‹ Souvenirs, 1860-1885Chapitre 9 sur 34 · LES ARÈNES D'ARLES · texte numérisé non relu

LES ARÈNES D'ARLES

Oà donc sont tes Césars r Où donc est ta couronne, Grande prostituée?- 0 toi, la Babylone Devant qui, jour et nuit, se prosternaient les rois. Reine de l'univers, qu'as-tu fait de ta gloire? Et l'aigle, qui volait de victoire en victoire, Pourquoi fuit-il tremblant à l'aspect d'une croix?

Nourri, dans les combats, de proie et de carnage, ïl planait au-dessus des monts et de l'orage. 0 soleil, son regard éclipsait ta clarté. Le monde gémissait sous ses serres cruelles. Aigle, quel coup de vent osa briser tes ailes. Et te précipita du roc ensanglanté ?

Comme la foudre arrache un chêne de la terre. Comme le vent du nord disperse la poussière, O Rome, le Seigneur t'emporta dans les airs.

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Ta grandeur fut un nom, et ton empire un songe. L'édifice d'orgueil, de crime, de mensonge, N'est plus qu'une ruine au milieu des déserts.

0 vous qui conduisiez les légions terribles, Orgueilleux dictateurs, généraux invincibles, Proconsuls que la terre implorait à genoux. Toi, Sylla, toi, César, toi, superbe Pompée, Qui souffletais les rois du plat de ton épée. Oh ! je voudrais bien voir ce qu'il reste de vous.

Si tout empire humain chancelle, craque et tombe, Si tout doit s'engloutir dans une même tombe, Si la gloire s'enfuit comme une nuit d'été, Détourne tes regards de ces flots de poussière, 0 mon âme, et planant au-dessus de la terre, Contemple le séjour de l'immortalité.

LES ARENES D'ARLES

Écoute s'écrouler royaume sur royaume, Vois les rois et les grands passer comme un atome. Un sceptre devant Dieu n'est pas plus qu'un roseau. Lui seul est éternel, et Rome est périssable. Laterre sous ses pieds estcommeungrain de sable, Il déracine un trône ainsi qu'un arbrisseau.

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