‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 48 sur 134 · I.ORETTE · texte numérisé non relu

I.ORETTE

a tiré son nom de la grande quantité de lauriers qui croissent dans ces environs (*). Les écrivains ne s'accordent pas mieux sur le lieu qu'elle occupe aujourd'hui. Les uns disent qu'elle se trouve au même lieu où il y avait autrefois un bois de lauriers fort respecté par les habitants du pays ; les autres croient qu'elle est bâtie sur les ruines de l'ancienne Citprœ (**), où s'élevait un temple consacré à la déesse Junon. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette ville n'existait point avant l'arrivée de la casa santa en Italie. Elle doit sa naissance et son accroissement aux pèlerins que ce sanctuaire y attira de toutes les parties du monde.

Depuis cette époque les souverains pontifes prirent la sainte chapelle sous leur protection toute spéciale et lui prodiguèrent toute sorte de faveurs spirituelles et temporelles. Au commencement du quatorzième siècle, les habitants de Récanati construisirent un temple à Lorette autour de la sainte maison. En 1464, Paul II le fit reconstruire et Sixte IV son successeur déclara Lorette propriété du Saint Siège-, toutes les personnes attachées au service de leglisc relevaient immédiatement de lui et étaient exemptes de toute autre juridiction. Jules II nomma en lolO monseigneur Dominique Sebastoli d'Anguillara, gouverneur de la ville et protecteur de ce sanctuaire. Depuis 1842 monseigneur Dominique Angelined'Ascoli, commissaire apostolique, occupe ce poste émincnt.

Le Pape Léon X entoura Lorette d'une muraille, à laquelle Sixte V fit ajouter plusieurs bastions, pour mettre la place à l'abri de toute surprise de la part des corsaires Turcs qui, sous Mahomet II et Sélim son neveu, attirés par l'espoir du butin, avaient déjà fait plusieurs descentes sur les côtes voisines. En 1o8o ce pontife donna à Lorette le titre de ville. Par reconnaissance les habitants lui

(*) Schotlus, ilincrarium ItalicT, pag. 8'J.

(**) Sunt cliain qui in Diva? Maria^ Laurolan.T fani loco, prius anicni Juriuiiis Ciipraïuc lui.sso Iradiinl a vrloris rolii;insLssiinè cultam, ul Pclrus Marsus noiat. (Goorgius Brauii Agrippiiionsis. lil). III, civilalos orl)is (orrarum).

élevèrent une statue en bronze et l'on frappa en mémoiie de ce bienfait cette médaille .

Jules II déclara l'église de Notre-Dame-de-Lorette chapelle pontificale ; Léon X la fit collégiale et Sixte V la nomma cathédrale. Dans un consistoire secret tenu le 4 novembre 1385, Sixte V manifesta la pensée deriger à Lorette un évéché, ce qu'il exécuta l'année suivante lorsqu'il donna sa bulle : Pro excellenti prœeminentid (*). Benoît XIII donna à ce sanctuaire le titre de Basilique et en fil par cette prérogative une des églises principales du monde chrétien .

Le premier évéque qui occupa le siège de Lorette fut monseigneur François Cantacci de Pérouse, élu le premier avril lo36, moit à Hécanati le 26 novembre de la mémo année. (**)

La porte romaine, la première ouverte lorsque Lorette fut environnée de murailles, est ornée de deux statues de prophètes et d'une Madone vn marbre blanc. On ignore la main cpii a sculpté ces nobles figures; mais on suppose (lu'ellessont dues au ciseau d'un (i(\s élè-

(*) \'oir !'>iill.iriiiin Koiii.-iiiiiin.

(*•) Muni rcl, liislor. i\v\\u casa sauta, lih. V.

- Tin-M'lliiius, liisl. I.aur.

l'IA/'/A iJi; (iAl.l.l 2<(l

ves du célèbre Sansovino (*). A quelques pas de là se présente la place des coqs "• piazza de' Galli, ainsi nommée à cause d'une fontaine qui selè\ e dans une des parties latérales, et où Ion remarque un dragon et quatre coqs, jettant un eau limpide ; on doit ce monument aux talents distingués de l'habile sculpteur Pierre Paul Jacometti. Deux petits obélisques, dressés à l'entrée de la place, remontent au temps du gou\erncmcnt de Bcntivoglio.

