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Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Rapproché de M. de Chateaubriand par une insigne faveur du sort, nous avons eu l'honneur d'être admis dans Tintimité de cet homme ilhistre, et, comme tous ceux qui l'ont vraiment connu, nous avons été pénétré pour lui du plus profond et du plus tendre respect.

C'est le vif sentiment d'admiration que nous inspire ce noble génie qui nous a décidé à la publication que nous faisons aujourd'hui. Nous croyons

Il PRfiFACE.

servir la gloii'o du ^raiid rcrivaiii on faisant connailro au public le [q\[o primilil' des trois preiniers livres de ses souvenirs d'enfance et de jeunesse.

La curieuse (Mude lilt('i-aii'(^ rpii n'sidlera pour \r lecteur de la cornparaisnn de ce texte avec cidiii rpron a connu jusqu'ici, montrera, il est vrai, ([uc l'auteur du Génie du christiauismr, des Marti/r.^ r\. de tant d'autres chefs-d'o}uvre, à la fin de sa laborieuse carrièi'e, n'avait pas échappé à la loi de décadence inhérente aux plus hautes facultés humaines. II en est dans les lettres comme dans les arts : l'artiste qui veut revenir après de longues années sur une toile inachevée, et qui date de l'époque culminante de son talent, a rarement la vigueur cl la d('licatesse de pinceau que réclamerait un pareil travail; sous ses dernières touches on cherche en vain la virginité de l'esquisse sublime qu'il a re- IVoidie euvoidant la terminer.

PRÉIACE. III

Nous ne ( oiiiKiissons guère de jouissance supérieure à celle ([ue fait (''prouver à loul homme épris dr's ai'ls la conliMnplalion d'un cli<'r-d'o:'Uvre, au moment ovi le iiénic du iiiaître vient de l'enfanter. Dans cette lerre ou sur cette toile que la main de l'artiste abandonne à peine, dans ce premier jet d<' sa création, il y a un charme, une saveur, une séduction ([u'onl bien sentis tous ceux auxquels le culte des arts n'est pas étranger. La première rédaction d'une uHivre écrite de vei've, sous l'entraînement d'une ibugueuse et rapide inspiration, n'estellc pas aussi le })lus souvent supéjieiu'e au livre fruit d'un long et pénible labeur?

Le volume que nous offrons au public n'e^t point à proprement parler une esquisse, moins encore une ébauche : c'est le premier jet, l'expression spontanée la j^Ius pure et la plus simple de la pensée de son auteur. Xous ne doutons pas que les amis délicats des lettres ne trouvent, à la lecture de cette rédaction primitive, un de ces vils

IV i'kËFACt.

bonheurs d'adiniialion dont nuu> })ailionj toul à l'heure.

Commencés à son retour de la terre sainte, les y Mémoires de M. de Chateaubriand devinrent l'occupation de sa vie entière. Poursuivis au travers des circonstances diverses d'une existence pleine de vicissitudes, revus, remaniés, corrigés par lui sans relâche jusqu'à son dernier jour, ils sont le miroir fidèle où se reflètent le rare désintéressement, la fière indépendance de son caractère ; mais ils portent aussi l'empreinte des passions qui agitèrent l'âme de ce puissant et mélancolique génie. Il est impossible do ne pas reconnaître que les perpétuelles re* louches que l'auteur du Gcnie du cliristianisme lit subira cette œuvre, objet de sa prédilection, lui ont nui. Dans ces Mémoires d'oiilre-loïiibc, où les beaulés de premier ordre abondent, la plume que guidait en les corrigeant une main appesantie par l'âge n'a pas gardé toujours sa délicatesse et sa souplesse accoutumées.

i' Il El' ÂGE. V

Témoins de ces eorreclions incessaiiles et tardives, les amis intimes de M. de Chateaubriand et ceux des fervents admirateurs de son talent qui connaissaient son œuvre de longue date, en étaient venus à s'eflrayer de Fallération que tous ces remaniements apportaient à la rt'daction }irimitive; ils. l'aisaienl des vœux pour qu'elle put ètie soustraite au danger qu'ils lui taisaient courir. Ce vœ'u n'a été réalisé que pour une bien l'aible portion, mais enfin le texte primitif existe en partie ; il ne va malheureusement pas au delà du moiuént où le chevalier de Chateaubriand, sous- lieutenant au r('gimenl de Navarre, quitte le château de Coml)Our<i" après avoir reçu la bénédiction de son père. Le manuscrit qui le reproduit porte la date de 1(S:>(); il est à peu près tout entier de la main de madame Jlécamier, (pii se fit seulement aider dans sa copie (pour un quart environ) par Charles Lcnormant. Imprimé sur celte copie, le volume que nous offrons au j>ul)liccontient donc le tableau de l'enfaUce et de la jeuiiesse de l'illustre écrivain, dans une rédaction (jue n'ont

M PliKTAGL.

l)oinl riHure alli'rée les repeints qu'il lui infligea plus tard. Nous ajouterons que plusieurs feuillets d'un manuscrit autographe, exaclemenl conforme à la copie que nous avons suivie, existent en la possession de M. Faugère.

La rigueur des jugements que M. do Chateaubriand ;i portés sur ses adversaires politiques souleva, loi'S de l'apparition de ses Mémoires cCoulrebniibc, de profondes rancunes et d'implacables inimitiés; une polé-mique ardente s'établit pour et surtout contre un ouvrage auquel les amourspropres irrités allèrent jusqu'à refuser le talent. Notre publication ne peut en auciuK^ manière lanimer ces débats. La vie politique est absolument étrangère à cette partie des souvenirs ; elle ne comprend que les années de l'existence du poëte écoulées sur les grèves de l'Océan ou dans les liois de Cond)Ourg. Le speclaclc de la nature d les révélations de la Muse parlaient seuls alors à l'adolescent.

PRÉFACl::. VII

Avant (rexamiiior le texte de 182(» au point de vue littéraii'e, et d'indiquer ce qui en fait une œuvre fort, distincte do l'édition de 1840, nous allons énumérer les dillërences matérielles que présente notre manuscrit. Il n'a poui' titre (pie ces mots : Mémoires de ma vie; et la date de 18U0. Ce ne lui en effet que bien des années après que M. de Chateaubriand donna à ses souvenirs le titre de Mémoires cC outre -tombe. Le texte dont madame Récamier iit la copie est divisi' pai* livres et non point par chapitres, forme adoptée également beaucoup plus tard pour l'édition posthume publiée d'après le manuscrit si souvent remanié. Notre copie contient trois livres. Ces trois livres fournissent, dans l'édition de 18W, deux cent neuf pages partagées en trente cliapities dc^ fort inégales longueui's. La différence entre les deux versions Irappera dès les premières pages; pas une phrase, pas un mol, pour ainsi dire, du texte de 18-2(1 ne subsiste dans les vingt-.six pages du début de l'édition de I8i!). On y remarquera aussi la divergence de date a.ssi-

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