‹ Souvenirs d'un Aveugle: Voyage Autour du MondeChapitre 55 sur 58 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

1795. Le Russel, vaisseau de ligne anglais.

Le 5 (près de Belle-Ile).

18I5. Le Barfleur, vaisseau anglais de 98 canons.

A la tin du mois (dans la Méditerranée).

1G9G. Le Trumbull, galère anglaise.

Le "20 (rade de Smyrne).

1811. Le Belle-Ue, brick de Liverpool.

... (à Bide fort Deoonshire).

1825. Le Leipsick, frégate autrichienne.

Le 12 (à l'entrée du canal de Céphalonie). 1852. Le Southampton, vaisseau de ligne anglais.

Le 5 (dans les Dunes).

1778. V Atlas, vaisseau de la Compagnie des Indes.

Le 51 (à l'ancre dans la Tamise).

1820. Le Coquin, bâtiment français.

Le 25 (dans la rade de Naples).

1828. Le Roebuck, cutter anglais.

... (à Portsmoulh).

1852. Le Loaan de New-York.

Le 19 (dans son passage de Savannah à Liverpool.

Quand on a parcouru de l'œil ce recensement, quand on se rappelle en même temps combien il y a d'orages en été, combien peu, comparativement, il s'en forme pendant l'hiver, il me semble difficile de ne pas reconnaître qu'en mer du moins les tonnerres des mois chauds sovst beaucoup moins dangereux que ceux des saisons froides et tempérées. Ce résultat me paraît déjà bien établi ; j'eusse désiré cependant appuyer sa démonstration sur une statistique plus complète, mais les documents m'ont manqué, .l'ajouterai qu'il n'a pas dépendu de moi qu'un aussi petit nombre de navires français figurât dans mon recensement. Pour les Anglais, j'ai pu mettre à profit les citations contenues dans d'excellents mémoires de M. Harris, sur les paratonnerres.

Baromètre.

11 y a peu d'années, on se serait fortement récrié contre toute idée d'une différence permanente entre les hauteurs barométriques correspondantes aux diverses régions du globe, au niveau de la mer. Aujourd'hui de telles différences sont regardées non-seulement comme possibles, mais encore comme probables. Les navigateurs doivent donc s'attacher, avec un soin scrupuleux, à conserver leurs baromètres en bon état, afin que les observations de toutes les relâches soient, parfaitement comparables. Il ne faudra jamais négliger de tenir note de la hauteur exacte de la cuvette du baromètre au-dessus du niveau de la mer.

Il existe de nombreux mémoires sur la variation diurne du baromètre : ce phénomène a été étudié depuis l'équateur jusqu'aux régions les plus voisines des pôles, au niveau de la mer, sur les immenses plateaux de l'Amérique, sur des sommets isolés de très-hautes montagnes, et néanmoins, la cause en est restée jusqu'ici ignorée.

11 importe donc de multiplier encore les observations. Dans nos climats le voisinage de la mer semble se manifester par une diminution sensible dans l'amplitude de l'oscil-

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lation diurne; en est-il de même entre les tropiques? La question est à résoudre.

Lumière zodiaeale.

La lumière zodiacale, quoiqu'elle soit connue depuis près de deux siècles, offre encore aux cosmologues un problème qui n'a pas été résolu d'une manière satisfaisante. L'étude de ce phénomène, par la nature même des choses, est principalement réservée aux observateurs placés dans les régions équinoxiales; eux seuls pourront décider si Dominique Cassini s'était suffisamment défié des causes d'erreur auxquelles on est exposé dans nos atmosphères variables; s'il avait pris en assez grande considération la pureté de l'air, lorsque dans son ouvrage il annonçait que la lumière zodiacale est. constamment plus vive le soir que le matin :

Ou'en peu de jours sa longueur peut varier entre P0° et 100°;

Que ces variations sont liées à l'apparition des taches solaires, de telle sorte, par exemple, qu'il y aurait eu dépendance directe et non pas seulement coïncidence fortuite entre la faiblesse de la lumière zodiacale en 1088, et l'absence de toute tache ou facule sur le disque solaire dans cette même année.