Une promenade commode et spacieuse va en serpentant autour des muiailles, dont la partie la plus belle et la plus antique fut, au témoignage de Vasari, tracée sous le pontificat de Léon X, par Sansovino, en même temps que les deux bastions, dont un seul, celui de Ihôpital est demeuré intact et a conservé sa forme antique. Les autres petites redoutes, presque entièrement ruinées, remontent au temps d'Urbain VIIL

En suivant les boulevards on gagne la Porta Marina, qui xnme au port de Récanati. Non loin de cette seconde porte de la cité on aperçoit le cimetière bâti sous Clément X, lan 1673.

Du côté de la mer la vue s'étend sur une belle plaine, terminée par une ceinture de petites montagnes dont le coup-d œil est ravissant.

L'hôpital entretenu aux frais du sanctuaire de Loretto, est sj)écialement destiné aux pèlerins ; l'hospice et le couvent des capucins, qui n'en sont guère éloignés, furent fondés en 1740 par le cardinal OnuphreBarberini, religieux du même oidre(**), pour recevoir les voyageurs pauvres de toutes les nations. Le collège Illyrien dirigé par les Pères Jésuites est spacieux et superbe : depuis 1835 ils

(*) Murri, ibid.

{**) Ilans roglisc de saiiito iMarie do rimniaculoo Conception des pères capucins à Rome, on aperçoit près du maitre-autel une sinifile pierre qui indique le sépulcre du cardinal Harberini. avec cette modeste inscription :

nie .lACET PIIVIS

c;iMS F-T y\\\\\ .

y enseignent les humanités à un grand nombre d'élèves. Il y a quelques années les Dames du Sacré Cœur y ont ouvert un pensionnat pour former lesprit et le cœur des jeunes personnes confiées à leur pieuse sollicitude.

La rue principale de Lorette n'est composée que de boutiques, où se vendent des images, des chapelets, des médailles, des bouquets de fleurs artificielles et d'autres objets de dévotion dont le débit annuel s'élève de cent à cent vingt mille francs.

Le nombre de pèlerins, qui visitent continuellement la sainte chapelle, est très considérable. II y a cependant des époques particulières, comme le printemps et l'automne, où le concours est si grand que l'on compta quelquefois jusqu'à deux cent mille étrangers (*). Le premier pèlerinage, qui est au temps de Pâques, se fait en l'honneur de l'Annonciation de la sainte Vierge et le second en l'honneur de sa naissance. Dans ces deux saisons, des confréries y viennent en procession de toutes les contrées de l'Italie et forment souvent plusieurs caravanes portant dc\ant eux la croix, la bannière et autres marques de la confrérie. Le père Raphaèl Riéra, jésuite espagnol, dans son histoire de la sainte maison, nous a laissé les détails suivants sur la dévotion à Notre-Dame-de-Lorette (**) : « On le croirait à peine, cette année même (1oo9), le samedi saint a réuni en ce lieu de trente à quarante mille pèlerins ; tous ou presque tous demandaient à recevoir les Sacrements de la Pénitence et de lEucharistie; ilétait impossible de satisfaire au pieux empressement de toute cette foule -, jésuites, chanoines, chapelains, prêtres auxiliaires, tous rivalisaient de zèle et de ferveur... Je ne dirai que ce que j ai vu par moi-même. Dans l'intervalle de quarante jours, la communion a été donnée au moins à quarante mille personnes ; quatre mille messes ont été célébrées par des prêtres étrangers. Tous les jours on donnait l:i comimmion dans trois chapelles diiïi*-

(*) Délices de rilalic, loiiic II, pn-;. '.ÎH.

(**) Ilicra Ilisl. Laurel. r;i|). IS. iiiipriiiii'i- ;'i Roiiic ni 17^:2.

