‹ Souvenirs d'un directeur des Beaux-Arts (volume 3)Chapitre 87 sur 89 · A M. LE DIRECTEUR DE L'ARTISTE · texte numérisé non relu

A M. LE DIRECTEUR DE L'ARTISTE

Voilà, Monsieur, ce que je pensais et ce que je pense encore de ces concours ouverts, en dehors de nos expositions nationales, par des administrations timore'es ou faussement démocratiques. Mais permettez-moi de vous faire entendre, pour appuyer mon opinion, une voix autrement autorisée que la mienne; c’est celle de Pradier, le sculpteur célèbre, dont le curieux billet suivant m’est venu par hasard dans les mains ; en homme respectueux des textes d’artistes, je me garderai bien de corriger sa bizarre orthographe :

« Cher Monsieur, vous avez désiré, je crois, voir mes esquisses delà statue de la République mise en concours. La première assise a un œil peint en rose sur la pleinthe, la seconde débouta un petit ancre gravé aussi sur sa pleinthe ; chacune tient d’une main une épée et une branche d’olivier (la paix ou la guerre ), et de l’autre s’appuye sur un faisceau surmonté d’un bonnet de liberté, etc., etc. Comme vous le voyez, je me ployé sans trop murmurer à cet exigence voulue par les circonstances. A quoi sert donc la réputation du talent obtenue chaque année

dans le grand concours de l’exposition du Louvre . Vous le savez, tel qui par

l’aide de son maître ferait une bonne esquisse serait peu capable de l’exécuter en grand. N’importe j’obéis et le destin fera le reste. Que n’êtes-vous le Destin ! vous auriez la barbe un peu blanche, mais aussi vous feriez beaucoup de bien... c’est quelque chose. — Agréez, je vous prie, Monsieur, les salutations de votre tout dévoué. — J. Pradier, membre de l’Institut. — Paris, le i5 mai 1848. »

Pradier a dit là, en deux lignes amères, tout ce qu’un artiste, ayant la conscience de sa valeur, pouvait faire sous-entendre. Depuis 1848, les artistes n’ont point changé, ni l’intérêt de nos monuments, ni les conditions d’enfantement des belles œuvres.

Agréez, cher Monsieur, l’assurance nouvelle de mes sentiments bien dévoués.

PH. DE CHENNEVIÈRES

TABLE

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