Il nous semble donc que les navigateurs, pendant toute la durée de. leur séjour entre les tropiques, et quand la lune n'éclairera pas, devront soir et matin, après le coucher du soleil ou avant son lever, prendre note des constellations que la lumière zodiacale traversera, de l'étoile qu'atteindra sa pointe, et de la largeur angulaire du phénomène près de l'horizon à une hauteur déterminée. 11 serait sans doute superflu de dire qu'ils devront tenir compte de l'heure des observations. Quant à la discussion des résultats, elle pourra, sans aucun inconvénient, être renvoyée à l'époque du retour.

Nous n'ignorons pas, et. déjà, comme on a pu voir, nous l'avons insinué, que de très-bons esprits regardent les résultats de Dominique Cassini comme peu dignes de confiance. 11 leur répugne d'admettre que des changements physiques sensibles puissent s'opérer simultanément dans l'étendue immense que la lumière zodiacale embrasse : suivant eux, les variations d'intensité et de longueur signalées par ce grand astronome n'avaient rien de réel, et il ne faut en chercher l'explication que dans des intermittences de la diaphanéilé atmosphérique.

Il ne serait peut-être pas impossible de trouver, dès ce moment, dans les observations de Fatio comparées à celles de Cassini, la preuve que des variations atmosphériques ne sauraient suffire à l'explication des phénomènes signalés par l'astronome de Paris ; quant à l'objection tirée de l'immensité de Uespace dans lequel les changements physiques devraient s'opérer, elle a perdu toute sa gravité depuis les phénomènes du même genre dont la comète de Halley vient de nous rendre témoins.

Aurores boréales.

Il est assez bien établi maintenant que les aurores boréales ne sont pas moins fréquentes dans l'hémisphère sud que dans l'hémisphère nord. Tout porte à penser que les apparitions des aurores australes et celles dont nous sommes témoins en Europe, suivent les mêmes lois. Cependant ce n'est là qu'une conjecture. Si une aurore australe se montrait aux hardis investigateurs des mers du Sud, sous la forme d'un arc, il serait important de noter exactement les azimuths des points d'intersection de cet arc avec l'horizon, et, à leur défaut, l'azimuth du point le plus élevé. En Europe, ce point le plus élevé paraît toujours situé dans le méridien magnétique du lieu où se trouve l'observateur.

De nombreuses recherches, faites à Paris, ont prouvé que toutes les aurores boréales, voire même celles qui ne s'élèvent pas au-dessus de notre horizon et dont nous ne connaissons l'existence que par les relations des observatoires situés dans les régions polaires, altèrent fortement la déclinaison de l'aiguille aimantée, l'inclinaison et l'intensité. Qui oserait donc arguer du grand éloignement des aurores

nustrales pour affirmer qu'aucune d'elles ne peut porter du trouble dans le magnétisme de notre hémisphère? En tout cas, l'attention que les voyageurs mettront à tenir une note exacte de ces phénomènes pourra répandre quelques lumières sur la question.

Halos.

Dans les latitudes élevées, dans les parages du cap Horn, par exemple, le soleil et la lune paraissent souvent entourés d'un ou de deux cercles lumineux, que les météorologistes appellent des halos. Le rayon du plus petit de ces cercles est d'environ '22°, le rayon du plus grand diffère à peine de 46°. La première de ces dimensions angulaires est à peu de chose près la déviation minimum que la lumière éprouve en traversant un prisme de glace de 60° ; l'autre serait donnée par deux prismes de 60° ou un seul prisme de 90°.

11 semblait donc naturel de. chercher, avec Mariotte, la cause des halos dans des rayons réfractés par des cristaux flottants de neige , lesquels présentent ordinairement, comme tout le monde le sait, des angles de 60° et de 90°.

Cette théorie, au surplus, a reçu une nouvelle vraisemblance, depuis qu'à l'aide de la polarisation chromatique, on est parvenu à distinguer la lumière réfractée de la lumière réfléchie. Ce sont, en effet, les couleurs de la première de ces lumières (de la lumière réfractée) que donnent les rayons polarisés des halos Que peut-il donc rester à éclaircir dans ce phénomène? Le voici.

