‹ SouvenirsChapitre 16 sur 67 · LES SAVANTS A TOULON · texte numérisé non relu

LES SAVANTS A TOULON

lectes tous deux; Bacuel, capitaine de cuirassiers et peintre de paysage. Tous ces jeunes gens aimables me témoignèrent une véritable affection. Un Grec aussi, M. Schinas, était adjoint à ma section; mais il nous abandonna assez vite lorsqu'il fut dans son pays et qu'il y retrouva une charmante jeune fille qui devint sa femme. Enfin, un spirituel officier d'infanterie, dont je devins l'ami, Sextius Delaunay, le seul à peu près avec lequel je conservai des relations, que sa nomination comme intendant militaire en Algérie interrompit trop tôt.

Cette réunion d'hommes plus ou moins distingués, mais charges d'une mission importante, devait produire une assez grande sensation dans une ville comme Toulon; aussi fûmes-nous fort recherchés : les autorités nous firent fête, et j'eus le plaisir d'assister à un bal charmant chez le préfet maritime , famiral Jacob. Je rencontrai dans cette soirée un de mes camarades de collège, bien jeune naturellement, Dubourdieu, qui venait déjà de se distinguera la bataille de Navarin, où il avait eu la cuisse emportée par un boulet de canon.

Ce précoce invalide à jambe de bois attira it tous les regards, et je vins à lui, pour renouveler connaissance, avec une émotion bien sympathique.

La commission scientifique, annoncée depuis quelque temps, avait dû faire supposer aux habitants de Toulon une réunion d'hommes sérieux, même un peu pédants, ce Les savants « sont arrivés », se disait-on, et nous conservâmes cette épithète pendant tout notre séjour dans celte ville; mais je ne suis pas sûr qu'à la fin elle ne nous ait pas été donnée ironiquement. Nous avions bien peu l'aspect de savants, et nous en avions peut-être encore moins la tenue. Cependant notre prestige dura assez longtemps pour qu'un malheureux habitant du département , un vrai savant sans doute, apprenant notre passage à Toulon, s'empressât d'accourir, de s'informer de notre hôtel, et voulût assister un jour à notre intéressante et instructive conversation. Comme nous étions fort nombreux à table, on fit peu attention à ce nouveau visage ; en tout cas, cela n'arrêta pas la verve de M. Dubois, qui se

Page 1