‹ Souvenirs d'un directeur des Beaux-Arts (volume 3)Chapitre 22 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AU LUXEMBOURG

C’est en 1861 que M. de Nieuwerkerke me confia le musée du Luxembourg. J’ai eu cette chance heureuse d’en avoir la garde, alors que les chefsd’œuvre accumulés d’Ingres, Delacroix, H. Vernet, Delaroche, Scheffer, Heim, Schnetz, Deveria, Robert Fleury, Roqueplan, Isabey, Gudin, Brascassat, P. Huet, Aligny, Corot, Cabat, Flandrin, Couture, Gigoux, Muller, Th. Rousseau, Rosa Bonheur, Troyon, Saint-Jean, Chenavard, Meissonier, Gérôme, Cabanel, Baudry, Breton, Hébert, Français, V. Vidal, Daubigny, Fromentin, Belly, G. Moreau, Henner, Vollon, Ziem, H. Régnault, Bida, Barye, Guillaume, Chapu, Falguière, P. Dubois, Mercié, lui assuraient aux yeux des visiteurs de toute l’Europe un éclat incomparable, dont il avait à peine brillé au moment de sa création par le roi Louis XV III, dans ce temps fécond en œuvres graves et magistrales, où Naigeon le père avait pu grouper sur les murailles de sa grande galerie, les Horaces et le Brulus , de David ; le Déluge, Y Endymion et VAtala, de Girodet; les Remords d'Oreste, d’Hennequin; le Phorbas , de Meynier ; le Zeuxis, de Vincent; le Saint-Étienne , d’Abel de Pujol; la Zénobie, de Blondel; le Caïn, de Paulin Guérin; les Saturnales, de Callet ; le Lévite d'Ephraïm, de Couder; le Christ descendu de la croix, de Régnault ; la Justice poursuivant le crime, de Prud’hon, etc.

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Je suis resté chargé de cette fonction pendant les sept premières années, avec le simple titre de conservateur adjoint des Musées Impériaux, qui était celui de mon prédécesseur M. Elzéar Naigeon, fils du fondateur de ce musée en 1802, puis organisateur en 1818 de la pensée royale, qui consacrait spécialement la galerie aux ouvrages des artistes français vivants. Lors de la retraite de mon prédécesseur, on lui attribua, avec justice, le titre de conservateur honoraire. Je ne fus promu conservateur qu’à partir du icr janvier 1868. La réunion, entre les mômes mains, de la conduite des Expositions annuelles que j’administrais déjà depuis dix ans, et du musée des œuvres des artistes vivants, parut logique au surintendant. Il lui semblait, avec raison, que le Musée du Luxembourg, se ravitaillant surtout parles acquisitions faites aux Salons, celui qui classait et plaçait les peintures et sculptures de ces Salons était mieux préparé que quiconque à y prévoir ceux des ouvrages exposés qui pouvaient convenir à ce Musée; et de fait, il les choisissait depuis longtemps, depuis 181; 2. Et comme, par mes fonctions précédentes au Louvre, j’en connaissais les magasins, j'ai pu, â ce double titre, obtenir de M. de Nieuwerkerke, 1 attribution au Luxembourg de tout ce qui, en dehors de tout parti pris d’écoles, me semblait propre à l'enrichissement de mon cher musée. Je citerai, au hasard, parmi des centaines d’autres, la Jeanne d' Arc , de M. Ingres; la Liberté , de Delacroix; Solferino et l'Etat-Major de l'Empereur, par Meissonier, le Tepidarium, de Chasseriau; les Pèlerins de la Mecque, de Belly ; les deux paysages de Lanoue ; la Revue en 1810, de Bellangé, les deux Brion, l’étude d'Enfant, d’Amaury Duval; les deux études de Flandrin, celles de Decamps ; le Printemps, de Daubigny ; la Chasse au faucon et les Courriers, de Fromentin; l'Orphée, de Français ; Y Inondation, de P. Huet; l 'Orphée, de G. Moreau; Y Amende honorable, de Legros; la Charité, de Laemlein ; la Mort de Géricault, de Scheffer ; la Communion des Apôtres et la Peste, de Delaunay; la Suzanne, d’Henner; la Sainte-Communion, de Michel, les deux Vetter, etc.

J’ai pu y ajouter depuis 1871, la Divina T fâgôdia, de Chenavard ; le Prim et l’Exécution, de Régnault ; les Portraits de la famille Rivière, de M. Ingres ; les deux natures mortes de Vollon ; Y Espace, de Chintreuil, et dès mon entrée à la Direction, le Combat de coqs, de Gérûme.

Sans parler des ouvrages de peintres étrangers, pour lesquels j’avais proposé à M. de Nieuwerkerke une salle particulière : la Promenade, de Knaus ; le Mont-de-Piété, d’Heilbuth; la Fêle à Genaqqano, d’O. Achenbach ; les Chevaux de Cosaques, de Schreyer.

Plus, la salle des dessins d’Aligny, de Benouville, de Bida, de Delacroix, d'Ingres, de Heim, d’Eug, Lami, de Rude, etc.

Puis, en sculpture, la Mère des Gracques, de Cavelier ; le Mercure et la

Jeanne d'Arc, de Chapu ; le Saint-Jean , le Narcisse et le Chanteur Florentin, de P. Dubois ; le Tarcinus et le Vainqueur au combat de coqs, de Falguière; YArion, deHiolle; le P. Ventura, d’Oliva; Y Enfance de Bacchus, de Perraud, etc.

Pendant ma direction, Corot, Barye, J. Fr. Millet, Fromentin, Daubigny, étant venus à mourir, j’ai pu mettre à la disposition de mon cher suppléant P. Dubois les sommes nécessaires pour acquérir à la vente des quatre derniers les œuvres qui pouvaient compléter au Luxembourg une digne représentation de leurs talents. Quant à Corot, il avait pris soin de nous léguer ses deux adorables études de Rome, bijoux de son atelier, et jadis, avant même d’être attaché au Luxembourg, j’avais pu désigner le ministère, dans l’un des salons duquel se cachait son chef-d’œuvre à' Une matinée, merveille de son art Virgilien et qui l’a longtemps seule représenté dans notre musée.

On s’est félicité avec raison, dans ces dernières années, d’avoir pu amener du ministèredel’intérieur au Luxembourg quelques charmants tableauxde Diaz, de Th. Rousseau, de Pils; mais ces tableaux je les avais signalés dès longtemps au conservatoire des musées, comme choisis avec plus de cent autres et transportés à la place Beauveau, lors de la décorât ion de l’appartement ministériel, sous M. de Persigny, et j’avais même écrit, à leur endroit/des lettres suppliantes aux ministres successifs, M. Jules Simon, M. de Fourtou, M. de Marcère ; mais chacun, tout en me faisant témoigner grande bonne volonté, avait ajourné à des moments meilleurs l’autorisation de reprise. (M. de Marcère m’avait cependant laissé emporter, en attendant mieux, un groupe d’animaux de Barye). Qui est venu après moi s’est trouvé mieux en cour ; il a bien fait d’en user. Mais, je vous le dis, la mine n’est pas épuisée, et si vous cherchez bien encore, vous y rencontrerez de l’excellent, même du J. Fr. Millet.— Nous en recrutions alors dans tous les ministères, des tableaux bons pour le Luxembourg, et je me souviens encore de la rafle que nous fîmes au ministère d’État, en août 1863, quand après le départ du comte Walewski, M. Billault se fut laissé convaincre par M. de Nieuwerkerke que de véritables œuvres d’art étaient inutiles à la décoration de ses appartements. De là sont venus, entre autres, au musée les deux esquisses de Decamps, les Pèlerins de la Mecque , de Belly; les Courriers , de Fromentin; la Promenade aux Tuileries , de Knaus ; le Mont-de-Piété , d’Heilbuth; les Vendanges, de Baron; les Pommiers en fleurs, de Daubigny ; le Troupeau de moulons, de Ch, Jacque, le Souper à Versailles, d’Eug. Lami ; Y Appel du soir, de Bida.

