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au 70° de latitude, ne sont pas décidément rebelles à Ja cullure ; on y voit encore des Jardins et des champs; on } trouve encore des villages aux embouchures des rivières et de belles forêts dans les vallées; une population nombreuse y couvre les bords des grands bras de mer; enfin la variété et la magnificence des points de vue le long de ces golfes rappellent plutôt des chmats plus doux que la triste monotonie des neiges et des glaces éternelles. C’est à l'extrémité de la Lapome, entre ses golfes étroits et allongés, que se partage et disparait cette grande chaine du Kioel, qui s’est étendue jusque-là sur une longueur de plus de quatre cents lieues. Les derniers bras de cette chaine embrassent, sans s'abaisser beaucoup, les golfes des deux côtés, et se terminent brusquement par les caps Nord, de Porsanges, de Snerholt et du Nordkyn, tous très-hauts. 11 ne reste vers la mer Blanche et vers la Finlande que des terrains élevés; on n'y voit plus une chaine de montagnes.
Le baromètre, observé sur une des cimes les plus remarquables d'un de ces bras, sur lAkkasokki, montagne située au-dessus de Talvig et dans l'intérieur du golfe d’Alten, S'\ est soutenu, le 16 août 1807,
à Talvig, à 22 mètres au-des-
sus de-la mer.. . . .
Hauteur de l’Akkasokki. .
th. 10°,94), 24 p. 41,1 1.
th. 16°,95), 28 p. 0,8 I.
1,023 mètres.
La neige ne couvrait point cette cime ni le plateau qui se trouve au-dessous; mais elle ne l'avait quittée que depuis peu de temps, et un large manteau de neige s’élait encore conservé sur ses flancs. Une montagne voisine, le Storvands- Field, en était encore entièrement couverte; et celle-ci l’a effectivement conservée pendant tout le courant 1e l’année; on dit qu'il en est de même tous les ans. Elle s'élève donc au-dessus de la limite des neiges, et cette limite doit passer entre sa hauteur totale et celle de l'Akkasokki. Or, j'ai trouvé que la hauteur du Storvands-Gield est de 1,071 mètres. La limite des neiges s'élèverait ainsi, sous le 70°, et dans l'intérieur des golfes, à 1,060 mètres à peu près, ou à 235 toises.
Cette hauteur est considérable pour une latitude aussi élevée; elle égale celle du Puy-de-Dôme, au-dessus du plateau de Clermont. et elle surpasse celle de la plupart des montagnes de l'Allemagne. Ou sent que des vallées abaissées de 1,000 mètres au-dessous de la limite des neiges ne doivent pas être dépourvues detousles agréments de la végétation, surtout quand on considère qu'elles jouissent d’un été qui n’est qu'un jour continuel de deux mois de durée, pendant lequel le soleil ne cesse de répandre sur la terre une douce chaleur, qu'aucune nuit ne diminue jamais. On sera encore moins surpris d'y rencontrer des champs cultivés et de voir les forêts s'élever fort avant sur le penchant des montagnes. N
En effet, les collines les plus voisines d'Alten sont couvertes de pins jusqu'à leurs cimes, et les bouleaux ne disparaissent que bien au-dessus de la vallée, dans des régions où les montagnes commencent déjà à former des plateaux. En s'élevant encore plus haut, on voit successivement disparaitre et ces myrtils qui sont répandus en si prodigieuse quantité dans le fond des vallées, et ces saules de montagne qui croissent le long des petits ruisseaux de neige fondue ; enfin ces bouleaux nains qui forment tant de petits groupes dans les marais, inaccessibles sans leur secours, et où ils servent d'ilots.
Ces différentes limites de végétation sont tellement constantes partout où onles observe, qu'on en doit être vivement frappé. Les limites des pins et des bouleaux ne varient presque jamais au delà de trente mètres de hauteur, et elles se montrent souvent comme des lignes de nivellement tracés sur le penchant des montagnes. , J
J'ai mesuré ces limites, et j'ai trouvé les résultats suivants :
Les pins (pinus sylvestris) disparaissent à . Les bouleaux (betula alba) à. . . : + - .
Les myrtils (vaccinium myrtillus) à . . . .
