‹ Souvenirs d'un jeune premier. Avec [une] préf. de Jules ClaretieChapitre 5 sur 44 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

A qui m'étais-je adressé ?

Je n'en savais rien. Mais, enhardi par ce premier succès, je m'élance à gauche, et dans l'avant-scène qui faisait face à la loge impériale, j'avise un officier entre deux dames, et je lui décoche ces deux autres vers :

... Vous, monsieur, à la fin de la lutte Vous flattez la victoire et flétrissez la chute. Soyons amis !

Un tonnerre d'applaudissements se fait entendre.

« Ah ! ciel, pensai-je, à qui donc viens-je de parler ? »

Mais, comme le coursier de la légende, j'avais lo feu dans le ventre et la flamme dans les narines : une batterie de mitrailleuses ne m'aurait pas arrêté.

Je gagne l'avant-scène et je fixe toute cette salle d'un regard de hyène, et je jette à l'orchestre, au parterre, aux galeries, dans tous les recoins de ce vaste Odéon, ces cris de la vertu vengeresse :

Banqueroutiers, valets, libertins, renégats,

Fripons de toute espèce et de tous les états.

Salut ! nous nous devons un respect réciproque,

Nous comprenons l'esprit positif de l'éjjoque;

Nous sommes des pieds plats, oui; des marauds, d'accord ;

Mais le monde est à nous, car nous avons de Tor !

X l'ilKl ACK.

J'ai remporté quelques succès dans ma vie, ajoute Laferrière, mais jamais de pareils à celui qui, à ce moment, m'enleva comme un ouragan...

En recopiant ces lignes, fiévreuses comme lui, il me semble, en vérité, que je revois Laferrière, debout, au milieu de la scène, et jetant cette apostrophe au public. Avec quelle amertume encore il disait, de façon à faire frissonner, ce vers demeuré célèbre :

Moi qui n'ai pas dîné pour acheter des gants !

UHonneiir et V Argent Q,i\di Conscience i\.\rent,à l'Odcon, deux de ses plus grands triomphes et marquent, pour ainsi dire, le point culminant de sa carrière. Il était déjà bien populaire. Il avait fait — c'est le terme consacré — « courir tout Paris ^ dans le Chevalier de Maison-Rouge et dans le Comte Uermann. Il allait rencontrer bien- des succès encore ; mais la comédie de Ponsard et le drame de

i'IlEFACE. XI

Dumas lui assurèrent deux incomparables triomphes.

Un de ses rôles les plus populaires, un de ceux qui lui firent le plus d'honneur et lui coûtèrent le plus de peine, ce fut le personnage de Gaspard Hauser dans h Pauvre Idiot. Nous le lui avons vu jouer, il y a quelques années, et avec tout Taccent de la jeunesse, sur la petite scène du théâtre Montparnasse. C'était en 1870. Il y avait trente-deux ans que Laferrière l'avait créé. Je retrouve même une fort curieuse note qu'il me remit alors sur cette pièce et qui montre tout le soin, toute la conscience qu'il apportait à ses rôles, dont il se faisait, en quelque sorte, peu à peu, une habitude.

Première de VIcliol, à la Gaîté, 11 juin 1 838 :

De tous les créateurs du Pauvre Idiot, il ne reste plus que trois survivants : Deshayes, qui, à l'époque, avait à peiqe vingt-deux ans, sortait du PetiU

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