Mon premier catalogue du Musée est daté de 1863, et il s’ouvre par une ongue lettre à M. de Niewerkerke, où je raconte l'histoire du Musée et un peu celle des diverses décorations du Palais de Marie de Médicis. Elle se erminait par deux propositions assez importantes, l’une ayant pour but de

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fixer à cinq ans l’attente au Luxembourg, avant d'être transportés au Louvre, des ouvrages d’artistes nouvellement morts ; l’autre dont j’ai déjà parlé et relative à une salle qui serait spécialement consacrée aux oeuvres des artistes étrangers.

Cette notice se reproduisit dans les diverses éditions du catalogue, et elle a continué à servir d’introduction aux catalogues de P. Dubois, et même aux premiers livrets de mon successeur. — Quand, en 1872, je rouvris le Musée réorganisé après les événements du siège et de la Commune, je crus devoir compléter cette introduction historique parla liste assez curieuse des noms des artistes dont les œuvres, depuis l’origine du Musée en 1818, avaient traversé la galerie du Luxembourg. J’y joignis, pour ne rien omettre, la nomenclature de quelques tableaux rapportés par moi, en septembre 1870, des appartements impériaux des Tuileries, et de l’Élysée pour être mis à l’abri du bombardement dans les mômes salles basses que les peintures et sculptures du Musée.

Je n’ai point à m’étendre ici sur les quelques améliorations que j’ai pu proposer au surintendant, et qui avaient surtout pour but d’élargir, autant que possible, le trop étroit espace, réservé dans le palais aux plus remarquables productions de l’école contemporaine. Galerie et salles des Vernet craquaient d’année en année, de leur trop plein, et nous étions forcément limités par l’escalier du Sénat et par les salles des commissions. Les arts dans ce palais ont toujours dù disputer pied à pied le terrain aux puissants corps politiques qui en étaient les grands locataires ; il a fallu même parfois guetter le moment et conquérir par surprise. La petite galerie basse, ou plutôt le passage couvert qui sur la terrasse reliait les deux gros pavillons en avant du Palais, et qui ne nous servit longtemps qu’à exposer quelques dessins, il a fallu que les varioleux du siège en eussent, par leurs déjections affreuses, empoisonné les tentures, les parquets et les cloisons de planches, pour obtenir qu’on l’élargit de toute la surface de son dallage, et qu’on en fît le délicieux promenoir, où j’ai pu suspendre tous les plus charmants tableaux de chevalet de la collection. — Pour la galerie de sculpture, ç’a été une affaire bien autrement difficile et compliquée.

On a certainement oublié qu’avant 1870, les quelques sculptures conservées au Musée du Luxembourg, se voyaient éparpillées dans l’axe des salles et naturellement fort mal éclairées, sauf celles qui pouvaient obtenir un voisinage de fenêtre. Je citerais telle salle, où nous empilions jusqu’à sept statues de marbre, et c’est miracle que les planchers ne s’en soient pas effondrés. Puis, quand il s’agissait d’introduire un des marbres à ce premier étage, il fallait requérir du charpentier un système de chèvres et d’échafaudages fort coûteux, et il n’entrait pas là-haut une sculpture de quelque importance à moins de trois à quatre cents francs, sans parler des chances d’accidents pour les

hommes et pour les œuvres. En ce temps-là, la galerie voûtée à gauche de l’entrée du palais, et qui est à cette heure consacrée à la sculpture, était occupée par l’imprimerie du Sénat. Je ne pensais jamais, sans l’envier pour mon cher Musée, à cette galerie qui lui eût donné une entrée bien à lui et bien digne de lui, et qui nous eût enfin permis de montrer dans un jour d’atelier, les plus belles pièces de cette école française de sculpture qui conquérait d'année en année une importance plus grande dans la renommée de notre art national, et était même en train d’y prendre le pas sur la peinture. J’en avais, à diverses reprises, entretenu le surintendant, et M. de Nieuwerkerke m’avait autorisé à aller de sa part en parler au Grand-Référendaire. Mais je n’ai jamais été un grand diplomate, et une première fois, puis à une seconde tentative, ma négociation avait été fort mal accueillie par le général d’Hautpoul. J’avais beau représenter que l’imprimerie du Sénat pouvait trouver sa place dans toute autre partie du Palais, voire dans les combles ; les frais de son installation étaient nouveaux et avaient été considérables. Bref* on ne voulait rien entendre, et j’avais été très nettement évincé. Mais en 71, même dès 70, je revins à la charge; il n’y avait plus de Sénat, partant plus d’imprimerie, et je trouvai dans M. J. Simon une oreille plus complaisante. Cependant d’autres services du Palais, jaloux du pauvre Musée, bataillèrent encore. J e ' pris le parti d’envahir la galerie et de l’encombrer de mes marbres et bronzes avant qu’elle eût été nettoyée, et les travaux de réparation de l’architecte se firent à travers cet affreux entassement ; mais rien ne m’en pouvait plus faire déloger, et comme presque aussitôt elle se trouva tellement remplie qu’on n’y pouvait circuler autour des œuvres, je profitai, quatre ou cinq ans plus tard, dece que le Palais dépendait de la direction des Beaux-Arts, pour faire évacuer la galerie attenante en retour, et la livrer de môme à la sculpture, qui a désormais, sous les galeries de peinture, un développement d’espace digne de ses chefs-d’œuvre.

Elle était, en effet, venue l’année maudite, et elle avait apporté au Luxembourg une bonne part de ses cruelles émotions. A peine rentré de Brest, où M.de Nieuwerkerke m’avait envoyé accompagner l’un des convois des tableaux du Louvre, que l’on y mettait en sûreté, loin du bombardement prévu de Paris, j’avais dû, comme chacun de mes confrères des divers départements du Musée national, m’occuper des soins à prendre pour le salut de la collection à moi confiée. Notre ministre, M. J. Simon, donna, je dois le dire, le branle à ces travaux de préservation avec une activité, une précision et une sollicitude admirables. A tout moment m’arrivaient des rendez-vous du ministre, ou des billets de lui et de son aimable secrétaire général, Saint-René Taillandier. Chaque jour, réunion des conservateurs au Louvre (1), pour s’entendre sur les

(1) A l’une de ces séances quotidiennes du Conservatoire, qui se tenaient au second étage du Louvre, dans le cabinet du secrétaire général, M. Villot, je vis même un jour

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mesures générales, et rendre compte des précautions prises. Mais là, je l’avoue, je souffrais de l’état pénible de suspicion où mes confrères étaient tenus par un semblant de commission d'artistes qui s’était instituée, dès le 6 septembre, soi-disant pour sauvegarder les richesses des musées, et dont le prétendu mys* tère enveloppant la caisse des armes de Pierrefonds appartenant à l’Empereur avait fourni l’occasion. Courbet, déjà Courbet, était là dedans, avec MM. Moulin, Ottin, Feyen-Perrin, Veyrassat, Leveel, Bracquemond, Reiber, etc., et à tout moment c'étaient des tournées dans le Louvre, sous la conduite de ces messieurs, pour s’assurer que tout y étairen bon ordre, selon leur bon vouloir.