Les saules de montagnes (salès myrsiniles) à. Le bouleau nain (betula nana) à. Ô Limite des neiges. 4
Il y aurait donc 244 mètres de différence entre la limite des pins et celle des bouleaux, et 578 mètres entre celle des bouleaux et la lumite des neiges. Mais ces différences relatives de limite ne sont pas seulement constantes pour Îles latitudes de la Laponie, elles le sont encore pour la Norwége entière. quoique la hauteur absolue à laquelle il fant s'élever pour les retrouver soit bien différente. Voit-on disparaitre les pins à 980 mètres, il faudra monter jusqu'à 1,224 mètres pour y trouver la limite des bouleaux, et celle des neiges sera à 1,803 mètres de hauteur.
Ces hmites nous fournissent donc un excellent moyen de déterminer la hauteur des neiges perpétuelles, même dans des contrées où les montagnes sont trop peu élevées pour pouvoir l'observer immédiatement. Sous des latitudes moins hautes, une montagne sur laquelle on verrait disparaître les hètres, les chênes, ete., indiquerait par là même à quelle hauteur il faudrait s'élever pour rencontrer la limite des sapins, puis celle des pins, des bouleaux, enfin celle des neiges, et par cette dernière indicalion, le climat de la contrée observée serait rattaché à une mesure générale dans tous les climats du globe
C'est encore de cette manière qu'on peut déterminer la hauteur des neiges sur les îles extérieures les plus reculées vers la Mer Glaciale et dans les environs du Cap-Nord. La neige ne s’y conserve pas sur les montagnes, mais c'est plutôt parce que celles-ci ne sont plus assez hautes que par un effet de la douceur du climat, car le soleil ne s'y montre que rarement; les vents de l’ouest y amènent une pluie et des brumes presque continuelles, et des nuages épais s'y trainent sur le sol pendant des semaines entières sans s’élever. Les arbres n'y croissent plus, les bouleaux n’y sont que de faibles buissons, qui disparaissent bientôt sur le penchant des montagnes. Près de Hammerfest, la dernière ville de l'Europe vers le nord, on en trouve encore sous cette forme dans les petits vallons, entre les rochers, jusqu’à 227 mètres de hauteur. Mais sur Mageroë, ile où est le Cap-Nord, et près de ce promontoire, on n'en voit plus de vestige à 130 mètres. La limite des bouleaux à Alten, quoique ce lieu ne soit situé qu’à un degré de plus vers-le sud, s'élève au double de celte hauteur. La limite des neiges passerait donc au-dessus de Hammerfest à 812 mètres; mais les rochers de ce cap célèbre n'atteignent qu'à 390 mètres, et l’intérieur de Mageroë, dont il forme l'extrémité, ne s'élève qu'à 455 mètres; il faudrait donc 260 mètres de plus pour y voir Ja neige rester constamment sur ces cimes. Il est vrai que des taches de neige, nombreuses et assez considérables, les couvraient encore au commencement du mois d’août, ce qui prouve bien que ces hauteurs ne sent pas effectivement trés-éloignées de la limite; mais ces taches disparaissent entièrement dans le courant du mois, et elles ne sont remplacées par de nouvelles neiges que vers le milieu où même vers la fin du mois d'octobre.
Un seul degré et demi, depuis Alten jusqu'au Cap-Nord, a donc suffi pour que cette limite s'abaissät de 357 mètres, tandis qu'elle n’avait diminué que de 617 mètres sur dix degrés, depuis le Fille-Field jusqu'à Alten. Telle est la puissante influence de l'Océan sur ces contrées ; les vapeurs aqueuses, dont l'air chaud se charge en passant sur la mer, se condensent sous forme de brumes au moindre refroidissement qu'il éprouve sur les iles; mais en arrivant vers l'intérieur des terres, il s'est déjà précipité une assez grande quantité de vapeurs pour que le reste puisse se conserver dans son état gazeux. Le soleil peut donc percer les nuages, il peut atteindre le sol, l'échauffer et augmenter la température de l'atmosphère.