D'après la théorie, le diamètre horizontal d'un halo et le diamètre vertical devraient avoir les mêmes dimensions angulaires; or, on assure que ces diamètres sont quelquefois notablement inégaux.

Des mesures peuvent seules constater un pareil fait ; car, si par hasard on n'avait jugé de l'inégalité en question qu'à l'œil nu, les causes d'illusions ne manqueraient pas pour expliquer comment le physicien le plus exercé aurait pu se tromper, des cercles de Borda à réflexion se prêtant à merveille à la mesure des distances angulaires en mer. Nous pouvons donc, sans scrupule, recommander à tous les navigateurs d'appliquer les meilleurs instruments dont ils seront pourvus à la détermination des dimensions de tous les halos qui leur paraîtraient elliptiques. Ils verront bien euxmêmes que le bord intérieur du halo, le seul qui soit nettement terminé, se prête beaucoup mieux à l'observation que le bord extérieur; mais il faudra, quant au soleil, qu'ils ne négligent pas de noter s'ils ont pris le centre ou le bord pour terme de comparaison. Nous regardons aussi comme indispensable que, dans chaque direction, on mesure les deux rayons diamétralement opposés, car certains observateurs ont cité des halos circulaires dans lesquels,*» les en croire, le soleil n'occupait pas le centre de la courbe.

Dépression de l'horizon.

La ligne bleue, assez bien définie, séparation apparente du ciel et delà mer, à laquelle les marins rapportent la position des astres, n'est pas dans l'horizon mathématique ; mais la quantité dont elle se trouve en dessous, et qu'on appelle la dépression, peut être exactement calculée, puisqu'elle dépend seulement de la hauteur de l'œil de l'observateur audessus des eaux et des dimensions de la terre. Il n'est malheureusement pas aussi facile d'apprécier les effets des réfractions atmosphériques. 11 faut même dire que dans le calcul tles tables de dépression généralement employées, on n'a tenu compte que de la réfraction moyenne relative à un certain état du thermomètre et du baromètre. Desofficiers trèshabiles, le capitaineBasile Hall, le capitaine Parry, le capitaine Gauttier, ont déterminé, par l'observation, les erreurs auxquelles le navigateur est exposé quand il se conforme à la règle commune. 11 leur a suffi de mesurer, les uns avec le deep sector de YVollaston, les autres avec les instruments ordinaires armés d'un miroir additionnel, et cela dans les circonstances atmosphériques les plus variées, la distance angulaire d'un point de l'horizon au point diamétralement opposé. En admettant, comme il est presque toujours permis de le faire, que l'état de l'air et celui de la mer soient les mêmes tout autour de l'observateur, la différence de la distance mesurée à 180" est évidemment celle de la dépression réelle de l'horizon. La moitié de celte différence comparée à la dépression des tables donne donc l'erreur possible de toute observation angulaire de hauteur faite en mer.

Dans les régions boréales, les erreurs positives et négatives observées par le capitaine Parry ont été toutes comprises entre + 59" et — 55". Dans les mers de la Chine et des Indes-Orientales, le capitaine Hall trouva des écarts plus grands de + 1' 2" à — 2' 58". Le capitaine Gauttier enlin, dans la Méditerranée et la mer Noire, alla plus loin encore de -f 5' 55" à — 1' 49". Si l'on se rappelle que la variation d'une seule minute en latitude correspond sur le globe à un déplacement de 2,000 mètres environ, chacun reconnaîtra combien la recherche dont nous venons de rendre compte était digne d'attention.

En discutant avec soin toutes les observations de MM. Gauttier, Hall et Parry, on a reconnu que l'erreur delà dépression calculée n'est positive, que cette dépression ne surpasse celle qu'on observe, qu'autant que la température de l'air est supérieure à celle de Veau. Quant aux erreurs négatives, elles se sont présentées indistinctement dans tous les états thermométriques comparatifs de la mer et de l'atmosphère, sans qu'on ait pu attribuer ces anomalies à aucune cause apparente, et en particulier au degré de l'hygromètre.

Voilà donc un curieux problème à résoudre. Il intéresse également le physicien et le navigateur.

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