DÉVOTION A I.OHETTE. 203

rentes, et sou\ eut le prêtre ne retournait à 1 autel qu'après avoir distribué le corps de Jésus-Ciirist à sept cents fidèles ; encore au temps de Pâques plusieurs étaient-ils forcés de remplir ce devoir dans leurs paroisses, en sorte que le nombre des confessions surpassait infiniment celui des communions. Dans ces temps calamiteux où Luther et Calvin s'épuisaient en invectives contre les pèlerinages, il parait que la ferveur des chrétiens aurait dû se ralentir, et cependant ce fut dans ces mêmes temps que Dieu sembla montrer plus abondamment les richesses de sa grâce et de sa miséricorde. On voyait des confréries arriver à Lorette au nombre de trois mille, divisées en différentes troupes, portant de riches bannières et des bourdons couronnés d'olivier ; ils chantaient en chœur de saints cantiques qui excitaient à la dévotion tous les peuples dont ils traversaient les villes : en approchant de la Sainte Maison ils multipliaient leurs prières et leurs pénitences, versant des larmes de joie et répétant dans des transports d une piété affectueuse ces paroles des litanies « Sainte-Marie priez pour nous ! » Qui donc unit tant de peuples dans un même esprit? Qui les conduit à Lorette avec un sentiment si vif de joie et d'allégresse? Qui enflamme leurs cœurs du feu sacré de lamour? Ah, sans doute, c'est uniquement la grande puissance de Dieu, son immense charité, sa sagesse incompréhensible... Malheur donc à l'hérésie qui, séduite par l'erreur, refuse à Dieu et à sa sainte Mère des hommages si justement mérités et qui prive en même temps les peuples chrétiens de ces avantages et de ces joies spirituelles. »

Antoine Gaudenti raconte dans son histoire de la sainte chapelle, (ouvrage qui n'est pas dépourvu d'intérêt) qu'au mois de septembre 1780,1e nombre des pèlerins accourus à Notre-Dame de Lorette de toutes les parties du monde catholique, s'élevait à 73,000 (*). L'abbé de Feller, dans son journal historique et littéraire, affirme que dans cette même ville l'on a vu jusquà 200,000 hommes

(*) Sloria dclla casa saiila. Ldiclto I78î.

204 SOUVENIRS DIT.VLIE.

en un seul jour, sans que jamais il y ait lieu de punir le moindre désordre. {'^)

Rien de plus admirable que cette ferveur des pèlerins ! . . . Le temps, qui détruit tout, n'a pas affaibli cet élan pieux. On y voit encore de nos jours le même empressement, les mêmes témoignages d'une tendre dévotion envers la divine mère de Jésus, dévotion qui existe depuis tant de siècles.

Au bout de la rue principale on voit la place de la Madone {piazza délia Madonna) ; elle a environ deux cent vingt mètres de circonférence et a été tracée sur les dessins d'Antoine Picconi de san Gallo sous Clément VII. Au milieu s'élève une fontaine qui fut terminée sous Grégoire XV ; elle est embellie de faisceaux d'armoiries et d'un groupe d'aigles, de dragons et de tritons en bronze, chefsd'œuvre de Tarquin et de Pierre Paul Jacometti, neveux et élèves de Calcagni. A gauche ondécou\ re le palais apostolique, monument digne des plus célèbres capitales, commencé l'an lolO sous le pontificat de Jules II, d'après les dessins de Bramante Lazzari da Urbino et terminé par Benoît XIV, l'an 1750, comme l'atteste la pierre placée sur le frontispice. Ce majestueux édifice se compose d'un rez-de-chau.ssée,OLi s'étendentde vastes portiques soutenus par des pilastres, des arcades et des colonnes ornées de cha|)iteaux d'ordre dorique. Ce monument est couronné d'une élégante corniche audessous de laquelle on a réuni l(\s armoiries des sou\erains pontifes et des cardinaux protecteurs de la ville, ainsi que plusieurs sculptures qui se rapportent à la translation miraculeuse de la Sainte Maison. La seconde file d'arceaux, formant le second étage, est une longue et superbe galerie enrichie d'une balustrade en marbre. Sur le fronton de ce grand édifice se trouve une terrasse avec des balustrades entrecoupées de piédestaux. Au-dessous de cette galerie est l'habitation de ré\éque, celle du gouverneur et des chanoines. Les pères pénilencieis apostolicjues de l'ordre des .Miueius conven-

