‹ Souvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'AfriqueChapitre 11 sur 21 · MAXIMA · texte numérisé non relu

MAXIMA

ItlNIlU.

MOTBNNE.

Janvier* . .

Février. . •

Mars

Avril. . . .

Mai

Juin

, Moyenne de l'année,

Juillet.. . .

Août

Septembre.

Octobre. . .

Novembre..

Décembre. .

Il y a donc une différence de 2' entre la moyenne de la zone littorale et celle des hauts plateaux.

Celte diflférence de 2* entre les deux moyennes est le résultat des hautes altitudes de la région des plateaux.

Sur le bord de la côte, à Bone (1), à Philippeville, à Bougie (2) ou à Alger (3), les moyennes thermométriques sont presque insensibles jusqu'à une hauteur de 100 mètres. Mais, pour les régions éloignées de la mer, il n'en est pas de même. Pour ces contrées, dont le niveau moyen peut être considéré de 800 mètres, les températures varient suivant les expositions, suivant les hauteurs.

La moyenne de la zone littorale étant de 18' 75\ et celle des hauts plateaux de 16* 75' pour 800 mètres d'altitude, il résulte de ces données que

chiffres que je viens de présenter, puisés aux meilleures sources, sont bien l'expression fidèle de la véritable température des deux zones algériennes du littoral et des hauts plateaux.

(1) Bone, sous les 36* IS' latitude nord, à 35 mètres, possède une température moyenne de 21*,74.

(2) Bougie (36* 45' latitude nord), à 27 mètres, atteint une moyenne de 17*.

(3) Alger (36*> 47' latitude nord), depuis 1 mètre à 143 mètres d'altitude, offre une température moyenne de 20*,63 d'après le docteur Kolb, de 18" d'après Rozet, de 17%8 seulement suivant Aimé. D'après des observations faites à Alger en 1735 et 1736, la moyenne obtenue a été de 20«,3, tandis que celles du commencement de la conquête ont donné 21<',6; mais les observations les plus sûres sont celles qui ont été faites à la marine et qui sont consignées dans le Moniteur algérien. Ces observations donnent une moyenne de 19*,6.

i'abaiasement de température serait de l"" par 400 mètres, soit â"" pour les 800 mètres (1).

Or. l'altitude de Roknia étant de 430 mètres environ, d'après M. le général Faidherbe, la moyenne de cette station serait donc d'à peu près 17^ 50'.

En adoptant ce chiffre, je ne crois pas m'écarler beaucoup de la vérité, d'autant plus que la moyenne climatologique de la ville de Constantine, bâtie à 624 mètres d'altitude, d'après notre ami Mares (2), et non à 640 mètres, comme on le croyait, se trouve atteindre 17* à 17"* 15'.

Au point de vue de l'humidité, les deux zones algériennes du littoral et des hauts plateaux sont sèches et fort peu humides.

D'après les observations de M. Don, ingénieur des ponts et chaussées, à Alger, observations poursuivies pendant sept années consécutives, l'année la plus pluvieuse a été de 61 jours et 71 nuits de pluie ; la moins pluvieuse, de 48 jours et 47 nuits, ce qui donne une moyenne de 53 jours et de 45 nuits, soit un chiffre rond de 49 jours de 24 heures.

Bien que les quantités d'eau tombées pendant ces 49 jours dépassent la quantité maxima des pluies de nos pays (3), le climat de l'Algérie n'en est pas moins un climat très-sec. Cette quantité plus forte indique simplement que les pluies, quand elles tombent en ces contrées, tombent avec beaucoup plus de violence et d'intensité que chez nous.

Ainsi, en résumé, la moyenne climatologique actuelle de Roknia est de 17' 50', et de 49 jours d'humidité sur 365 jours.

La température actuelle du nord de la France, qui correspond iï celle qui,

(1) En France et en Suisse, sous les 46* de latitude nord, la chaleur diminue de bas en haut de 1« par 160 mètres en été et par 240 mètres en hiver. Pour Tannée entière, la moyenne serait de 200 mètres. Sur les pentes occidentales du mont Blanc, le décroissement de la température pendant l'été, d'après de Saussure, est de 1** par 165 mètres environ.

(2) Voyez ses nivellements barométriques, dans les provinces d'Alger et de Gonstantine, publiés dans ï Annuaire de la Société météorologique de France, année 1864.

