non relu

QUÉBEC

Comme je n'avais rien encore de fixe ou d'organisé, je partis pour Montréal et Québec, où j'avais quelques connaissances qui m'attendaient depuis longtemps.

Je m'embarquai done le A juillet sur le magnifique steamer Corinthian, et je traversai le lac Ontario, dont l’immensité et l'étendue me rappelèrent l'Océan. Nous nous arrêtâmes à plusieurs petites villes, entre autres Port-Hope et Kingston, ou ncus primes quelques passagers. J'étais tout seul sur ce bateau et je m'ennuyais fort, quand je fis la connaissance de deux jeunes Américains de Boston, avec lesquels je restai trois jours. Le lendemain matin de mon départ, nous entràmes dans le Saint-Laurent, après nous être arrêtés quelques instants à Kingston.

Là, le panorama changea ; quoique le Saint-Lau-

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rent soit un très-grand fleuve, ce n'était plus cette eau à perte de vue comme sur le lac Ontario. Dans sa partie supérieure, le Suint-Laurent appartient et aux États-Unis et au Canada, dont il est la frontière ; plus bas, il devient canadien tout à fait.

Une foule de petits ilots encombrent son cours et le rendent très-piltoresque. Puis, de chaque côté, des coteaux au sommet desquels sont établis des villes, des maisons de campagne, etc.; un peu plus loin, de sombres et impénétrabis:3 forêts.

La journée n'ayant pas été féconde en incidents, j'en profite pour donner une petite description du steamer Corinthian.

Tous les steamers qui voyagent sur les rivières d'Amérique sont construits sur le rnême modèle : ce sont d'immenses bateaux: tout blancs ; leur tonnage n'est pas très-considérable, et, loin d’être effilés comme les transatlantiques, ils sont oblongs et ressemblent à des maisons se promenant sur l’eau. Ce qui leur donne surtout cet aspect, ce sont les multitudes de petites fenêtres carrées éclairant les

cabines, qui 5e trouvent de chaque £té du navire.

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Au milieu du navire se trouve un immense salon, salle à manger en même temps, dont le luxe et la magnificence le font plutôt ressembler à un palais. L'intérieur des cabines est pius confortable que sur un paquebot transatlantique, plus grand et plus aéré, et les lits sont plus large. De plus, tous ces bateaux sont à aubes, et comme machines, c'est le système du balancier.

Avant d'arriver à Montréal, nous eùmes à traverser plusieurs rapides causés par la différence du niveau des eaux. Getle différence de niveau étant de plusieurs centimètres par mètre, il s'ensuit un courant extré:sement fort au milieu des rochers. Il faut que ce soit un Indien qui conduise le bateau à travers ces écueils si dangereux. Puis nous passons sous le Victoria Bridge, gigantesque pont d'une lieue de long sur le Saint-Laurent, Nous arrivons à Montréal après deux jours de voyage.

Aussitôt débarqué, je me fis ronduire directement chez M"° Rambau, pour laquelle j'avais des lettres de recommandation et quelques paquets venant de

France. Mn Rambau fut d'une attention charmante

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PARA, D RO pour moi; elle m'offrit gracieusement l'hospitalité dans sa maison, et je m’empressai de l'accepter, étant fort heureux quand de temps en temps je pouvais vivre en famille.

M. Rambau fils me montra la ville. Elle est ::+ , et ses monuments sont magnifiques. La population est d'environ cent quarante mille habitants, dont quatre-vingt mille Canadiens français. Le Français qu'ils parlent est primitif et a beaucoup de rapport avec celui que parlent nos populations normandes. On y remarque encore de vieilles coutumes françaises. La France y est toujours regardée comme la mère-patrie. Dans les rues, les jours de fête, on voit plus de drapeaux français que de drapeaux anglais.

Je me souviens encore que j'allai faire une excursion à un petit village des environs. N’eût été le Saint-Laurent, au bord duquel était assis ce village, je me serais cru dans une bourgade normande.

C'étair un dimanche, et toute la population se livrait à une foule de jeux, témoignage éclatant de la paix et de la tranquillité qui règnent dans ce pays.