(♦) Fcllcr, .I(»iiiii. Iiisl. cl lin. loiiir l\ , p.ifçc 5^2() ik- Liiiii. I7S'>.

l'AL.VIS KI'ISCOI'AL. 20.)

tuols occupent le premier étage ; ces religieux y sont au nombre de vingt et depuis la su|)pression de la compagnie de Jésus ils ont toujours rempli ces fonctions. Jules III y avait envoyé saint Ignace, accompagné de quatorze de ses religieux qui pendant cent cinquante ans ont toujours été |)énitenciers (*). Le lendemain de notre arrivée nous nous préscntàuies au palais épiscopal pour faire une visite à monseigneur Alexandre de' Conti Bernetti di Ferme, qui nous reçut avec beaucoup de bouté. Ce prélat qui a une physionomie ouverte et une cordialité naturelle, parle la langue française avec beaucoup de facilité et se montre très affable. Il aime à recevoir les Belges, dont le caractère religieux sympathise si bien avec celui des Italiens. Le palais, composé d'appartements vastes et bien meublés quoique sans faste, renferme un grand nombre de beaux tableaux, parmi lesquels on admire :

La nativité de la sainte Vierge, par Annibal Carrache, d'un beau coloris.

Le Christ en croix, de Pomerancio.

Sainte Claire, par Schidone.

Le Christ entouré de ses apôtres, peinture de l'école de Raphaël.

Les portraits des papes Léon X, Sixte V et Benoit XIV, bienfaiteurs insignes de l'église de la sainte Maison.

La Cène, chef-d'œuvre de Simon Vouet.

La naissance de Jésus-Christ, par Gherardo délie Notti.

La conception de la sainte Vierge, de Philippe Bellini.

(*) La cclôbre coiTipa?;iiie de Jésus fut insliluée par sainl Ignace de Loyola, approuvée par Paul III l'an loiO, supprimée par Clément XIV le 21 juillet 1773, et solennellement rétablie par l'ie \ II le 7 août 1814, Pans le couvent de saint Ignace à Rome on voit sur les murs du veslii)ule tracée en gros caractères rinscription suivante qui indique ces grands événements :

OlOU PALLDS TERTUS lASTITlUT, CI.EMK!NS XIV DESTKrXIT, HOC Plus Vil KtSTlTlIT.

'20Q SOIVEMRS DITALIE.

Le Christ mort, soutenu de Dieu le Père, ouvrage du chevalier Peruzzini, dAncône.

Saint Nicolas de Bari, par Conca.

Le salon principal est orné de belles tapisseries dont les sujets ont été exécutés d'après les dessins du célèbre Raphaël d'Urbino ; (*) elles sont au nombre de sept et offrent divers traits de l'écriture sainte. La première représente le peuple de Lystre, voulant offrir à Paul et Barnabe un sacrifice, que les saints apôtres refusent avec indignation, disant que cet hommage n'est dû qu'à Dieu seul. (**)

La seconde montre saint Pierre et saint Jean devant la porte du temple de Jérusalem nommée la belle porte, guérissant un boiteux de naissance, et opérant la conversion de cinq mille personnes ébranlées par les paroles du prince des apôtres. (***)

Sur la troisième on voit Jésus-Christ remettant à saint Pierre les clefs du royaume des cieux, dans le ^•oisinage de Césarée en présence de tous ses apôtres. (****)

La quatrième représente saint Paul préchant devant le proconsul Sergius Paulus dans la cité de Pathmos en l'île de Chypre, et le magicien Elymas frappé de cécité en punition de l'opposition qu'il mettait à la prédication de l'apôtre, prodige effrayant, qui convertit le proconsul à la foi chrétienne. (*♦***)

