‹ Souvenirs d'un aveugleChapitre 80 sur 90 · AFRIQUE · texte numérisé non relu

AFRIQUE

Abyssinie (Geesh). — Mont Geesh, 4,588 mèt. — Mont Amid, 4,014. — Mont Atlas, 3,810. — Lamalmon, 3,414. — Monts Gondar, 2,576.

Canaries. — Téneriffe, 3,760 mèt.

Cap. — Neweldt, 3,049 mêt. — Compass, 3,849. — Komberg, 2,439. — Mont de la Table, 1,091, — Khannés, 1,310.

Madère. — Pic-Ruivo, 1,572 mêt.

Bourbon. — Salaze, 2,310 mèêt. — Piton-des-Neiges, 2,409. — Les Pyramides, 148.

Nous ajoutons aux notes scientifiques de cet ouvrage quelques études faites sur divers phénomènes astronomiques et magnétiques; et si nous n'avons pas appelé sur eux, dans le cours du livre, l'attention de nos lecteurs, c'est que nous n'avons pas voulu, par trop de fréquentes annotations, interrompre la marche du voyageur.

Étoiles filantes.

La note suivante, empruntée aux instruclions que mon frère ainé rédigea en 1835 pour le voyage de circumnavigation de la corvette La Bonite, mettra les lecteurs au courant de tout ce qu'on sait aujourd’hui sur le phénomène des étoiles filantes.

« Depuis qu'on s’est avisé d'observer quelques étoiles filantes avec exactitude, on a pu voir combien ces phénomènes si longtemps dédaignés, combien ces prétendus méléores atmosphériques, ces soi-disant trainées de gaz hydrogène enflammé, méritent d'attention. Leur parallaxe les a déjà placés beaucoup plus haut que, dans les théories adoptées, les limites sensibles de notre atmosphère ne semblaient le comporter ‘. En cherchant la direction apparente suivant laquelle les étoiles filantes se meuvent Le plus ordinairement, on a reconnu, par une autre voie, que, si elles s’enflamment dans notre atmosphère, elles n’y prennent pas du moins naissance, qu'elles viennent du dehors. Celle direction la plus habituelle des étoiles filantes semble diametralement opposée au mouvement de translation de lu terre dans son orbite.

« Il serait désirable que ce résullat fût établi sur la discussion d'une grande quantité d'observations. Nous croyons donc qu'à bord de la Bonite, et pendant toute la durée de sa navigation, les officièrs de quart devront être invités à noter l'heure de l'apparition de chaque étoile filante, sa hauteur angulaire approchée au-dessus de l'horizon, et surtout la direction de son mouvement. En rapportant ces météores aux principales étoiles des constellations qu'ils raversent, les diverses questions que nous venons d'ndiquer peuvent être résolues d'un coup d'œil. Voilà done un sujet de recherches qui n'occasionnera aucune fatigue. En

1 Des observations comparatives faites en 1823 à Breslau, à Dresde, à Leyde, à Brieg, à Gleiwitz, etc., par le professur Brandes et plusieurs de ses élèves, ont donné jusqu’à emg cents milles anglais (environ deux cents lieues de poste) pour la hauteur de certaines étoiles filantes.

La vitesse apparente de ces météores s'est trouvée quelquefois de trente-six milles (douze lieues) par seconde. C’est à peu près le double de la vitesse de translation de la terre autour du soleil. Ainsi, alors même qu’on voudrait prendre la moitié de cette vitesse apparente pour une illusion, pour un effet du mouvement de translation de la terre dans son orbite, il resterait six lieues à la seconde pour la vitesse réelle de l'étoile. Six lieues à la seconde est une vitesse plus grande que celle de toutes les planètes supérieures, la terre exceptée.

