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détacher une parcelle enflammée, de forme sphcriquc, se dirigeant, à n'en pas douter, en droite ligne sur, ou vers le Fantoche. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, ou le raconter, le globe lumineux tomba, à quelques mètres à peine du navire, dans les flots qui se refermaient sur lui, avec un épouvantable fracas.
— Enfoncé, le malotru! mecriaLatulipe.
— Heureusement pour nous, lui répliquai-je: si ce polisson s'était avisé à tomber sur le Fantoche, il nous aurait, sans calembour, cassé la pipe à tous les deux.
— Sans compter les autres avanies, grommela Latulipe; parole d'honneur!
j'ai eu le trac pour tout de bon, et, nous pouvons nous vanter de l'avoir échappé belle. J'en suis encore tout chose.
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— Et moi itou. Il nyaqu'un moyen de nous remettre, lui répondis-je, en lui tendant une bouteille de schnick:
buvons un coup, et allons nous jeter dans les bras de Morphée; notre quart est fini, et voici les autres qui viennes nous relever.
Mais, messieurs, il était écrit en haut que cette nuit devait me réserver encore d'autres surprises. Au moment de mettre notre dessein à exécution, c'est-à-dire celui d'aller nous jeter dans les bras de Morphée ou, pour mieux dire, dans notre hamac, une apparition inattendue attira notre attention : à lo métrés de l'arriére du Fantoche, un objet lumineux se balançait sur les vagues, qui se dissolvaient en vapeurs à son contact. Sur-
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pris, autant que stupéfliits, nous mîmes, I.atulipe et moi, une embarcation à la mer, et, dix minutes après, nous amenions à bord un simple bloc de minerai, arrondi, parfaitement froid, et ne présentant, en apparence, ni intérêt, ni valeur, bien qu'il ne ressemblât, en aucune manière, aux minéraux terrestres.
Notre déception fut grande. Peu s'en est fallu que nous ne rendions aux flots ce fameux bloc de métal; mais nous y renonçâmes, je ne sais trop pourquoi et, pour ma part, sous le poids du désenchantement, j'allais me coucher.
Depuis combien de temps jouissai-je des douceurs du sommeil? Je ne saurais le dire; toujours est-il qu'un rêve des plus singuliers vint tout d'un coup l'agiter. Je me trouvais, non plus dans
mon hamac, mais bien dans la hune du grand mât; il faisait une nuit'splendide, les étoiles brillaient d'un éclat incomparable; mais ce qui me chiffonnait un peu, c'était la hauteur inquiétante du grand mât qui semblait s'allonger démesurément. Bientôt, en effet, le pont du Fantoche ne m'apparut plus que comme un point imperceptible qui finit par disparaître complètement!
Et ce farceur de grand mât montait, montait encore, montait toujours, emportant votre serviteur vers les régions éthérées.
D'abord peu charmé de cette ascension tout à fait involontaire, je finis par en prendre bravement mon parti; ma curiosité s'éveilla alors et l'emporta sur des appréhensions bien naturelles. Je
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fus émerveillé du spectacle inaUeiulii auquel j'assistais : au-dessous de moi, mon regard embrassait une grande partie des régions polaires, tandis qu'au dessus, je voyais distinctement une surface plane, de forme circulaire, admirablement éclairée par le soleil.
Elle semblait naviguer dans l'espace et se rapprocher de moi avec une vitesse prodigieuse, grandissant à vue d'œil.
Bientôt, je distinguai nettement un ravissant paysage, une luxuriante et abondante végétation, puis enfin une habitation, et, jugez de ma surprise, je vis un homme paraissant fait de chair et ci'os, tout comme moi, qui me faisait des signaux en agitant un mouchoir blanc. Peu après, je me trouvai au niveau de cette terre minuscule qui venait de prendre une position horizontale; quelques mètres à peine m'en séparaient;
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le grand mât s'ctait subitement arrêté dans sa vertigineuse ascension.