Alors les nuages et les brouillards, chassés par les vents, se dissolvent de nouveau dans cette température élevée; ils disparaissent, et le ciel reste clairet serein pendant des semaines entières. L'intérieur des golfes participe de la chaleur des vents de mer, mais les pluies et les brouillards qui cachent le soleil ne s’avancent pas jusque-là ; voilà pourquoi la température moyenne du mois de juillet 1807 a pu s'élever à 16,9 à Alten, tandis qu'elle est restée, aux environs du Cap-Nord, à 10,83 à la fin de juillet et au commencement d’août.
Maïs la limite des neiges dépendra de la température des étés ou de la température des mois pendant lesquels la neige peut se fondre, et non des froids de l'hiver. Ce n’est donc
pas immédiatement la température moyenne qui détermine la hauteur; s’il n’en était pas ainsi, on ne la verrait pas moins élevée sur les iles que dans l’intérieur du golfe d’AIten; car la température moyenne d'Alten ne s'élève peutètre pas même aussi haut que celle du Cap-Nord. Le mercure gèle assez souvent à l'air libre à Alten ; jamais il ne gèle au Cap-Nord. Le thermomètre descend, presque tous les hivers, à Alten, à 25° au-dessons de (; mais au Cap- Nord on ne le voit qu'à 12,5, qui est le point extrême où on l'y ait observé. Aussi la mer ne gèle-L-elle jamais dans ces parages, ni mème dans les golfes, et il faut s'éloigner de vingt à trente lieues marines des derniers promontoires avant que d'apercevoir des ilots de glace, encore sont-ils bien loin à l’horizon.
Si la température moyenne générale déterminait partout la limite des neiges, on devrait trouver la même hauteur à Uleoborg et à Tornéo, sous le 65° de latitude, qu'à Mageroë, à 71° 1/2. Mais quoique la somme des températures soit presque la même dans ces deux endroits, quelle différence dans la température de leurs étés et des mois pendant lesquels seuls la neige peut se fondre! En combinant 1 observations du père Helli, faites pendant l'hiver de 1768 jusqu'au mois de juin 1769, à Wardæhuos, lieu qui doit être même un peu plus froid que le Cap-Nord, avec les observations de M. Bayly, dans le Kamoeford, à Mageroë, et avec celle de M. Jornine Dixon, à Hammerfest, lorsqu'ils s’y arrêtèrent, en 1769, pour y observer le passage de Vénus, et en y ajoutant le peu d'observations que j'ai pu faire pendant les douze jours que je suis resté au Cap-Nord, on pourra construire une petite table de température moyenne qui ne s'éloignera pas extrêmement de la vérité, et on pourra la comparer avec les observations de M. Julin, à Uleoborg, publiées par l'académie de Stockholm. Voici cette table :
maGeroË, sous 71° 1/2 ULEOBORG, 620
Janvier. ... — 5,51 ë £ — 15,52 Février . — 4,90 6 — 9,96 Mars. — 4,05 — 9,88 ANT AE — 1101 — 5,24 TÉMEUR des tt : D + 4,94 Tune ANR EM 57 + 12,88 Juillet... . + 6,2 + 16,49 Août... . + 6,05 + 15,71 Septembre. + 53,12 + 8,0 Octobre. 0 + 3,14 Novembre. — 3,41 É — 5,19 Décembre. 3,48 — 10,25
Moyennes. + 0,75 + 0.66
Les températures moyennes de ces deux endroits diffèrent done de très-peu entre elles. Mais la moyenne des mois d'une température au-dessus de 0° s'élève, à Uleoborg, jusqu'à 10°, tandis qu'elle ne va guère au delà de 4 au Cap- Nord. Cette différence seule détermine la hauteur de Ja limite des neiges, et malgré les rigueurs des hiverssur le golfe de Bothnie, la température des étés prouve que cette limite s’y élève considérablement. de
Cette considération ajoute encore à l'intérêt que nous doit inspirer la détermination de la limite des neiges. Si la hauteur ne dépend que de la température de l'été, elle devient, pour ainsi dire, une mesure de la force de la végétation : car cette force dépend également de la quantité de chaleur au-dessus de 0°. Les plantes ne croissent pas audessous du point de la congélation, et les animaux ne peuvent, sans secours extérieurs, conserver la vie dans cette température. Qu'on nous cite donc des degrés de froid, en Sibérie, tellement rigoureux qu'on n'en connait pas de pareils sur le reste du globe; qu'on nous dise que la temnpérature movenne de Jakutsk ne monte pas au delà de 4° audessous de 0. La végétation et les arbres nous prouvent que la limite des neiges doit s'y élever plus haut qu'à Alten, et peut-être aussi haut qu’à Tornéo, et nous ne sommes pas éloignés de penser qu'un été tel que la hauteur de eette limite le demande, pourra donner naissance à une végétation et à des productions comparables à ce que l’on voit aux environs de Tornéo. .