Quinze jours après, il est vrai, pour couper court à ces vagues insinuations de détournements des œuvres de la collection nationale, M. J. Simon établissait une. commission véritable dont MM. Courbet et Burty faisaient partie; mais il leur avait adjoint M. Vacherot pour président, et MM. de Guillermy, Boeswilwald et Ballot. Tous les conservateurs, à tour de rôle, avaient été entendus par cette commission et il en était résulté un rapport qui mettait à néant les accusations portées, mais que MM. Courbet et Burty se refusèrent à signer, malgré le vote de leurs collègues. Devant cette situation froissante faite à mes confrères du Louvre, je pris lestement mon parti ; je m’en allai battre le rappel dans les ateliers avoisinant le Luxembourg; je convoquai peintres et sculpteurs, Toulmouche, E. Lambert, Ranvier, Mouchot, Carolus Duran, Legrip, Le Harivel, Oliva, Truphème, vingt autres encore, et je les sup* pliai de venir m’aider à transporter les tableaux et les sculptures du musée dans les deux locaux voûtés et blindés qui avaient été préparés dans la cour du Palais par l’architecte Constant Dufeux. Us s’y prêtèrent d’enthousiasme, et en quelques jours, par les artistes eux-mèmes, peintures et statues furent mises en sûreté et les baies garnies de haut en bas de madriers et de sacs de terre. Je me souviens que le malheureux Moulin s’étant un jour avisé de venir rôder de ce côté pendant que les sculpteurs tiraient un câble pour soutenir la descente d’un marbre dans l’escalier de la cour, à gauche, Oliva et ses camarades lui crièrent aussitôt : Allons, Moulin, à la corde, à la corde! Il disparut comme par enchantement, et on ne l’y a jamais revu. — En octobre 1870, j’avais adressé au ministre, M. Jules Simon, qui m’avait exposé son idée de consacrer le Palais du Luxembourg au service des sociétés savantes, et m’avait fait l’honneur de me demander mon avis sur la part que le musée pourrait conserver dans le Palais, deux lettres d’une certaine étendue, et que j’ai su plus tard

venir de compagnie M. Jules Simon et M. Rochefort avec sa tète maigre, blême et verte de ce temps-là, Ces messieurs vivaient alors patriotiquement en bonne confraternité. Rochefort prit, par distraction, un tableau de petits génies de Simon Vouet pour des amours de Boucher, et se félicitait d’avoir sauvé, la veille, et fait rapporter à Paris, de Meudon ou de Saint-Cloud, un buste de la Du Barry.

4o SOUVENIRS D’UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.

avoir passé par les mains de Pilotell, le délégué de la Commune. Le brouillon de la seconde lettre m’est seul resté, et comme il y est touché à certaines questions fort débattues depuis, il me semble curieux de le reproduire ici :

A Monsieur Jules Simon, minisire de l'Instruction publique et des Beaux-Arts,

Palais du Luxembourg, le 17 octobre 1870.

Monsieur le Ministre,

Dans la lettre que j’ai eu l’honneur de vous adresser le 13 courant, je m’appliquais à vous démontrer que le Palais du Luxembourg, désormais acquis à votre ministère, pourrait devenir, par un acte qui ferait grand honneur à votre initiative, le Palais de l'art contemporain, comme le Louvre est celui de 1 art ancien, Si cette pensée vous agréait et prenait force de décision ministérielle, les personnes que vous en chargeriez auraient, pour en préparer l’exécution, tout le temps du siège; et ce temps ne serait pas de trop, i’exécution d'un tel programme, très simple, mais large, ayant besoin d’être mûrie aveç tout le soin et la prudence possibles.

L'Administration des Beaux-Arts, qui tiennent une si grande place dans la France d’aujourd'hui, manque depuis bien longtemps de logique et d’ensemble, et ce ne vous serait pas un mince honneur, Monsieur le Ministre, d'y mettre un peu d’ordre et de cohésion Pour ne vous en citer au hasard qu’un exemple, vous avez vu, comme moi, dans un temps qui n’est pas très éloigné du nôtre, les théâtres réunis à la Direction des Beaux-Arts, quand ils n’ont vraiment rien de commun et appartiennent légitimement aux Lettres, — et la Direction des bâtiments civils, c’est-à-dire l’Architecture et tous les grands travaux de peinture et de sculpture qui en dépendent et sont les.seuls enviés des artistes dignes de ce nom, attribuée au ministère des travaux publics; — la Direction des manufactures de Sèvres, des Gobelins, de Beauvais, etc., attribuée à je ne sais quelle autre administration, — ne laissant en réalité à la Direction, dite des Beaux-Arts, que d’infimes commandes de copies, certains secours et encouragements à peine avouables, et quelques acquisitions au Salon. — La vraie Direction des Beaux-Arts serait celle qui s’exercerait sur les commandes des Bâtiments civils et sur les travaux des Manufactures nationales. Telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est une dérision ; et elle en est réduite, pour se conserver quelque prestige aux yeux du public et quelque importance aux yeux des artistes, à se mêler du service des expositions, service plein des plus difficiles et des plus inutiles responsabilités, et qui, depuis longtemps déjà, devrait être remis aux artistes eux-mêmes.

Les dépenses d'installation de l’Exposition prochaine ont été comprises

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dans le budget promulgué il y a quelques jours, et vous aurez à vous en préoccuper prochainement à la première éclaircie, le règlement de chaque exposition devant être naturellement publié un grand nombre de mois avant son ouverture. Vous aurez alors, Monsieur le Ministre, à étudier cette très grave question qui, chaque année, soulève tant d’animosités dans le monde des arts, animosités qui retombent infailliblement sur l’administration et s’en détourneraient à jamais le jour où un ministre franchement libéral dirait aux artistes : Faites vous-mêmes vos affaires; je n’ai charge aux yeux du pays que de faciliter votre éducation, d’acquérir vos meilleurs ouvrages et de décorer les monuments dont la nation a besoin. Je n’ai point à me mêler inutilement à vos querelles et à vos rivalités d’écoles. — Le projet d’organisation des artistes que vous trouverez ci-joint, et qui avait reçu, il y a six mois, l’adhésion des 400 artistes les plus considérables de notre école, vous dira, Monsieur le Ministre, comment j’avais compris cette solution, conforme aux traditions de la France durant les deux derniers siècles; et j’en suis à regretter infiniment qu’elle n’ait pas été réalisée alors, car elle vous aurait offert un appui bien précieux pour résoudre, par le vœu de tous les vrais artistes, les questions si variées que les musées et tous les établissements d’art vous suscitent à chaque pas aujourd'hui.

