Du 2 juin
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plaire, sans être capal)le d'aimer beaucoup. Presque toutes les femmes lui avoient plu, excepté la sienne, dont il exerça la vertu par ses galanteries ; car d'ailleurs le Roi n'a jamais manqué à la considératiou qu'il devoit à la Reine, et a toujours eu pour elle des égards qui l'auroient rendue heureuse, si quelque chose avoit pu la dédommager de la perte d'un cœur qu'elle croyoit lui être dû.
Entre toutes les maîtresses du Roi, madame de Montespan est celle qui fit le plus de peine à la Reine, taut par la durée de cette passion et le peu de ménagement qu'elle eut pour elle, que par les anciennes bontés de cette princesse. Madame de Montespan avoit été dame du palais par le crédit de Monsieur, et elle fut quelque temps à la cour sans que le Roi fit attention ni à sa beauté, ui aux agrémens de son esprit. Sa faveur se bornoit à la Reine, qu'elle divertissoit à son coucher pendant qu'elle attendoit le Roi : car il
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est bon de remarquer que la Reine ne se couchoit jamais, à quelque heure que ce fût, qu'il ne fût rentré chez elle, et, malgré tant de galanteries, le Roi n'a jamais découché d'avec la Reine.
Elle aimoit alors madame de Montespan , parce qu'elle la regardoit comme une honnête femme, attachée à ses devoirs et à son mari. Aussi sa surpiise fut égale à sa douleur, quand elle la trouva, dans la suite, si différente de l'idée qu'elle en avoit eue. Le chagrin de la Reine ne fut pas adouci par la conduite et les procédés de madame de Montespan , d'autant plus que ceux de M. de Montespan obligèrent le Roi , pour retenir sa maîtresse à la cour et pour lui donner des distinctions sans qu'elle les partageât avec lui, de la faire surintendante de la maison de la Reine.
Je sais peu le détail de ce qui se passa alors au sujet de M. de Montespan ; tout ce que j en puis dire, c'est qu'on le regar-
doit comme un malhomiête homme et un fou. Il n'avoit tenu qu'à lui d'emmener sa femme; et le Roi, quelque amoureux qu'il fut. auroit été incapable dans les commencemens d'employer son autorité contre celle d'un mari. Mais M, de Montespan, bien loin d'user de la sienne, ne songea d'abord qu'à profiter de l'occasion pour son intérêt et sa fortune; et ce qu'il fit ensuite ne fut qvie par dépit de ce qu'on ne lui accordtiit pas ce qu'il vouloit. Le Roi se piqua à son tour; et, pour empêcher madame de Montespan d'être exposée à ses caprices, il la fit surintendante de la maison de la Reine , laissant faire en province à ce misérable Gascon toutes ses extravagances.
J'ai trouvé, dans les lettres de madame de Maintenon à l'abbé Gobelin qu'il y avoit eu une séparation en forme au Châtelet de Paris entre M. et madame de Montespan ^