‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 13 sur 50 · PAUCA ME · texte numérisé non relu

PAUCA ME

Dans riin de mes recueils de vers (pardon !), il y a une pièce intitulée : Atavisme, où je me vante de me rattacher par ma ligne maternelle au saint évêque de Genève, François de Sales, — et ce n'est pas une galéjade. Remarquez que, si j'avais à choisir, j'aimerais mieux descendre de François Rabelais et même de François Villon. On n'a que le François qu'on peut. Mais i Introduction à la vie dévote du Fénelon avant la lettre, est déjà un morceau de littérature d'assez bon aloi pour qu'un écrivain se contente d'en avoir l'auteur pour ancêtre. Ma grand'mère, qui ne l'avait jamais lue, m'en avait donné un exemplaire de la première édition. Je l'ai toujours, et il me fait penser à elle; il ne m'a pas,

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hôlcis, inli-odiiil ;i la (Icvulc vie, el c'esl pourquoi je m'alislit'us <l;ui.s le monde de me réclauici- de ma généalogie canonisée. On n'y croirail pas.

Du reste s'il me l'allail cnchahKM- les fjcniiil 'uilem do ladile g(''néalogie j'en jellcrais volonliers ma langue aux chiens. Tout ce que je puis vous dire el je me liAle, c'est que la vénérable Marie de Cliaulal n'y élail pour rien, el c'esl ce qu'il y a de plus si"ir dans mon atavisme. Pour ma chère aïeule sa cerlihidc ne s'ombrait pas d'un doule. De ipii aurai!elle tenu, sinon de la famille, le petit jirinceps ri aussi le joli reli(iuaire d'argent ciselé, contenanl un jnorceau de l'aube du saint, qui brelo(juail à sa grande chaîne de montre, même lorsfju'elle lisait du Paul de Kock, son auleur de chevet ? Tout cela venait bel cl bien d'Annecy, en Savoie, du temps où la Savoie était heureuse, vers iTioo, lorstjue M. de Sales y promenait son évangéli((ue houlette.

.Je n'ai pas ici, ni ailleurs, à dresser mon arbre de genèse. L'intérêt de mes « Rougon-.Maccjuart »• ne s'impose pas à la critique pliysiologi(|ue, les ramures d'un laurier ne valant que par le laurier même el s'il Hcurit au bord d'un Enrôlas. Mais on m'excusera de penser qu'il peut y repousser quchpie belle el forte branche, dont la souche importe aux biologistes, et je leur dois dans mes souvenirs le document zoliste de notre greffe animale.

Sous sa double orthographie de Morel ou Maurel, il y a ci)e/. nous une race innombraljle et jjarlout répandue, (pii peut, à sa façon, se réclamer, elle aussi, des (Croisades, mais, pour ainti dire, à l'envers. Ni Charlemagne, ni son neveu Holand, ni même Charles Martel n'ont exterminé les Sarrasins,

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et pendant qne (iodefroy de Bouillon leur courait sus encore, il en restait dans les petits coins pour perpétuer le sang arabe. On les appelait morels pendant le moyen âge, et, après saint Louis, ils pullulèrent, faisant la nique à sa catholique mémoire. Ouvrez aujourd'hui le Bottin et dites si la puissance des croisements ne prévaut pas dans les espèces ? La patronymie des Morels ou Maurels et leurs dérivés en laisse à celle des Dupont, des Durand, des Bernard, que dis-je, à celle même des Meyer ou Mayer, et composés, d'une autre ethnologie victorieuse.

Comment l'un de ces Sarrasins mâtinés de roumis se transplanta-L-il en Savoie, et à quelle époque? Allah seul le sait et son prophète. Toujours est-il que le cens relevait des Morels à Annecy, déjà sous Henri IV et que, sous Louis XIII, l'évèché en avait à revendre sous sa bannière. Ma grand'mère ne m'a jamais dit comment cette branche savoyarde fut mise en relations avec la noble famille de Sales et je ne l'ai jamais pressée à ce sujet, d'abord parce que sa piété l'empêchait de s'en enquérir et ensuite parce qu'elle lisait trop Paul de kock. Mais mes recherches personnelles m'ont amené à découvrir que saint François avait un frère, le comte Louis de Sales, et que ce frère était militaire. Peut-être estce là que gît le lièvre. Le saint ne serait que notre grand-oncle,

Saint-Simon ne dit rien des Morels; sous Louis XIV, on n'en voyait pas encore à Versailles. Ils se terrent ainsi et fourmillent, sans gloire connue, jusqu'à la Révolution où aucun d'entre eux n'a l'honneur d'être guillotiné. Ma branche faisait alors des

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nionlres à Gonrvc pour ne i)as sortir do l'ombre du manleau épiscopal qui la couvrail depuis deux siècles. El TEmpirc vinl. Sous la bolle de sept lieues de l'ogre qui jouait à la marelle avec les fronlières, être à Annecy, à Genève ou à Paris cY'lail tout comme, el les chefs de la Iribu savoisienne s'inslallenl franchement, sinon dans la ville universelle, du moins à ses portes. Les voilà dans Versailles, enfin ! Et c'est ici que s'éclaircit la nuit de mes origines.

Ces chefs étaient deux frères. On les appelait : les Morel d'Annecy, comme on dit Malliicu de la Drùme. L'un d'eux avait apporté le petit piinceps de r IntroducUon à la vie dévote, l'autre le reliquaire du pan de tunique, et il faut croire (|ue ces pieux fétiches avaient plus d'effet entre leurs mains que dans les miennes, car la fortune leur sourit tout de suite, à l'un presque autant qu'à l'autre. — Qu'estce qu'ils y faisaient, sous l'Empire, à Versailles ? — Quand je posais cette (juestion à ma grand'mère, elle se mettait à rire, humait une prise et me jetait sous ses lunettes d'écaillé : — Ce qu'ils y faisaient?... des enfants. Puis elle ajoutait en regardant les cieux : — Mon père en a eu treize, tous de ma mère, et jusqu'au bout. Quant à mon oncle... — Eh bien? — C'était l'aîné... — Alors? — Alors il en a fait vingt-quatre, oui douze à sa femme el douze à sa bonne. — Ah ! sainl François, grand'mère !...

Cette bonne, qui s'appelait Thérèse, était d'ailleurs adorée par tous les membres, réguliers ou hors-cadre, de la famille. D'une couche à l'autre, elle aidait sa chère rivale à faire les sieimes, et alternativement, celle-ci lui rendait le même office. Mais en outre Thérèse les élevait tous péle-môle.

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