Pardonnez-moi, Monsieur le Ministre, de vous entretenir d’affaires qui semblent ne me regarder que fort indirectement; mais la Direction des Expositions d’art, que j’ai eue pendant dix-huit ans, m’a tellement mêlé aux intérêts les plus passionnés et les plus intimes des peintres, des sculpteurs, des architectes et des graveurs, que je ne puis me défendre de vous dire quel intérêt capital s’attacherait, au point de vue d’une administration nouvelle, à l’émancipation des artistes. Ce sera, à coup sûr, pour vous le premier principe à étudier et à résoudre. Et si vous ne tranchez toutes ces questions de l'organisation des Beaux-Arts, à la fois philosophiquement et révolutionnairement qe vous parle en homme qui depuis vingt-quatre ans appartient à ce monde des arts), la routine et les précédents seront plus forts que tout votre bon vouloir, et vous n’en viendrez pas à bout.

Pour en revenir au Luxembourg, je vous dirai, Monsieur le Ministre, qu’il ne faut pas vous faire illusion sur l’immensité du Palais. Il est, en réalité* beaucoup plus borné qu’il ne semble. Ni ses ailes, ni son centre n’ont de second étage, Ses pavillons seuls sont élevés, mais inaccessibles au public pour une circulation facile. Je vous répéterai donc qu’avec une double série d’œuvres, celle des arts proprement dits, peinture et sculpture, dessins et estampes modernes, — et la série des arts d’ornement ou décoratifs, comprenant l’orfèvrerie, les bronzes, les tapisseries, l’émaillerie, les vitraux, etc., il serait très facile à remplir; à peine y trouveriez-vous deux ou trois salles pour les réunions qu commissions de l’Académie nationale des artistes français, à laquelle je vous

propose de remettre l'administration des expositions futures. — Quant au Petit- Luxembourg, qui relève inséparablement du même palais, mon idée serait d’y transporter l'École nationale gratuite de dessin, installée rue de l’École-de* Médecine, et qui appartient à votre ministère. Cette école est destinée à fournir des dessinateurs aux manufactures nationales et particulières. Elle serait ici à sa place et étroitement jointe à ses modèles vivants, et vous pourriez livrer exclusivement aux Sociétés savantes qui vous préoccupent justement le local important , consacré, rue de l’École-de-Médecine , à l'École nationale de dessin.

Le jour où vous en auriez ainsi décidé, Monsieur le Ministre, une grande institution, se tenant de la base au faîte, des élèves de dessin jusqu’à Ingres et Delacroix, serait fondée irrévocablement, et autant je défie aucun pouvoir au monde de déposséder le Louvre de son attribution actuelle de temple des chefsd’œuvre éprouvés par le temps, et Versailles de son attribution de musée historique, autant, je vous l’affirme, je défierais tout pouvoir futur de déposséder le Luxembourg du caractère que vous lui auriez imposé de Palais de l’art vivant. Rien n’est tenace comme un musée, surtout s’il a son unité, son but bien clair dans l’esprit du public.

J'ai l’honneur d’être, avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très humble et dévoué serviteur.

P H. DE ChENNEVIÈRES.

J'ai dit que je croyais toutes mes précautions bien prises contre les accidents possibles du bombardement. J'avais ma provision de seaux, de sable, de couvertures, mes gardiens bien renseignés en cas de sinistre; ce qui n’empêcha pas que j’eus une vilaine surprise, le soir où, pendant que je lisais tranquillement mon journal au coin de mon feu, au n° 64 du boulevard Saint- Michel, le premier obus vint éclater en face de ma maison, au coin de la rue de 1 Abbé-de-L’Épée. Il fut suivi de seize autres qui venaient régulièrement s’abattre dans mon voisinage, sur ce terrain vague de l’ancienne pépinière, où avait été élevée à la hâte une ambulance qu’il fallut faire évacuer précipitamment pour transporter les pauvres soldats au Val-de-Gràce tout prochain. On se souvient combien cette première nuit du bombardement était belle et claire, et aussi combien la gelée en était raide et sèche. Quand je me fus rendu compte de ce que voulait dire ce sifflement cinglant et strident suivi de ces éclats rapprochés, je m'empressai de gagner le Luxembourg en longeant la grille, qui me parut fort longue, — car le jardin, où la lune dominait à peine une légère brume, était fermé même pour nous, — pour m'assurer que mes gardiens étaient prêtsàtout événement. Et que trouvai-je? l'eau était gelée dans les seaux, quelques-uns de ces seaux en étaient crevés; les pompiers ne s’étaient point

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avisés de ce détail, et si le malheur avait amené un obus sur nos galeries, le secours n’eût pas été possible. Le lendemain, je réclamai d'urgence des seaux nouveaux, et demandai au ministre, pour être plus à portée des deux salles blindées qui gardaient nos trésors, l’autorisation de m’installer dans l’un des appartements vides au rez-de-chaussée du Palais. C’est là que j’ai entendu chaque soir, de huit heures et demie à minuit, jusqu’à la fin de janvier, ce desagréable roulement des obus lancés des hauteurs de Châtillon et de Montretout, et qui se croisaient, en prenant d’abord pour cible commune le Panthéon et le Luxembourg, puis divergeaient peu à peu, les uns tournant vers le. quartier Saint-Sulpice, les autres vers celui du Val-de-Grâce, Un obus, dans les premiers jours, vint défoncer le toit de ce que nous appelions la maison Giroux, occupée, à son sous-sol, par l’architecte Constant-Dufeux, mourant. Cette maison que j’ai habitée depuis, attenait au corps de bâtiment que j’avais quitté l’avant-veille. Il en plut, chaque nuit, dans le jardin même où par bonheur ils s’enfonçaient sans nuire ; il s’en abattit au pied du gros pavillon du Palais tout proche de l’Odéon, dans la rue de Condé, dans la rue de Tournon; les rues voisines du Val-de-Grâce jen furent criblées; l’un perça la calotte du Panthéon; mais rien, Dieu merci, n’atteignit notre Palais lui-même ni les pauvres varioleuxquiavaienl fini parenencombrer les galeries. Le triste temps que c’était ! Et toujours, et toujours, la sale agitation, dans les rues puantes, des képis crasseux de faux soldats ivres et débandés et des émeutiers braillards du 31 octobre, et jamais un jour de sérieuse espérance; et ce qu'il y avait de plus dur à supporter, bien plus dur que le froid, avec lequel on trichait tellement quellement, en cachant son tas de bûches sous des couvertures, ou comme le pauvre Constant-Dufeux en s’enfumant avec les branches vertes tombées des arbres du jardin, bien plus dur que les gardes aux remparts où se nouaient de rhumatismes les braves artistes de mon quartier, bien plus dur que la nourriture écœurante, fantaisiste, qu'on baptisait de tous les noms, voire de celui de « charcuterie percheronnaise », — jamais, jamais de nouvelles des siens !