Un fait regrettable, c'est que la population

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italité . | anglaise, alimentée par l'émigration, augmente touepter, | jours, tandis que la population canadienne française fl ps je . reste stationnaire. | 1 Un parc a été tracé dans la montagne au pied de l #) : laquelle Montréal est adossée. De ce parc, que le 1 lation fl. temps embellira, on a une très-jolie vue de la ville 1 , dont 4 ct du fleuve; dans le lointain on aperçoit de grandes À ançais è collines. !

pport L. Trois jours après mon arrivée à Montréal, je | indes. 4 m'embarquais encore et descendais le Saint-Lau- ll fran- rent, presque jusqu'à son embouchure, Comptant à me la m'arrèter à Québec en revenant, je passai cette ville n voit 4 et j'accompagnai une famille américaine qui s’en 1 1glais. 1 allait faie une excursion au Saguenay. EXCUr- L Le Saguenay est une rivière qui se jette dans le été le É. Saint-Laurent, presqu'à son embouchure, et qui l illage, ' remonte vers le Nord. C'est le plus large tributaire ' ande. :

du Saint-Laurent et sans contredit une des plus re-

4 F4 . ., . | livrait cd marquables rivières du nouveau continent. Ses eaux

de la sont d'une limpidité merveilleuse et abondent en pays: ‘4 une variété infinie de poissons très-recherchés des lation |

gourmets,

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Le temps était glacial, quoique nous fümes en plein juillet, et il avait gelé blanc la nuit précédente. Le Saint-Laurent s'élargissait à mesure que nous approchions de la mer, et à Tadousac on ne voyait plus l'autre côté.

Tadousac est à l'entrée de la rivière du Saguenay. C'est un petit village à peu près désert pendant l'hiver. Il est visité en été par des personnes qui y restent quelques mois, fuyant les chaleurs des Etats- Unis. Nous remontâmes toute la nuit le Saguenay. Le matin, en nous réveillant, nous fûmes surpris du spectacle qui se présenta à nos veux : des rochers à pic, des montagnes énormes, des forêts dont tous les arbres morts de vieillesse présentaient l'aspect de la désolation, et enfin de loin en loin de petits bourgs d'Indiens, accourant, quand nous nous arrêlions, non pas pour nous manger, mais pour nous voir et nous admirer ; puis nous descendimes le Saguenay, nous remontâmes le Saint-Laurent, nous arrêtant à quelques petites stations de bains de mer, où les habitarts de Québec et Montréal viennent se reposer

d'un long et rude hiver, et le jeudi 27 juillet j'étais

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de retour à Québec, où je m'arrêtai deux jours.

Gette ville, la plus ancienne du Canada, est située sur un rocher à pic dans beaucoup d’endroits : elle a toute l'apparence d'une vieille ville française, on y parle partout français. Les rues sont tortueuses et en pente. Les monuments ne sont pas abondants, mais ceux qui existent sont assez beaux. J'ai visité l'académie, la citadelle, vieux reste de la puissance française, d’où j'ai pu voir le champ de bataille où Wolf et Montcalm se disputèrent pendant longtemps la possession du Canada, et où ils succombèrent tous les deux.

Je visitai aussi un hospice magnifique. J'ai admiré la propreté et la bonne tenue de cet établissement, et j'ai été étonné de voir tant de progrès dans un pays que je pensais trouver si neuf,

Je me fis conduire à la belle chute de la rivière Montmorency. Moins forte que le Niagara, elle est plus haute (deux cent cinquante pieds) et plus coquette.

Le Niagara est sévère, grandiose, et quand il

tombe, ce sont des nappes d'eau considérables se

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brisant avec un fracas épouvantable et effrayant. La chute de Montmorency est jolie, située dans un anse de verdure ; l'eau tombe si gracieusement et si blanche qu'on croirait que c’est du lait; à certains endroits, elle se déchire comme de la mousseline.

Comme au Niagara, la fumée humide de la chute se congèle l'hiver et forme une croûte épaisse et très-élevée sur laquelle les dames ne craignent pas de se laisser glisser au moyen d'un petit traineau appelé toboggins. C'est un des grands amusements des habitanis de Québec, qui se rendent à cette chute en traineau par le Saint-Laurent, et les accidents inévitables qui arrivent chaque année ne ralentissent pas la vogue de ce plaisir hivernal.

Revenu à Québec, je n’y restai que quelques heures et je partis immédiatement pour Montréal

et Toronto, où j'arrivai le 4°" août.

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