Mais nous ne pourrons pas beaucoup attendre du climat de l'Islande, en réfléchissant que la limite des neiges n y
NOTES
atteint que 940 mètres de hauteur, quoique les hivers y soient si peu rigoureux, que les habitants les passent ordinairement dans leurs huttes sans allumer de feu pour se chauffer.
Les observations de M. Wahlenberg, aussi habile physicien que savant botaniste, nous on fait connaitre la hauteur de la limite des neiges sous le 60° degré. Il s’est élevé dans ces contrées, à travers d'énormes glaciers, sur la cime du Soèdre Sulitjelma, la plus haute des montagnes de la Laponie, et il y a vu le baromètre, le 14 juillet 1807,
Ilétait dans ce temps au bord CEHARMET ACER - >
Ce qui donne, pour la hauteur de la Sulitjelma. .
29 p. 10,61. th. 7,5
3 cent.
28 p.. 1,7 l:. th. 16,25 cent.
1,788 mètres.
La limite des neiges descend dans ces contrées jusqu'à 1,169 mètres; on a lieu de s’en étonner, car ce n’est que 100.mèêtres de plus qu'à Alten: et quoiqu’on püût croire que les grands plateaux de glace et de neige y doivent abaisser les diverses limites, la hauteur de cellé des pins et des bou-
leaux, dans les vallées, est assez d'accord avec celle des”
neiges.
Il parait donc que la température, depuis les environs du cercle polaire jusqu'au 70° degré, ne diminue que faiblement : c'est ce que confirment les observations faites en Suëde.
Quelques autres observations, faites sur les montagnes du Doyre-Field, sous le 62° 1/2, peuvent servir à trouver la hauteur des neiges sous cette latitude. La grande cime du Sneehaetta, la plus haute montagne de l’Europe et de l'Asie boréales, s'y élève, d'après les mesures du savant physicien M. Esmark, à 2,475 mêtres. La hauteur à laquelle les neiges cessent de fondre n’y a pas été mesurée immédiatement; mais comme les pins y disparaissent à 741 mètres, on peut croire que la limite des neiges s'ysoutient à 1,582 mètres de hauteur.
En résumant tous les faits énoncés dans ce mémoire, nous trouvons que la limite des neiges s'élève,
au 61° degré, à. . . 1,690 m. 866 t.
71e 1/2, mais exposé à toute l'influence du
grand Océan, à.. 714 566
Il est donc évident qu'on ne peut pas comparer entre elles des observations faites sous différents méridiens, qu’on ne peut pas, par conséquent, comparer l'Islande avec la Norwége, ni celle-ci avec la Sibérie. La hauteur de la neige, au delà du Cap-Nord, serait vraisemblablement analogue à la limite inférieure des neiges en Islande, car les phénomènes météorologiques que l’on observe dans cette ile etau Cap-Nord sont les mêmes.
NOTE 11 Visibilité des écueils.
(Page 285)
Le fond de la mer, à une distance donnée d'un vaisseau, se voit d'autant mieux que l'observateur est plus élevé audessus de la surface de l’eau; aussi, lorsqu'un capitaine expérimenté navigue dans une mer inconnue et semée d'écueils, il va quelquefois, afin de pouvoir diriger son navire avec plus de certitude, se placer au sommet du mât.
… Le fait noussemble trop bien établi pour que nous ayons, à ce sujet, rien à réclamer de nos jeunes navigateurs, quant au point de vue pratique; mais ils pourront, en suivant les indications que nous nous permettrons de leur donner ici, remonter peut-être à la cause d’un phénomène qui les touche de si près, et en déduire, pour apercevoir les écueils, des moyens plus parfaits que ceux dont une observation fortuite leur à enseigné à faire usage jusqu'ici.