La cinquième figure la pêche miraculeuse opérée sur le lac de Génésareth par saint Pierre et par les deux fils de Zébédée Jacques et Jean, sur l'ordre de Jésus-Christ ; le môme pan-

(*) Comme on peut s'en assurer en les comparant à plusieurs de ses carions conservés à Londres et aclielés en Flamh'e par (Charles 1, roi (TAni^lelerre, d'après le conseil du peintre Rubcns (Murri, rel. Slor. (lella casa santa, pag. 8i).

(*♦) Act. aposl., cap. XIV, 6.

(**') Ihid.cap. 111, 1.

(****) Mallh., cap. XVI, 1.".

(♦***♦) Joan.. rap. \.\i, W,.

PALAIS i^;pisroi'AL. 207

neau représente l'abandon (|U(! firent après ce prodige les trois apôtres do leurs barques et de leurs filets, pour suivre le Rédempteur. (*)

La sixième montre la prédication faite par saint Paul aux juifs de Rome, auquels il démontre dans sa captivité, par la loi et les prophètes, que le Messie est enfin venu et que ce Messie attendu avec tant d'ardeur est Jésus crucifié (**).

La septième offre le linceul mystérieux rempli de toutes sortes d'animaux, présenté à saint Pierre dans une vision surnaturelle, et l'ordre qu'il reçut de Dieu de se rendre de Joppé à Césarée, pour y porter le bienfait de l'Evangile au centurion Corneille et à sa famille, prémices des gentils, appelés sans distinction, comme les juifs, à la foi, à la pénitence, et à la vie éternelle. {***)

Ces'précieuses tapisseries furent données par le cardinal Sforza Pallavicini, dont on voit les armes dans la toile même. Cette donation fut agréée par Urbain VIII, alors souverain pontife. (****)

La chapelle, nommée Yoratoire nocturne, est simple et jolie. Une belle fresque, qui surmonte l'autel, représente la dernière cène; à droite on admire le baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain, ou- ^rage de Tibaldi, exécuté aux frais du cardinal ïruxes.

La tour, attenante à ce palais, est élégante et très élevée ; elle est construite sur les dessins de Yanvitelli et renferme six cloches. La plus considérable, fondue sous le pontificat de Léon X, en 1 51 4, par Bernardino deRimini, pèse vingt deux mille livres.

Près de ce magnifique palais, se trouve la célèbre pharmacie qui possède trois cent quatre-vingts vases dignes d'une admiration universelle. Ils furent commandés par le duc d'Urbin Guidobaldo, prince ami des arts. Les sujets qu'on y voit représent es sont tirés de

(*) Luc, cap. V, 1.

[*") Acl. aposl., cap. XXVIH, 25.

(***) Ibid. cap. X. 1.

(****) Murri, rel. islor. pag. 81.

l'ancien et du nouveau testament, de l'histoire romaine et des métamorphoses d'Ovide. Les plus remarquables de ces peintures sont les figures des douze apôtres, de la chaste Suzanne et du prophète Job. Le tout est d'une variété et d'un goût surprenants; ils ont été exécutés par Raphaël Caira qui copia sur la faïence, avec un talent admirable, les ouvrages des grands maîtres. Bartoli (*) assure qu'un grand-duc de Toscane, avide de les posséder, proposa de les échanger contre autant de vases d'argent d'un poids égal .

Sur les marches situées au bas de la façade de la Basilique, on voit la statue de Sixte y, revêtue des habits pontificaux, la main levée pour bénir : elle est placée sur une haute base octogone en marbre et fut coulée en bronze par Antoine Calcagni de Récanati, élève de Jérôme Lombardo. Sur le devant de la base, on remarque un lion de bronze, tenant dans sa grifl'e une branche de poirier, surmontée des clefs et de la tiare que soutiennent deux anges. Ce sont les armes du pontife. Des deux côtés, mais plus bas, on distingue les armoiries du cardinal Peretti, petit-neveu de Sivte V, et du cardinal Gallo, protecteur de la sainte chapelle. Au-dessous se lit une inscription qui relate les raisons de reconnaissance qui ont porté la province de la Marche à élever ce monument. Au bas dans une médaillon de bronze on a gravé ces mots -.

