‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 2)Chapitre 9 sur 33 · UNE JOURNEE A HARLEM · texte numérisé non relu

UNE JOURNEE A HARLEM

Dalila sur une question si gaîment résolue par Panurge, Docile aux mœurs de son temps comme aux usages de son pays, Frans Hais s'était donc marié. Tl avait même contracté cette union assez jeune, M. Vosmaer dit vers 1610, c'est-à-dire à vingtsix ans. Anneke était d'une famille patricienne dans laquelle les peintres étaient fort bien vus, puisque trois autres de ses sœurs épousèrent, elles aussi, des artistes de Harlem. Jean de Bray, qui a au musée d'Amsterdam un si remarquable tableau de corporation, était beau-frère de Frans Hais. Fort prudemment élevée par un père grave, qui était conseiller, la jeune femme ne put sans doute s'habituer au genre de vie du grand bohème : elle rêvait pour lui d'autres fréquentations que celles des joueurs de trictrac des tripots de Saint-Bavon et des modèles plus austères. Peut-être, sur la réputation de Frans, avaitelle cru s'unir à un artiste posé, officiel et pincesans-rire, tel que le fut plus tard Van der Helst, par exemple. Toujours est-il que la jeune patricienne ne put se faire aux jovialités d'un époux qui prenait la vie pour une kermesse. Des nuages assombrirent cet intérieur : aucun enfant ne vint distendre des rapports mal noués, et Frans en resta pour sa tentative de sagesse et d'amendement. Il alla reprendre son verre et sa guitare au bon cabaret de la Pipe bâtarde.

Un jour, l'histoire en a gardé la date, le 20 février 1616, maître Frans Hais était cité à comparaître devant les magistrats de Harlem sous la prévention d'avoir bel et bien « rossé» sa femme. Dûment convaincu du méfait, dont il convint d'ailleurs, il fut condamné... à ne plus recommencer. On exigea le

scrmonl. Ajouloiis \non vile «pi'il le liiil i^loriciisoinonl, car luiil jours après Aiinoke ('lait inoile, ciiiporlanl avec elle celte erreur de jeunesse

A peine maître de sa liberté, Frans Hais songea à en l'aire bon usage, et s'élant épris d'une belle jeune lille de Spaerdani nommée Lysbelh Reynicrs, il s'en alla la demandera ses parents. Il faut croire que la réj)ulalion du peintre n'jivait point Irop snulVert de sa précédente aventure conjugah;, puisque la jeune personne lui lut immédiatement accordée. 11 est constant d'ailleurs (jue Frans liais n'a jam;iis été le Ijrutal personnage que les historiographes se sont j)bi à représenter sous son nom, et que ses excès de buveur ne dépassaient point la mesure accordée aux hoimèles gens par les mu.'urs hollandaises du dixseptième siècle.

Les compalriotes de Frans Hais se donnent aujourd'hui beaucoup de mal pour laver sa mémoire de ce renom de gai compère dont la tradition Ta souillé à leurs yeux. Ils ne veulent pas que le maître ait été un bon vivant, tort adonné aux plaisirs de la bouteille, et ilsentassent des volumes pour démontrer que le saint homme a été calomnié. .Favoue pour mon compte que la légende, si légende il y a, ne me gûle en aucune façon l'artiste. La physionomie du Frans Hais en belle humeur, rentrant gris le soir à la maison et battant sa femme, n'est pas très conforme à l'idéal que l'on se fait aujourd'hui d'un homme distingué, mais elle me semble fort caractéristique et môme ressemblante. Rembiandt, avare sordide, et comptant ses ducats aux lueurs de la chandelle, est beaucoup plus vrai, quoique peu édiliant, que le Hembran<lt correct et régulier découvert récemment par la cri-

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