Quand un faisceau lumineux tombe sur une surface diaphane, quelle qu'en soit la nature, une partie la traverse et une autre se réfléchit. La portion réfléchie est d'autant plus intense que l'angle du rayon incident avec la surface est plus petit. Cette loi photométrique ne s'applique pas moins aux rayons qui, venant d’un milieu rare, rencontrent la surface d'un corps dense, qu'à ceux qui, se mouvant dans un corps dense, tombent sur la surface de séparation de ce corps et du milieu rare contigu. Cela posé, supposons qu'un observateur placé dans un navire désire apercevoir un écueil un peu éloigné, un écueil sous-marin, situé à trente mêtres de distance horizontale, par exemple. Si son œil est à un mètre de hauteur au-dessus de la mer, la ligne visuelle par laquelle la lumière émanée de lécueil pourra lui arriver, après sa sortie de l’eau, formera avec la surface de ce liquide un angle très-petit; si l'œil, au contraire, est fort élevé, s’il se trouve à trente mètres de hauteur, il verra l'écueil sous un angle de 45°. Or, l'angle d'incidence intérieure, correspondant au petit angle d’émergence, est évidemment moins ouvert que celui qui correspond à l’émergence de 45°, Sous les petits angles, comme on a vu, s’opérent les plus fortes réflexions; donc l'observateur recevra une portion d'autant plus considérable dela lumière qui part de l’écueil, qu'il sera lui-même placé plus haut.
Les rayons provenant de l'écueil sous-marin ne sont pas les seuls qui arrivent à l'œil de l'observateur. Dans la même direction, confondus avec eux, se trouvent des rayons de la lumière atmosphérique réfléchis extérieurement par la surface de la mer. Si ceux-ci étaient soixante fois plus intenses que les premiers, ils en masqueraient totalement l'effet : l'écueil ne serait pas même soupçonné. Posons une moindre proportion entre les deux lumières, et l'image de l'écueil ne disparaitra plus entièrement; elle ne sera qu’affaiblie. Rappelons maintenant que les rayons atmosphériques renvoyés à l'œil par la mer ont d'autant plus d'éclat qu'ils sont réfléchis sous un angle plus aigu, et tout le monde comprendra que deux causes différentes concourent à rendre un objet sous-marin de moins en moins apparent, à mesure que la ligne visuelle se rapproche de la surface de la mer; savoir, d’une part, l’affaiblissement progressif et réel des rayons qui, émanant de cet objet, vont former son image dans l'œil; de l’autre, une augmentation rapide dans l'intensité de la lumière réfléchie par la surface extérieure des eaux, ou bien, qu’on me passe cette expression, dans le rideau lumineux à travers lequel les rayons venant de l’écueil doivent se faire jour.
Supposons que les intensités comparatives des deux faisceaux superposés soient, comme tout porte à le croire, l'unique cause du phénomène que nous analysons, et nous pourrons indiquer aux navigateurs un moyen d’apercevoir les écueils sous-marins, mieux et beaucoup plus facilement que ne l'ont fait tous leurs devanciers. Ce moyen est trèssimple : il consiste à regarder la mer, non plus à l'œil nu, mais à travers unelame de tourmaline taillée parallèlement aux arêtes du prisme et placée devant la pupille dans une certaine position. Deux mots encore, et le mode d’action de la lame cristalline sera évident.
Prenons que la ligne visuelle soit inclinée, à la surface de la mer, de 57°, la lumière qui se réfléchit sous cet angle à la surface extérieure de l’eau est complétement polarisée. La lumière polarisée, tous les physiciens le savent, ne traverse pas les lames de tourmaline convenablement situées. Une tourmaline peut donc éliminer en totalité les rayons réfléchis par l'eau, qui, dans la direction de la ligne visuelle, élaient mêlés à la lumière provenant de l’écueil, Peffaçaient entièrement, ou du moins l'affaiblissaient beaucoup. Quand cet effet est produit, l'œil placé derrière la lame cristalline ne reçoit done qu'une seule espèce de rayons, ceux qui émanent des objets sous-marins; au lieu de deux images superposées, 11 n°y a plus sur la rétine qu'une image unique : la visibilité de l'objet que cette image représente se trouve donc notablement facilitée.
