LES ARÈNES D'ARLES
Le soleil va finir sa brûlante carrière. Les rayons affaiblis de sa pale lumière Ont rendu le repos au vaste firmament.
Tout à l'heure il montrait sa tête étincelante, Et voici qu'il n'est plus qu'une lueur mourante, Au fond de l'horizon s'effaçant tristement.
Vainqueur, ainsi pâlit l'éclat de ta victoire, Ainsi s'évanouit et disparaît la gloire. Mais le soleil revient, elle ne revient pas.
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En vain du conquérant je chercherais la trace. i
Je me tourne, il n'est plus. Comme une ombre tout passe, L'onde court à la mer, et la vie au trépas.
Des plaisirs criminels, étuve bouillonnante, Te voilà donc en paix, toi jadis si bruyante. Tout se tait, excepté les oiseaux de malheur, Dont les lugubres cris attristent les ténèbres, Et redisent la nuit comme les chants funèbres De Rome évanouie au sein de sa grandeur.
Ici tout rayonnait sous le vélum du cirque. L'œil était ébloui d'un charme féerique. Les lyres se mêlaient au son joyeux du cor. Tempérant dans les airs l'acre odeur du carnage, L'encens flottait léger, ainsi qu'un blanc nuage. Et les fleurs s'enlaçaient dans le marbre et dans l'or.
LES ARIÎXES D'ARLES
Ici, semblable au bruit terrible des tempêtes, Retentissait le son d'innombrables trompettes; La foule mugissait comme un sombre torrent, Et maintenant tout dort, et seul je me promène Au milieu des débris qui furent une arène, Et, voyageur obscur, je dis: Dieu seul est grand.
Ici les fils du Nord, le Germain et le Dace,
Beaux comme la jeunesse et fiers comme l'audace,
Paraissaient pleins de vie et de mâle beauté,
Et, là-bas, leurs corps morts, n'étant plus qu'un ulcère.
Étaient jetés au fond du vaste spoliaire.
Et l'esclave lavait le sol ensanglanté.
O Rome, je maudis ton effroyable gloire, Honte à tes cruautés, opprobre à ta mémoire! Maudits soient tes héros, maudits tes conquérants !
Maudits soient tes palais embrasés par la foudre, Tes Panthéons brisés et tes lauriers en poudre. Maudits soient les bourreaux, et maudits les tyrans!