Enfin, le 6 mars, je partis de Paris. Les Allemands que j’avais vus sur la place de la Concorde et dans les Champs-Élysées, le jour où j’étais allé m’assurer que l'appartement de Tauzia, toujours fixé à Brest par la garde des chefs-d’œuvre du Louvre, n’avait pas été envahi, — les Allemands, après avoir souillé le Louvre de leur visite, étaient sortis de l’enceinte de la ville ; plus d’angoisses quotidiennes pour nos pauvres musées. Notre tâche de préservation semblait désormais accomplie. Après six mois de perplexités, nous avions quelques jours, voire quebues semaines de répit avant de nettoyer nos galeries du Luxembourg, encore pleines de leurs ambulances, et de les rouvrir au public. Je mourais d’envie de revoir ma femme et mes enfants. Je traversai Versailles et la Beauce, plein du dégoût que m’offraient à chaque gare des es-

couades odieuses de Prussiens et de Bavarois. La matinée avait été belle et ce n’est qu’en arrivant à Nogent-le-Rotrou que je sentis l’air se refroidir. Le conducteur du coche ordinaire de Bellesme était bien là; mais il avait pour consigne de ne point faire sortir de chevaux, lesquels auraient été réquisitionnés par 1 ennemi pour sa retraite commencée. J’insistai tant et tant auprès du brave Jumeau, que je le décidai à me trouver n’importe quel cabriolet feraillant et la première rosse venue pour me traîner jusqu’à notre ville, et, pendant qu il cherchait son équipage, j’allai faire visite à l’imprimeur, M. Gouverneur. Celui-ci était parti pour Paris et sa femme fort inquiète. De mauvais bruits couraient à Nogent sur les dispositions des Parisiens de Belleville et de Montmartre; à quoi je lui répondis, très convaincu, qu’il n’y avait rien de bien sérieux à craindre ; à coup sûr, il y aurait un assaut à donner de ce côté, mais ce serait l’affaire de deux jours de fusillade, et le centre même de la ville n aurait rien à redouter. Je répétai là, de pleine confiance, ce que tout le monde pensait à Paris. Me voilà donc en route pour Bellesme, et dans un cabriolet sans capote, où je fis monter une pauvre femme qui revenait, elle aussi, de Paris, et avait servi dans la maison de mon cher futur collègue, M, Mourier. J’étais mal couvert, je n’avais pas prévu le rude vent du soir. Je sentis, bien avant d’arriver à Serigny, que ma poitrine s’oppressait et s’engorgeait, et, dès le soir même, j’étais pris d’une affreuse bronchite, contre laquelle j’essayai de lutter toute la journée du lendemain, pour voir s’éloigner les dernières charrettes des juifs pillards qui suivaient les bandes allemandes ; mais il fallut céder et le mal me retint plus de cinq semaines enfermé dans la chambre et se prolongea jusqu'aux premiers jours de mai. Les privations du siège avaient trop affaibli tous ces Parisiens pour que leur santé ne se détraquât point à la première atteinte imprudente. C’est donc sous ma série d’emplâtres que j’appris combien j’avais été mauvais prophète à Nogent et, l’une après l'autre, toutes les abominations, dès la première heure, de la lutte delà Commune contre Versailles.

J’avais laissé au Luxembourg moucher lieutenant, Charles de Tournemine, le très habile peintre orientaliste, formé aux leçons de Decamps, de Marilhat, d’Isabey et de Diaz, et qui occupait alors les fonctions d’attaché au Musée. C’était un des esprits les plus intelligents que j’aie connus et raisonnant le mieux sur son art et du goût le plus délicat. Fils du général d'artillerie, baron de Tournemine, il avait beaucoup couru le monde, s’était trouvé enfant à la bataille de Navarin, avait fait deux ou trois fois le tour de la Méditerranée, vu l’Algérie, l’Asie, Constantinople et les bords du Danube, et nous venions de rendre plus étroite encore notre bonne intimité par le récent voyage d’Égypte, entrepris sur le même bateau et, le plus souvent, dans la même cabine, lors de l’inauguration du canal de Suez. Je ne pressentais guère, en quittant

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Paris, quelle rude et terrible tâche je laissais là à ce pauvre ami que nous savions tous atteint depuis longtemps d’une double et mortelle maladie de cœur et d’estomac. Voici la première lettre que je retrouve de lui. Les précédentes, auxquelles il fait allusion, s’étaient-elles égarées dans le tohu-bohu général ?

Paris, 24 mars 7t.

« Bien cher ami, voici la troisième lettre que je vous écris depuis votre départ. Dans la première je vous rendais compte de ce que j’avais fait, de votre part, relativement à nos intérêts du musée : autorisation par le ministre pour l’installation immédiate de notre musée de sculpture au rez-de-chaussée ; la nomination de Courbet comme brigadier, et enfin l’échange de nos logements. Tous ces ordres sont entre mes mains, après les avoir communiqués à Constant-Dufeux. Les ordres devaient être donnés pour l’abatage des cloisons; puis sont survenus les tristes événements que vous connaissez, et tout est arrêté. La lettre de M. Jules Simon au ministre de la guerre pour le déplacement de l’ambulance est aussi entre mes mains. Tous les ministres sont partis à Versailles.

« J’étais fort inquiet de vous n’ayant aucune espèce de nouvelles. Je vous ai écrit de nouveau, depuis, de notre triste situation à Paris. J’ai demandé au Louvre Courbet, qui ne quitte pas le musée et sur lequel on peut compter Sûrement. Nous avons eu dix mille hommes campés dans le Jardin du Luxembourg. Vous connaissez le triste dénouement de cette armée qui a rendu ses armes. Il n’est resté qu’un seul et brave régiment avec trois pièces d’artillerie, qui ont eu le courage de partir avant-hier pour Versailles où ils sont arrivés sains et saufs. J’en ai été bien heureux, car nous devions être attaqués par dix bataillons de Belleville, le jour funeste de cette fusillade sur le boulevard. Le Luxembourg est gardé par un poste de garde nationale, et jusqu’à présent nous n’avons rien eu de mauvais. L’ambulance qui, heureusement, n’est pas partie, nous couvre de sa protection. Nous ne quittons pas notre poste et j’espère que les gens d’ordre finiront par faire bonne garde chez eux. Picard est toujours le commandant militaire, mais ne paraît pas en uniforme. Daveluy est resté à son poste.

« Tranquillisez-vous donc et soignez-vous bien ; si je voyais du sérieux, je Vous écrirais aussitôt. Au Louvre tout allait assez bien. Les gardes du comité font le service et le musée est fermé. J’ai vu tous les nôtres bien découragés. M. Reiset m’a heureusement rassuré sur vous en m’annonçant que vous aviez écrit. M. Villot a été très bien pour moi dans toutes ces circonstances. Clément, toujours ce que vous l’avez vu. Avant-hier j’ai vu d’Armaillé qui avait une mission militaire pour notre Luxembourg ; il m’a chargé de son bon sou-

venir pour vous. Voilà, cher ami, tout ce que je puis vous narrer. Ne vous pressez pas; il n’y a pas urgence pour votre retour maintenant. Veuillez présenter à Madame de Chennevières mes hommages les plus respectueux, et, pour vous, prenez la meilleure expression de mon dévouement.