CCI AVIO BANDl.NO PROVINCI.f; PRESIDE. OPrjS SIM.MA O.MMIM L.ETITIV ARSOLITLM EST. AN. .MDLXXXIX.

«' Sous le gouvernement d'Octave Bandini. cet ouvrage a été terminé à la grande satisfaction de tous, l'an l")89. <

Les deux cadres latéraux, également on bronze, n'iirésentent d'un côté Notre Seigneur chassant les vendeurs du temple de Jérusalem, et de l'autre, son entrée triomphale dans la même ville, au milieu de l'enthousiasme du peuple. Du côte oppo.se sont gravées

(*) Rarloli, Sinr, iji F.oiclo, r,i|i. \\.

FATI-RII'IK l)F, I.A HASII.IQl E. 20U

les armes de la Marche, accompagnées d'une autre légende latine où sont nommés avec dos témoignages de gratitude, les six cardinaux que le Pape avait pris dans la province, et dont l'exaltation a fait la gloire du pays. Les quatre autres angles de ce piédestal forment des niches où sont placées les quatre statues de la Justice, de la Charité, de la Religion et de la Paix.

Hic Luiii'i-tana> constirgunt Virgiiiisaedcs ; Non est in toto sanctior orbe lociis.

C;ESAIt ReMZOLI.

La façade de ce beau temple, exécutée sur le dessin du célèbre Bramante, fut commencée sous le pape Pie V par l'architecte Jean Boccalino da Carpi, continuée sous Grégoire XIII et achevée sous le pontificat de Sixte V, par Lactance Ventura.

Les trois superbes portes en bronze, par lesquelles on entre dans l'église, sont divisées en compartiments, qui représentent des sujets de l'ancien et du nouveau testament, exécutés avec talent par les fils de Jérôme Lombarde, par Bernardi et Tiburce Verzelli. Celle du milieu est ornée de deux colonnes, d'ordre ionique, cannelées d un marbre précieux. Elles soutiennent le frontispice, travaillé avec art, au milieu duquel sont gravées sur pierre les armes de Grégoire XIII, avec cette inscription :

GREGOniOXMI, l'ONIII ici: Ol'TI.MO MVMMO.

l'Illl.ll'IM» (MllUNALI WASTAVILLA

l'IlUTKCTOlU: A.NNO MDI.WXIll.

Plus haut, dans uno niclio élégante, on admire une .statue «mi

\()TIU-I)AMK ni: l.OUFTTI

nASlI.IQlE. 211

bronze, de grandeur naturelle, représentant la sainte Vierge avec son divin Fils, par Jérôme Lombardo ; imitation habile de la statue en bois, qui se conserve dans le sanctuaire. On y lit l'inscription suivante en lettres d'or, sur marbre noir :

DEIPARif; DOMUS, IN QU.V VERBIM CARO FACÏUM EST.

« Maison de la .Mère de Dieu, dans laquelle le Verbe s'est fait chair. »

Les deux grands battants, coulés en bronze par Antoine, Paul et Jacques, fils du précédent, offrent une suite intéressante de faits historiques, représentés dans différents cadres d'inégale grandeur.

Les portes latérales, moins élevées que celle du milieu, ne sont pas moins dignes d'attention, tant par le choix que par l'exécution des sujets. Celle qui se trouve du côté du clocher, doit son exécution à Tiburce Verzelli, élève du célèbre Lombardo. Chaque battant est divisé en cinq grands tableaux, entourés d'arabesques, ornées de petites statues de sibylles et de prophètes ; de petits médaillons sont disposés avec art entre les encadrements principaux.

Sur le fronton est cette inscription latine gravée dans une pierre noire :

SIXTIS V. PONT. M.\X. PICENIS

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