L'élimination entière, absolue, de la lumière réfléchie à la surface de la mer n'est possible que sous l'angle de 37°, parce que cet angle est le seul dans lequel il y ait polarisation conplète ; mais sous des angles de 10 à 12° plus grands ou plus pelits que 37°, le nombre de rayons polarisés contenus dans le faisceau réfléchi, le nombre de rayons que la
tourmaline peut arrêter, est encore tellement considérable, que l'emploi du mème moyen d'observation ne saurait manquer de donner des résultats très-avantageux.
En se livrant aux essais que nous venons de leur proposer, les navigateurs doteront probablement la marine d'un moyen d'observation qui pourra prévenir maint naufrage ; en introduisant enfin la polarisation dans l'art nautique, ils montreront, par un nouvel exemple, à quoi s’exposent ceux qui accueillent sans cesse les expériences et les théories sans applications actuelles, d'un dédaigneux à quoi bon?
NOTE 12 Arc-en-ciel.
(Page 255
L'explication de l'arc-en-ciel peut être regardée comme une des plus belles découvertes de Descartes : cette explication, toutefois, même après les développements que Newton lui a donnés, n'est pas complète. Quand on regarde attentivement ce magnifique phénomène, on aperçoit sous le rouge de l'arc intérieur plusieurs séries de vert et de pourpre formant des ares étroits, contigus, bien définis et parfaitement concentriques à l'arc principal. Ces arcs supplémentaires (car c’est le nom qu'on leur à donné), la théorie de Descartes et de Newton n'en parle point; elle ne saurait même s’y appliquer. 1 « ju
Les arcs supplémentaires paraissent étre un effet d’interférences lumineuses. Ces interférences ne peuvent être engendrées que par des gouttes d'eau d'une certaine petitesse. Il faut aussi, car sans cela le phénomène n'aurait aucun éclat, il faut que les gouttes de pluie, outre les conditions de grosseur, satisfassent, du moins pour le plus grand nombre, à celle d’une égalité de dimensions presque mathématiques. Si donc les arcs-en-ciel des régiens équinoxiales n'offraient jamais d'arcs supplémentaires, ce serait une preuve que les gouttes d’eau s'y détacheraient des nuages, plus grosses et plus inégales que dans nos climats. Dans l'ignorance où nous sommes des causes de la pluie, cette donnée ne serait pas sans intérêt.
Quand le soleil est bas, la portion supérieure de l'are-enciel, au contraire, est très-élevée. C'est vers celte région culminante que les ares supplémentaires se montrent dans tout leur éclat. À partir de là, leurs couleurs s’affaiblissent rapidement. Dans les régions inférieures, près de l'horizon et mème assez haut au-dessus de ce plan, on n'en aperçoit jamais de traces, du moins en Europe. |
Il faut donc que pendant leur descente verticale les gouttes d’eau aient perdu les propriétés dont elles jouissaient d'abord ; il faut qu'elles soient sorties des conditions d'interférence efficaces; il faut qu'elles aient beaucoup grossi.
N'est-il pas curieux, pour le dire en passant, de trouver dans un phénomène d'oplique, dans une particularité de l'arc-en-ciel, la preuve qu'en Europe la quantité de pluie doit être d'autant moindre, dans un récipient plus élevé?
L'augmentation de dimension des gouttes, on ne peul guëre en douter, tient à la précipitation d'humidité qui s'opère à leur surface à mesure qu'en descendant de la région froide où elles ont pris naissance, elles traversent les couches atmosphériques, de plus en plus chaudes, qui avoisinent la terre. Il est donc à peu près certain que, s'il se forme dans les régions équinoxiales des arcs-en-ciel supplémentaires, comme en Europe, ils n'atteindront jamais l'horizon; mais la comparaison de l'angle de hauteur sous lequel ils cesseront d'y être apercus avec l'angle de disparition observé dans nos climats, semble devoir conduire à des résultats météorologiques qu'aucune autre méthode, aujourd'hui connue, ne pourrait donner.