Quant à l'homme, il était muni d'un de ces pontons mobiles qui servent k l'embarquement à quai des passagers; il l'accrocha vivement à ma corbeille et, nouvelle surprise, m'adressa la parole en fort bon français, quoique avec un léger accent gascon auquel, d'ailleurs, je suis moi-même astreint, par suite d'une longue fréquentation des bords de la Garonne.
— Hé, bonjour, citoyen Sylvain, me dit-il; combien je suis heureux de vous voir dans ces parages, mais combien aussi je regrette la fatalité qui m'interdit de vous laisser débarquer ici!
Malheureusement, si vous mettiez le pied dans mon domaine, vous deviendriez, comme moi, immortel dans le sens physique du mot, tandis que mon
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domaine déjà restreint, se diviserait en deux, chaque monolithe ne pouvant être habité que par un seul être vivant
— C'est bien dommage! réphquai-je, sérieusement désappointé. Avoir fait un voyage si extraordinaire pour apprendre à mon arrivée qu'il faut repartir, c'est dur; sans compter que ce mode de voyage à travers l'espace m'a donné un appétit d'enfer.
— Qu'à cela ne tienne, citoyen — (l'inconnu mettait une certaine affectation à dire citoyen au lieu de monsieur)] s'il m'est défendu, dans votre intérêt, de vous recevoir, je puis, en revanche, vous offrir un souper qui d'ailleurs vous attend.
— Quoi? vous saviez donc que je devais arriver dans ces parages?
— Parfaitement! laissez-moi seulement vous apporter le nécessaire pour satisfaire votre faim et je vous expliquerai le comment.
Là-dessus, il disparut et revint bientôt après, m'apportant à souper et me le servit, évitant toutefois, avec le plus grand soin, de dépasser le ponton.
Je me mis en devoir de faire honneur aux mets dont le meilleur des cuisiniers de France et de Navarre aurait pu s'attribuer la confection, tant ils étaient exquis et bien choisis.
Tout en savourant mon délicieux repas, j'écoutais avec un intérêt croissant les paroles que m'adressa mon hôte généreux.
— Ainsi que je vous le disais tout
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à l'heure, je vous attendais ici, et je vous dirai même que j'ai un peu provoqué votre venue. Sachez, pour votre gouverne, que je m'appelle Monos et que des circonstances, bien indépendantes de ma volonté, m'ont rélégué dans ce coin de l'univers dont je suis l'unique habitant, jusqu'cà ce qu'il plaise à Dieu de m'appeler à d'autres destinées. Ma petite terre fait partie, comme celle que vous habitez, du système dont le soleil est le centre; par rapport à vous autres elle fait fonction de satellite, et tandis que moi j'assiste, spectateur privilégié, à toutes vos évolutions, je suis invisible pour vous et l'existence de MoxoLiTHOs, tel est le nom de ma demeure, n'est pas même soupçonnée de vos astronomes (i).
(i) Le citoyen Monos se trompe sur ce point. Depuis
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Jai tenu à vous donner ces quelques explications, avant de vous faire connaître pourquoi je vous ai causé ce dérangement nocturne. Elles viendront corroborer mes assertions contenues dans mes révélations que vous lirez demain lorsque, le rêve ayant cessé, vous vous retrouverez à bord du Fantoche.
— Mais, lui dis-je, si mon corps n'est pas ici, et si ce que je fais, ce que je vois et ce que j'entends n'est qu'un rêve, expliquez-moi, s'il vous plaît, comment je trouverai le moyen de prouver mes assertions?
— Vous autres mortels, ne connaissez pas la réalité des rêves, lesquels ne
longtemps, en effet, plusieurs astronomes, Le Verrier et Arago entre autres, ont admis l'existence d'un satellite très rapproché de la terre et se sont basés sur certaines oscillations des pôles ; ils expliquent Tinvisibilité de ce satellite par son trop grand rapprochement.