‹ Souvenirs, 1860-1889Chapitre 6 sur 47 · LE SALON DE GH. FAUVETY · texte numérisé non relu

LE SALON DE GH. FAUVETY

f En 1860, Charles Fauvety demeurait rue de la

Michodière, n® 13, dans un hôtel meublé apparte-

i nant à M'"^ Maxime.

•-^ Maxime avait été la rivale de Rachel et, malgré

r un talent incontestable, elle avait dû céder le pas

' à cette dernière, et renoncer à la carrière théâtrale.

Elle paraissait d'ailleurs en avoir pris bravement

son parti.

\ Deux fois par semaine, Fauvety recevait dans

^ - un grand salon du rez-de-chaussée , un nombre

"IL considérable d'amis qui formaient une des nions les plus variées et les plus curieuses qu'on ;se imaginer.

Sceptique en ce qui touchait les religions établies, adversaire acharné du catholicisme, Fauvety obéissait néanmoins à un sentiment mystique , dont il ne se rendait, ou ne voulait point se rendre compte, et flottait sans cesse entre les idées positives qu'il devait à de solides études et ses aspirations vers le surnaturel et le merveilleux.

Sa préoccupation constante, que rien ne pouvait décourager, était de trouver la formule religieuse qui devait réunir tous les hommes dans une même conception et dans un môme sentiment de fraternité. Un instant, il crut trouver dans la franc-maçonnerie le milieu qui répondait le mieux à ses aspirations ; mais les théories de la Morale indé^ 'pendante^ qui comptaient dans cette association de nombreux partisans, ne le satisfirent point complètement. Il se retira sans renoncer toutefois à ses espérances. Continuant ses recherches et sa propagande, il créa La Solidarité et plus tard La Religion laïque^ revues mensuelles qui n'eurent pas tout le succès qu'il en attendait.

Malgré les contradictions qui l'agitaient, Fauvety eût pu, comme d'autres, devenir le fondateur d'une religion, ou au moins le créateur d'une secte dans un siècle moins sceptique et moins rebelle à toute idée religieuse que le nôtre. A l'époque où nous vivons, époque de doute à outrance, ses eflbrts de^

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paient fatalement être stériles. Quoiqu'il en soit, esprit fin et délié, travailleur actif et intelligent, doué de qualités précieuses, parlapt bien, écrivant mieux encore, Fauvety était Tliomme le plus aimable, le plus sympathique, le meilleur qu'on pût rencontrer.

Vers 1860, quand je fus admis dans ses réunions intimes, je trouvai chez lui les représentants des opinions les plus diverses. L'abbé Constant, le premier mari de Claude Vignon, qui, sous le pseudonyme d'Eliphas Levi, écrivait des volumes sur la magie et les sciences occultes. Etrange personnage que Tabbé Constant I Petit, gros, ayant toutes les allures d'un moine sensuel, doué d'une étonnante imagination, écrivain, peintre et orateur, il appliquait toutes ses facultés à IVtude des choses extranaturelles. Prétendant avoir trouvé la clé de la cabale, il expliquait tous les symboles, tous les mystères, tout ce qui est inexplicable. Il avait des adeptes, des disciples, des admirateurs. Desbarolles lui devait, disait-il, sa connaissance de la chiromancie; mais Constant faisait peu de cas de cette prétendue science. La magie et ses nombreuses dépendances étaient son véritable domaine de prédilection. De ses études théologiques il n'avait conservé que la croyance à rinfaillibilité, non pas à riûfaillibiiité papale, mais à la sienne. Il parlait

bien, mais n'admettait pas la contradiction. Contenu, chez Fauvety, où chacun avait son francparler, et où, nul n'aurait tenté de s'imposer aux autres sans se couvrir de ridicule, il était loin d^avoir la même réserve dans les milieux plus humbles. Reçu franc-maçon, en présence d'un nombre considérable de membres de cette société, loin de remercier, selon l'usage, ceux qui venaient de le recevoir, il déclara publiquement et solennellement que c'était la Maçonnerie qui lui devait des remerciements. « Je viens, dit-il, rapporter au milieu de » vous les traditions perdues, la connaissance » exacte de vos signes et de vos emblèmes, et par » suite, vous montrer le but pour lequel votre » association a été constituée. . . i>

Un mois après il prononça en Loge un grand et intéressant discours sur les mystères de l'initiation; mais un frère, M. Ganneval ayant voulu présenter quelques observations sur ce qui venait d'être dit, Constant protesta et se retira. Le président ayant essayé, le lendemain, de lui faire comprendre que de semblables procédés n'étaient point en usage dans la franc-maçonnerie, il ne reparut plus dans les Loges.

Tel qu'il était, l'abbé Constant n^en était pas moins un des personnages les plus curieux du salon de Pauvety.

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