NOTE 15 Magnétisme terrestre, (Page 285)
La science s’est enrichie, depuis quelques années, d’un bon nombre d'observations des variations diurnes de l’ai-
guille aimantée; mais la plupart de ces observations ont été faites ou dans les iles, ou sur les côtes occidentales des continents. Des observations analogues, correspondantes à des côtes orientales, seraient aujourd'hui très-utiles: elles serviraient en effet à soumettre à une épreuve presque décisive la plupart des explications qu'on a essayé de donner à ce mystérieux phénomène.
Dans les lieux où le navigateur ne séjournerait pas une semaine entière, il serai peu utile de se livrer à l'observation des variations diurnes de l'aiguille aimantée horizontale. Il n'en est pas de même des autres éléments magnétiques. Partout où le navigateur s'arrêtera, ne füt-ce que quelques heures, il faudra, si c’est possible, mesurer la déclinaison, linclinaison et l'intensité.
En cherchant à concilier les observations d’inclinaison faites à des époques éloignées dans diverses régions de la terre peu distantes de l'équateur magnétique, on avait reconnu, depuis quelque années, que cet équateur s’avance progressivement et en totalité de lorient à l'occident. Aujourd'hui on suppose que ce mouvement est accompagné d'un changément de forme. L'étude des lignes d’égale m-
.clinaison, envisagée sous le même point de vue, n'offrira pas moins d'intérêt. [sera curieux, quand toutes ces lignes auront été tracées sur les cartes, de les suivre de l'œil dans leurs déplacementset dans leurs changements de courbure; d'importantes vérités pourront jaillir de cet examen. On comprend maintenant pourquoi nous demandons autant de mesures d'inelinaison qu’on en pourra recueillir.
Les observations d'intensité ne datent que des voyages d'Entrecasteaux et de M. de Humboldt ; et cependant elles ont déjà jeté de vives lumières sur la question si compliquée, mais en même temps si intéressante, du magnétisme terrestre; et cependant, à chaque pas, le théoricien est arrêté par le manque de mesures exactes. Ce genre d'observations mérite au plus haut degré de fixer l'attention des marins.
Quaut à la déclinaison, son immense ulilité est trop bien senlie des navigateurs, pour qu'à cet égard toute recommandation ne soit pas superflue.
(1) A tout événement, nous poserons ici le problème que serviraient à résoudre des observations faites dans les points que nous venons de nommer.
Dans l'hémisphère nord, la pointe d'une aiguille horizontale aimantée, tournée vers le nord, marche de l’est à l’ouest depuis 8 h. 1/4 du matin jusqu’à 1 hi. 1/4 après midi ;
De l'ouest à l’est, depuis 1 h. 1/# après midi jusqu'au lendemain matin.
Notre hémisphère ne peut avoir, à cet égard, aucun privilége; ce qu'éprou\e la pointe nord doit se reproduire sur la pointe sud, au sud de l'équateur. Ainsi,
Dans l'hémisphère sud, la pointe d'une aiguille aimantée, tournée vers le sud, marchera
De l'est à l'ouest depuis 8 h. 1/4 du matin jusqu’à 1 h. 1/4 après midi; donc la pointe nord de la même aiguille éprouve le mouvement contraire : ainsi définitivement,
Dans l'hémisphère sud, la pointe tournée vers le nord, marche a
De l'ouest à l’est depuis 8 h. 1/# du matin jusqu'à 4 h. 1/4 après midi;
C'est précisément l'opposé du mouvement qu'effectue, aux mêmes heures, la même jointe nord, dans notre hémisphère.
Supposons qu'un observateur, partant de Paris, s'avance vers l'équateur. Tant qu'il sera dans notre hémisphère, la pointe nord de son aiguille effectuera tous les matins un mouvement vers l'occident ; dans l'hémisphère opposé, /a pointe nord de cette même aiguille éprouvera tous les matins un mouvement vers l'orient. I est impossible que ce passige du mouvement occidental au mouvement oriental se fasse d’une manière brusque ; il y a nécessairement, entre la zone où s’observe le premer de ces mouvements, et celle où s'opère le second, une ligne où, le malin, l'aiguille ne marche ni à l'orient ni à l'occident, c’està-dire reste stationnaire.