tout cas, pour que nos jeunes compatriotes s'y attachent, il nous suffira de leur faire remarquer combien il serait piquant d'établir que la terre estune planète, par des preuves puisées dans des phénomènes tels que les éloiles filantes, dont l’inconstance était devenue proverbiale. Nous ajonterions encore, s'il était nécessaire, qu'on n'entrevoit guère aujourd hui la possibilité d'expliquer l’étonnante apparition de bolides observée en Amérique dans la nuit du 12 au 15 novembre 1855, si ce n'est en supposant qu'outre les grandes planètes, il circule autour du soleil des milliards de petits corps qui ne deviennent visibles qu'au moment où ils pénètrent dans notre atmosphère et S'y enflamment ; que ces astéroïdes (pour nous servir de l'expression qu'Herschell appliqua jadis à Cérès, Pallas, Junon et Vesta) se meuvent en quelque sorte par groupes ; qu'il en existe cependant d'isolées; et que l'observation assidue des étoiles filantes sera, à tout jamais, le moyen de nous éclairer sui ces curieux phénomènes.

« Nous venons de faire mention de l'apparition d'étoiles filantes observées en Amérique en 1833. Ces météores se succédaient à de si courts intervalles, qu'on n'aurait pas pu les compter; des évaluations modérées portent leur nombre à des centaines de mille {. On les aperçut le long de la côte orientale de l'Amérique, depuis le golfe du Mexique Jusqu'à Halifax, depuis neuf heures du soir jusqu'au lever du soleil, et même, dans quelques endroits, en plein jour, à huit heures du matin. Tous ces météores partaient d'un même point du ciel situé près de +, du Lion, et cela, quelle que fût d'ailleurs, par l'effet du mouvement diurne de la sphère, la position de cette étoile. Voilà assurément un résultat fort étrange; eh bien! citons-en un second qui ne l’est pas moins.

« La pluie d'étoiles filantes de 1835 eut lieu, nous l'avons déjà dit, dans la nuit du 12 au 13 novembre.

«En 1799, une pluie semblable fut observée en Amérique par M. de Humboldt ; au Groënland, par les frères Moraves : en Allemagne, par diverses personnes.

« La date est la nuit du 11 au 19 novembre.

« L'Europe, l'Arabie, etc., en 1832, furent témoins du même phénomène, mais sur une moindre échelle.

« La date est encore la nuit du 12 au 13 novembre.

«Cette presque identité de dates nous autorise d'autant plus à inviter nos jeunes navigateurs à veiller attentivement à tout ce qui pourra apparaître dans le firmament du 10 au 15 novembre, que les observateurs, qui, favorisés par une atmosphère sereine, ont attendu le phénomène l'année dernière (1834), en ont aperçu des traces manifestes, dans la nuit du 12 au 13 novembre ?. »

1 Les étoiles étaient si nombreuses, elles se montraient dans tant de régions du ciel à la , qu'en essayant de les compter on ne pouvait guére espérer d'arriver qu'à de grossières approximalions. L’observateur de Boston les assimilait, au moment du maximum, à la moitié du nombre de flocons qu'on aperçoit dans l'air pendant une averse ordinaire de neige. Lorsque le phénomène se fut considérablement affaibli, il compta 650 étoiles en quinze minutes, quoiqu'il circonscrivit ses remarques à une zone qui n'était pas le dixième de l'horizon visible. Ce nombre, suivant lui, n’était que les deux tiers du total; ainsi il aurait dû trouver 866, et, pour tout l’hémisphere visible, 8,660. Ce dernier chiffre donnerait 34,640 étoiles par heure. Or, le phénomène dura plus de sept heures; done, le nombre de celles qui se montrèrent à Boston dépasse 240,000. car, on ne doit pas l'oublier, les bases de ce caleul furent recueillies à une époque où le phénomène était déjà notablement dans son déclin.

? M. Bérard, commandant du brick Ze Loiret, m'a adressé l'extrait ci-après de son journal :

« Le 15 novembre 1831, à quatre heures du matin, le ciel était parfaitement pur, la rosée très-abondante, nous avons vu un nombre considérable d'étoiles filantes et de météores lumineux d’une grande dimension : pendant plus de trois heures, il s’en est montré, terme moyen, deux par minute. Un de ces météores, qui a paru au zénith en faisant une énorme trainée dirigée de l'est à l'ouest, nous a présenté une bande lumineuse très-large (égale à la moitié du diamètre de la lune), et où l'on a très-bien distingué plusieurs des couleurs de l'arcen-ciel. Sa trace est restée visible pendant plus de six minutes. »

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