« Ch. de Tournemîne. »

« Votre petit logement est gardé par votre excellent serviteur (le gardien Morel), et il ne s’en va que très tard, comme je le lui ai recommandé; et si j’en avais vu la nécessité, il y serait couché. Je n’ai pu voir ce pauvre Legrip; il était très souffrant; mais je vais aller de ce pas au Louvre, et je passerai le voir. »

Quinze jours après, je recevais de mon pauvre Tournemine le navrant billet suivant ;

1 1 avril.

« Bien cher ami, un mot à la hâte. Un de mes amis part pour Versailles et se chargera de vous faire parvenir de là ce petit mot. Puissiez-vous être tout à fait remis de votre indisposition. Répondez-moi en adressant votre lettre à Soulié, qui me la fera parvenir. J ‘ai eu depuis tous ces néfastes événements de tristes jours à passer au Luxembourg; délégué sur délégué. J'ai pour le moment M. E. Pilotell, chargé d’un rapport sur le personnel et le musée du Luxembourg; l'autre, M. Tony Moilin, médecin à mouches, administrateur du Luxembourg avec tous pouvoirs. Jusqu'à hier, tout cela a pu marcher. Mais hier soir un bataillon de Vengeurs de Paris nous est arrivé vers neuf heures du soir, a occupé le Palais et s’est livré à une perquisition de tous les locaux, caves et greniers. J’ai eu de très tristes moments à passer, le canon des fusils de ces messieurs dans les reins. Ils ont forcé des portes, votre petit meuble à casier et ont cherché les deux mille fusils dans les petites boîtes qu'il contenait. J’ai pu tout garantir et mettre à l'abri. Tous ces malheureux étaient .

Tous nos tableaux ont été garantis, grâce à Dieu. Enfin, aujourd’hui, j'ai Vu ces pauvres conservateurs du Louvre. Il ne reste ici que Villot, Barbet de Jouy, Daudet, Heuzey, d’Eschavannes et Darcel, qui attendent comme des victimes leur bourreau. On a serré tout ce qui se trouvait sous la main à votre logement, et votre homme est rentré au Louvre, je vous dirai pourquoi, Écri- Yez-moi et tâchez de m’excuser sur mon rébus. Veuillez présenter, etc.

« Ch. de Tournemine. »

Le 4 avril m’était arrivée de Versailles une lettre d’Eud. Soulié, avec un long post-scriptum de J. Buisson, le député de l’Aude, qui me racontait le début

AU LUXEMBOURG

des hostilités, les premières canonnades entre la Commune et l’armée de l’As, semblée. Après un nouveau détail des inquiétudes du Louvre et de mon pauvre Tournemine, il m’annonçait que le charlatan à mouches, Tony Moylin, m’avait réclamé personnellement et déclaré qu’il entendait me retenir pour « otage » . Je pouvais, ajoutait Buisson , venir prendre langue à Versailles; quant au Luxembourg, il n’y fallait plus songer. Mais du moment où je ne pouvais rentrer au Luxembourg, je n'avais rien à faire à Versailles avec mes tousseries et mes jambes encore débiles, parmi les flâneurs inutiles de l’avenue de Paris.

Un mois après, troisième et dernière lettre de Tournemine :

Paris, le 12 mai 71,

« J’espère, cher ami, que cette petite lettre vous arrivera bientôt, grâce â uné bonne occasion (ce soir ou demain) d’un ami partant pour Versailles. Les allées et venues deviennent de plus en plus rares et on ne peut se fier au premier venu par le temps qui court. Voilà bien longtemps que nous n’avons de vos nouvelles et vous devez être aussi impatient de savoir ce que nous devenons. Pour mon compte, le moral et le physique sont à l’unisson. Depuis plus de deux mois, je souffre d’une anémie qui ne fait qu’augmenter. Ces jours derniers, j’ai dù garder le lit. Mon estomac est très malade et je ne puis surmonter le plus grand dégoût. Il me faut un très grand courage pour faire le métier que je fais; car les ennuis et les nausées ne me font pas défaut. Grâce à Dieu, ma femme est de retour; elle était allée rejoindre mon fils aîné à Chàtillonsur-Seine (Côte-d’Or). Ma fille seule était près de moi, et cette chère enfant m’a été bien utile. Notre situation, cher ami, va bien lentement en amélioration; nous espérons toujours en finir et rien n’arrive. Cependant le discours de M. Thiers de ce jour nous ranime un peu. Fasse le ciel qu’il dise vrai! J’ai continué la lutte ici, et cela avec bien du dégoût. La Commission des artistes a délégué trois de ses membres pour l’organisation du Luxembourg : les citoyens Gill (vous voyez que les mauvaises charges n’auront pas manqué au Luxembourg), Chappuy et Gluck. Un nouvel architecte est adjoint à la Commission d’aujourd’hui. Ils y ont mis quelque forme; je n’ai pas eu à me plaindre d’eux. — J'ai commencé par leur dire que l’ouverture du musée était impossible, vu l'envahissement de l'ambulance. Quelques jours après, l’évacuation était ordonnée. Après des discussions interminables avec le nouvel architecte (car nous en possédons un, bien que Duffeux soit toujours dans son lit), il y a eu commencement d’abatage de notre galerie de sculpture au rezde-chaussée; puis, discussion entre les fédérés et l’architecte. Arrêt des travaux. Intervention de la Commune. Reprise des travaux; enfin, aujourd'hui, cessation des travaux derechef, et ces messieurs partent pour vider la question à l’Hôtel-de-Ville. Je suis allé au Louvre. J’ai vu ce pauvre Villot, Dau-

det, Barbet de Jouy et d'Eschavannes. Ils m’ont dit qu'ils allaient de l’avant et qu’il valait mieux prévenir que de les voir arriver. Je commence donc par faire accrocher lundi les tableaux de la galerie. J’ai bien fait assainir les salles, mais les parquets sont tous à raboter; puis je réserverai la galerie de sculpture pour la fin. A votre retour vous reverrez tout cela. J’espère que ce ne sera pas long maintenant, et puis je vous demanderai un bon congé pour aller me remettre. Hier, la Commission m’a informé qu’elle était chargée de visiter votre appartement. J’avais affaire à d'honnêtes gens, et j’ai pris sur moi, pour éviter toute perquisition malséante, de m’adresser à leur honneur en leur permettant cette visite accompagnés du concierge. Je dois ajouter qu'ils ne sont restés que deux à trois minutes et que cette visite n’a été qu’une affaire de pure forme (i). Je les attendais au bas et les en ai remerciés,

« Voici donc, mon pauvre ami, en gros une partie de nos vicissitudes. A plus tard les causettes plus longues sur ces tristes jours. — Vos amis Moisson et Legrip ont retiré tout ce qu’ils ont pu de chez vous. Tous les employés des bibliothèques sont partis remerciés. Daveluy et tout le personnel du Sénat sont remerciés aussi. Je suis à peu près le seul resté au poste de combat. Mon tour viendra peut-être ; mais j’ai la confiance d’avoir fait mon devoir pour sauvegarder l’honneur de notre drapeau. — Vous connaissez mon cœur pour vous et il a été comme il devait l’être pour dire à tous ce que vous étiez et ce que vous valiez.

« Je vous embrasse bien tendrement en vous priant de présenter mes hommages les plus respectueux à votre chère compagne.

« Votre ami.