Une semblable ligne ne peut pas manquer d'exister, mais où la trouver? Est-elle l'équateur magnétique, l'équateur terrestre, ou bien quelque courbe d'intensité? , |
Des recherches faites pendant plusieurs mois sur des points situés dans l’un des espaces que l'équateur terrestre et l'équateur magnétique comprennent entre eux, tels que Fernambouc, Payta, la Conception, les îles Pelew, etc., conduiraient certainement à la solution désirée; mais plusieurs mois d'observations assidues scraient nécessaires; car, malgré Hräbileté de l'observateur, les courtes relàches de M. Duperrey à la Conception et à Payta, faites à la demande de l’Académie, ont laissé subsister quelques doutes.
Les voyages aérostatiques de MM. Biot et Gay-Lussac, exécutés jadis sous les auspices de l'Académie, élaient en grande partie destinés à l'examen de cette questioa capitale. La force magnétique qui, à la surface de la terre, dirige l'aiguille aimantée vers le nord, a-t-elle exactement la même intensité, à quelque hauteur que l'on s'élève?
Les observations de nos deux confrères, celle de M. de Humboldt, faite dans les pays de montagnes; les observations encore plus anciennes de Saussure, semblérent toutes montrer qu'aux plus grandes hauteurs qu'il soit permis à l'homme d'atteindre, le décroissement de la force magnétique est encore inappréciable.
Cette conclusion a récemment été contredite. On a remarqué que dans le voyage de M. Gay-Lussac, par exemple, le thermomètre qui, à terre, au moment du départ, marquait + 31° centigrades, s'était abaissé jusqu'à 9°,0 dans la région aérienne où notre confrère fit osciller une seconde fois son aiguille ; or il est aujourd'hui parfaitement établi qu'en un même lieu, sous l'action d'une mème force, une même aiguille oscille d'autant plus vite que sa température est moindre. Ainsi pour rendre les observations du ballon et celles de terre comparables, il aurait fallu, à raison de l'état du thermomètre, apporter une certaine diminution à la force que les observations supérieures indiquaient. Sans cetle correction, l'aiguille semblait également attirée en haut et en bas; donc, malgré les apparences, 1l y avait affaiblissement réel.
Cette diminution de la force magnétique avec la hauteur semble aussi résulter des observations faites en 1829, au sommet du mont Elbrouz (dans le Caucase}, par M. Kuplfer. fei l’on a tenu un compte exact des effets de la température:
et cependant diverses irrégularités dans la marche de l'in clinaison jettent quelque doute sur le résultat.
Nous croyons donc que la comparaison de l'intensité mm gnétique, au bas et au sommet d'une montagne, doit être spécialement recommandée aux navigateurs. Le Mowna- Roah desiles Sandwich semble devoir être un lieu très-propre à ce genre d'observations. On pourrait aussi les répéter sur le Tacora, si l'expédition s'arrêtait seulement trois ou quatre jours à Arica.
On a souvent agité la question de savoir si, en général, dans un lieu déterminé, l'aiguille d'inclinaison marquerait exactement le même degré à la surface du sol, à une grande hauteur dans les airs et à une grande profondeur dans une mine. Le manque d'uniformité dans la composition chimi que du terrain rend la solution de ce problème trés-difficile. Si l'on observe en ballon, les mesures ne sont pas suffisarnment exactes. Quand le physicien prend sa station sur une montagne, il est exposé à des attractions locales ; des mass ferrugineuses peuvent alors altérer notablement la position de l'aiguille sans que rien en avertisse.
La même incertitude affecte les observations faites dans les galeries des mines. Ce n'est pas qu'il soit absolument impossible de déterminer en chaque lieu la part des circon stances accidentelles: mais il faut pour cela avoir des instruments très-parfaits: il faut pouvoir s'éloigner de la station qu'on a choisie dans toutes les directions, et jusqu'à d'assez grandes distances ; il faut enfin multiplier les observations beaucoup plus qu'un voyageur n’a ordinairement les moyens de le faire, Quoi qu'il en puisse être, les observations de cette espèce sont dignes d'intérêt. Leur ensemble conduira peut-être un jour à quelque résultat général.