« Ch. de Tournemine. »

Darcel a raconté, dans la Galette des Beaux-Arts (années 71-72) toute cette écœurante histoire de la Commune au Louvre et au Luxembourg, où Tournemine avait si bien gagné son titre de conservateur adjoint ; mais ce que Darcel n’a pu ajouter, bien que la conclusion ne se soit pas fait attendre, c’est que les horribles émotions de ces nuits néfastes où les « vengeurs de Paris », ivresmorts, tiraient de son lit, en présence de sa fille épouvantée, ce pauvre malade déjà épuisé, pour le pourchasser, le fusil aux reins, à travers les galeries et les caves du Luxembourg dans le but d’y chercher des fusils imaginaires, précipitèrent la fin du malheureux Tournemine. Rien ne put, dès ce jour, enrayer la marche de la maladie mortelle qui le minait dès longtemps. 11 s’en alla, l’année suivante, mourir dans ce pays de Toulon où il était né en 1813 et qui lui était toujours resté si cher. J’obtins que son fils aîné fût nommé attaché à la conser-

(1) Legrip m’écrivait de son cote qu’on n avait tait sauter les sei 1 tires de la chambre en haut, mais sans toucher à rien. »

AU LUXEMBOURG

vation du Luxembourg; c’était une manière de conserver à la veuve et à ses enfants le privilège du logement dans le Palais auquel il s’était si fermement dévoué. Ils restèrent là jusqu’après mon propre départ dans cette humble situation que je croyais éternellement durable. Mais la République n'a malheureusement pas reconnu ces services, et il y a beaux jours que les Tournemine ont dû céder la place à de nouveaux venus. Tout au moins pourrai-ie rappeler que le lendemain de la mort de Ch. de Tournemine, MM. Vitet et Casimir Perrier avaient eu la pensée de faire nommer Paul Dubois, le grand sculpteur, conservateur adjoint du musée du Luxembourg; mais je n’étonnerai personne entre ceux qui connaissent l'homme et sa droiture en leur apprenant que Dubois, au premier mot que je lui dis de mon idée de proposer le fils, avec un titre moindre, en remplacement du père, m’approuva hautement et me déclara sans ambages qu’aucune démarche ne serait faite en sa faveur. Et quelle peine j’eus quelques mois plus tard à le forcer d’accepter, malgré lui, les fonctions de conservateur suppléant, quand je quittai le Luxembourg pour la direction des Beaux-Arts. Cinq jours après la dernière lettre que je viens de transcrire, le Journal officiel du 17 mai 1871 annonçait : « Les citoyens Tournemine, conservateur, et Chennevière, directeur du musée du Luxembourg, nommés par l’ex-administration impériale, sont relevés de leurs fonctions. — Sur la proposition de la Commission fédérale des artistes, le citoyen André G i 1 1 , dessinateur, est délégué comme administrateur provisoire du musée du Luxembourg. Les citoyens Chapuy (Jean), sculpteur, et Gluck, peintre, lui sont adjoints pour l’assister dans ces fonctions provisoires. »

Personne n’a jamais parlé des agissements au Luxembourg du sculpteur Jean Chapuy, et il y a apparence qu’on ne l’y vit que bien rarement en fonctions. Tout roula dans cette administration provisoire, et qui ne fut pas de longue durée, sur l’administrateur André Gill, et sur son adjoint Gluck. Mais quelle différence de procédés et d’humeur! Tandis que Gill, pauvre cerveau troublé et toujours défiant et furieux, s’emportait contre Tournemine et ses hommes et laissait voir volontiers les revolvers dont il aimait à garnir ses poches, — Gluck arrivait dès le matin, comme le plus scrupuleux et le plus exact des employés, et il s’asseyait sur les banquettes, questionnant les gardiens sur les habitudes et les besoins du service, si bien que ces gardiens, qui ne savaient pas au juste son titre ni son autorité, prenaient pour un personnage suspect, et tout au moins de haute police, cet homme le plus doux et le mieux intentionné des hommes, et qui ne s’était laissé fourrer dans cette bagarre de la fédération, où d’ailleurs il avait toujours protesté contre Courbet et la démolition de la colonne, que par son patriotisme profondément ulcéré d’Alsacien.

Quatre ou cinq jours après que j’étais rentré dans Paris, • — ■ et j’y rentrai le 3 1 mai, en compagnie de Cardaillac et d’une foule énorme de confrères, par

5o SOUVENIRS D’UN DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS.

le premier train qui fut organisé à Versailles à l’usage de tous les fonctionnaires, pressés de retrouver leur logis ; le mien était tout brisé et en miettes, porte cochère descellée et renversée, cloisons défoncées, meubles culbutés, rideaux en pièces, plus une vitre aux fenêtres, de la poussière de verre jusqu’au fond des lits, secouée qu’avait été la maison jusqu’en ses fondations par l’épouvantable explosion de la poudrière, dont nous étions les plus proches voisins et qu'avaient déjà cherchée cinq mois plus tôt les obus des Prussiens, — je reçus, un beau matin, la visite du peintre Ranvier. Il me raconta que Gluck avait été arrêté, comme fonctionnaire de la Commune, et qu’il était détenu au Palais de Justice. Le brave garçon s’inquiétant outre mesure du rôle qu’il avait joué, s’était montré si perplexe dans ses mouvements depuis que les troupes occupaient la gare et les premiers abords du boulevard Montparnasse où il demeurait, entr’ouvrant à demi sa fenêtre, puis se retirant brusquement,—- qu’il avait donné l’éveil aux moins défiants, et maintenant il était sous les verroux et Ranvier ne savait comment l’en tirer. J’allai trouver ma providence au parquet, Bachelier, le plus aimable et le plus humain des hommes, l’ami de Nanteuil et des Leleux, et que j’avais connu jadis en 1847 chez Lud. Lalanne, avant que M. Marie, le futur ministre de la justice en 1848, ne l’eût fait entrer dans la magistrature de Paris. C’est ce même Bachelier que la République de 1883, peu tendre aux hommes de sa devancière, vient de rayer, comme entaché sans doute d’esprit trop brillant et trop modéré, de la liste des conseillers de la cour de Paris. Bachelier se fit rendre compte par moi du cas du pauvre Gluck, il s’informa du corridor qu’il occupait dans la prison, nous fit précéder par l’un des geôliers qui ouvrit la porte de la cellule du détenu, et que vîmes-nous ? un grand garçon à lunettes et à mine pâle et fort paisible qui était en train- de colorier de petites aquarelles, souvenir du Triomphe de Maximilien d’Albert Durer et qui devaient apparemment servir dans sa pensée à quelque petit tableau de costumes, ou plutôt à la décoration de quelque vase pour Deck, car c’était là son plus ordinaire gagne-pain, et le plus profitable, de son talent. J’avais, en entrant, prononcé le nom de Bachelier et le mien, mais Gluck, dans son premier étonnement, avait pris Bachelier pour moi qu’il ne connaissait pas; Bachelier s’amusa beaucoup à faire parler le criminel sur ses aquarelles, qui lu démontraient suffisamment la tranquillité d’âme du coupable ; pas un mot sur je crime. Nous sûmes par le geôlier que Gluck, assez interloqué par le caractère singulier de cette visite, lui avait demandé si c’était bon signe pour lui. Le signe était si bon que, deux jours après, sur l’intervention de Bachelier auprès de son ami le général de Rivière, Gluck était relâché, et jamais plus il ne fut question de son affaire.

Il est vrai que l’innocence de tous n’était pas si évidente, et chose triste à rappeler, la plupart des artistes qui s’étaient faits les agents les plus violents

AU LUXEMBOURG

ou les plus apparents de la Commune, auront péri de triste fin. Courbet au procès duquel j'avais été appelé et contre lequel je n’ai rien eu à témoigner de fâcheux touchant le Luxembourg, car je ne l’avais vu qu’une fois traversant la cour du Palais, et il avait suffi à l’adroit M. Jules Simon, présent à ce moment, de l’interpeller du nom de « mon cher grand peintre, » pour faire tomber, comme par enchantement, son air de défiance importante, Courbet s’est éteint en Suisse, par suite des émotions mal supportées du conseil de guerre de Versailles; Moulin, le très habile sculpteur, esprit très distingué, très instruit, sachant plusieurs langues, est mort fou dans une maison de santé; J. Héreau s’est brisé le crâne contre une voûte de chemin de fer, et voilà qu’ André Gill, lui aussi, est devenu fou.

C’étaient tous gens de talent qu’avaient dévoyés la politique et l’orgueil et la nervosité particulière à ce déplorable moment. Tout le monde était nerveux, les artistes, qui s’en étonnera? l’étaient un peu plus que de coutume.

Il me suffira, d’ailleurs, pour faire comprendre à tous le fond de loyauté et d’honneur qui remplit le coeur des artistes, même quand ils ont été le plus vivement troublés, de publier la lettre profondément touchante, que trois ans après ces sinistres événements, je recevais du pauvre Jules Héreau. Cette lettre est le meilleur commentaire du mouvement chevaleresque de Barbet de Jouy, le jour où tenant dans ses mains la vie de Héreau et de Dalou qui venaient de faire passer au personnel du Louvre des moments pleins d’angoissej il offrit le bras à Mme Dalou et fit sortir du palais les deux délégués de la Commune :

« Monsieur, daignez agréer l’expression de ma reconnaissance, Je viens de voir ma femme ; elle m’a dit votre bienveillant accueil et aussi l’achat de son tableau.

« Permettez-moi, Monsieur le Directeur, de vous affirmer ceci : si M. de Chennevières eût été directeur des Beaux-Arts lors des malheureux événements du 4 septembre et du 18 mars, jamais le peintre Jules Héreau n’aurait fait partie d’une commission fédérale ou non.

« J’ai beaucoup souffert pendant le siège; je suis Parisien, mon père l’était aussi. J’ai surtout souffert des privations imposées à ma femme, à ma belle* mère, à ma petite-fille. Quand plus tard je me suis trouvé délégué, presque malgré moi, aux fonctions d’adjoint à la direction des musées du Louvre, j’ai pensé que le concours d’un honnête homme pouvait empêcher de grands malheurs. J’affirme que je me suis toujours conduit en homme d’honneur, et je crois ne pas avoir démérité de l’estime des honnêtes gens. — Je proteste absolument contre toute idée d'ambition, contre toute idée de préméditation; mon caractère, mon tempérament, mon passé en font foi.

« Ma conscience ne me reprochant rien* j’avais demandé des juges ; j’avais

donné ma parole d’honneur de ne point chercher à me dérober à l’action, aux enquêtes de la justice, et en me présentant seul devant ces juges, je croyais fermement à un acquittement. La condamnation qui me frappe m’a vivement peiné; cependant mon honneur est sauf, et je suis bien loin de l’idée qu'on m’a prêtée de vouloir m’en faire un titre pour l’avenir. Je n’ai, Dieu merci, aucun goût pour la profession ridicule d’ancien détenu politique.

« J’ai souffert bien des humiliations ; ma santé est cruellement éprouvée ; mais j’ai surtout souffert du chagrin que je causais aux miens. Je souffre surtout d’être séparé de ma femme bien-aimée; je souffre de la voir malheureuse. Je ne puis m’habituer à vivre dans une cellule; j’essaie de travailler, mais la mémoire me fait défaut et ma vue, déjà mauvaise, s’obscurcit tous les jours, car je ne puis obtenir le sommeil.

« Vous avez bien voulu faire espérer à madame Héreau que la demande dont mes amis et confrères ont pris l’initiative, serait prise en considération. Si un mot de vous, Monsieur, de vous qui êtes père de famille, peut abréger de longues formalités, je vous conjure de le dire, car chaque jour que je passe ici m’enlève une partie de mes forces et de mon intelligence.

« J’avais pensé, aussitôt ma peine terminée, à quitter la France avec tous les miens. Ma femme me conjure de renoncer à cette idée, et il est convenu que nous irions vivre loin de Paris dans un trou de campagne. Je n’ai d’autre désir que d’y vivre tranquille, ignoré, tout entier à mes devoirs de père de famille et à essayer de me faire une position par mon travail.

« Je me suis souvenu que vous aviez autrefois daigné vous intéresser âmes travaux ; j’ai pris la liberté de vous écrire, et je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de mes sentiments de respect et de reconnaissance.

« Jules Héreau. »

» 6 juin 74. — Prison de la Santé, cellule 101.

« P. S. — Je ne me suis jamais occupé de politique sous l’empire. Mon oncle, le docteur Héreau, était chirurgien de l’impératrice Marie-Louise, et ma tante dame d'honneur. Je n’ai jamais songé à m’en faire un titre pour obtenir la faveur du gouvernement. J’ai eu quelquefois le tort de protester un peu vivement contre les mauvaises places données à mes tableaux à l’Exposition; mais là se bornaient mes critiques. »

Oui, les artistes sont de braves cœurs, et Paul Baudry et Jules Lefebvre avaient droit de rappeler, en 1880, à M. Turquet, — qui avait incriminé, à la tribune française, les membres du Jury de peinture, coupables d’avoir donné

leurs œuvres au comité catholique pour l'organisation des écoles libres, — que « quinze membres de ce même Jury s’étaient empressés de répondre à l’appel qui leur avait été fait en faveur de la famille de Jules Héreau, condamné cependant pour sa participation aux faits de la Commune ». — Et je puis ajouter que quand il s’agit d’avancer pour le sculpteur Capellaro, la fin de sa transportation à Nouméa, tout ce qu’il y avait de gros noms dans notre école de sculpture s’inscrivirent au bas de la supplique, et je fus heureux pour ma part de recommander de mon mieux au ministre la généreuse sollicitation des confrères de l’artiste.

Que la paix soit avec les artistes et qu’ils détestent la politique. Ceux d'entre eux, depuis cent ans, je parle de David et des plus grauds, qui sont montés sur les tréteaux, en sont toujours descendus salis et diminués. Dieu leur a fait sur terre la meilleure part celle d’illustrer et d’orner la patrie par leurs œuvres et non pas de la tirailler par des querelles sanglantes ou des ambitions mesquines; qu’ils n’oublient jamais, eux qui aiment la gloire, que le plus grand politicien ne laissera jamais en ce monde un souvenir aussi durable qu’un peintre ou qu’un sculpteur s’étant respecté dans son art.

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