(3) D'après des observations de dix-neuf années, la quantité des pluies toihbées à Alger, pendant la période des six mois d'hiver, du {•' octobre au 1*' juin, est de 0",76 à 0",77, tandis que la moyenne n'est que de 0",t7 à 0",t8 pendant la période d'été (Mac-Carthy).

autrefois, devait exister à Roknia, lors du déblayement des tumulus, est une climatologie de contrées comprises entre les 48 et 50"" de latitude nord.

Paris (48** 50' de lat« n* ; 60 m. 6' ait. du seuil du Panthéon), que je vais prendre comme point de départ, parce que sa climatologie est bien connue, possède, d'après le savant météorologiste Renou, une température moyenne de 10* 1'. Sa moyenne hivernale est de 2* 2' à 2* M, tandis que celle de Tété s'élève de l?"" 8' à 18^ (1). Le nombre de ses jours de pluie, abstraction faite des jours couverts ou brumeux, est de 144 sur 365.

Il y a donc^ entre le climat des régions algériennes où s'élèvent les monuments dolméniques et celui du nord de la France, une différence thermométrique de 7^ 50' et 95 jours de pluie» ce qui implique, pour l'époque du déblayemenl des tumulus au pays de Roknia, une température presque deux fois plus froide et deux fois plus humide.

Pour retrouver actuellement une climatologie analogue à celle de cette époque^ il faut se reporter, des 36^ et 37* aux 48* et 50* de latitude nord, à des contrées situées les unes des autres à une <listance moyenne de 12* et demi.

Or quelles sont les causes qui ont pu produire un pareil changement climatologique?

Ce ne sont ni des soulèvements ni des affaissements de continents^ Depuis des milliers d'années, il n'y a eu aucun changement sensible dans la conGguration de l'Europe ou du nord de rAfrique. Le dernier soulèvement de la mer Saharienne a eu lieu bien avant l'existence des peuples préhistoriques de Roknia. Les études géologiques et paléontologiques, auxquelles je me suis livré à ce sujet, ne m'ont fourni aucun indice sérieux.

Ce ne sont pas non plus les déboisements du sol ; car, s'il est vrai que les déboisements rendent une contrée plus sèche et plus aride, dans ce

(1) D'après M. Becquerel, la température moyenne de Paris a été de 11%57 de 1763 h 1801, de 10%86 de 1802 à 1815, de 10»,77 de 1816 à 1840, de 10»,86 de 1840 à 1854. Elle est maintenant, comme je Tiens de le dire, de 10",!. La température moyenne de Bruxelles (50^ 51' lat. nord), d'après Quételet, est de 10»,23; celle de Londres (51» 30» lat. nord), d'après M. Glaisher, de l'observatoire de Greenwich, est de 9*,83.

cas ils n'ont été que Teffet de la cause , que la conséquence naturelle du changement climatologique, et non la cause elle-même.

Mais les causes sont tout autres, elles proviennent:

1^ De la variation de Texcentricilé de l'orbite de la terre (1);

2* De la variation de l'obliquité de Técliptique (2) ;

3^ De la précession des équinoxes, combinée avec le mouvement de la ligne des apsides (3).

Ces trois grandes lois cosmiques, comme j*espère le montrer, sont les causes du changement qui s'est opéré dans la climatologie de Roknia, depuis l'époque des ensevelissements jusqu'à nos jours.

Suivant l'usage adopté par les astronomes, usage mis en vigueur par le savant directeur de l'observatoire de Paris, j'ai pris pour origine du temps le !•' janvier 1850.

(1) Avec les siècles, dit notre ami le professeur Le Hon, Tellipse que trace la terre dans Tespace pendant sa révolution autour du soleil s'allonge ou se raccourcit. Les calculs ont donné les chiffres suivants pour Tamplitude du phénomène. Au premier jour de notre siècle : E = 0016792. — En un siècle, cette excentricité diminue de 0,0000416. Elle décroit depuis 13,000 ans et décroîtra encore pendant 24,000 ans. Elle atteindra alors un minimum égal à 0'0033. A partir de cette époque, elle croîtra jusque vers l'an 70000, et atteindra un maximum égal à 0^021 1. Il y a environ 100,000 ans, elle s'élevait à un maximum de 0^046 et était, par conséquent, à peu près triple de ce qu'elle est aujourd'hui. Cette loi est fort irrégulière à cause des influences planétaires auxquelles elle est soumise. L'excentricité oscille très-lentement entre deux limites dont la supérieure est égale à 0^077. (Voir, à ce sujet, le savant ouvrage : De l'influence des lois cosmiques, par M. Le Hon, — les Prin^ iipes of Geology {\{y» édition, 1867), de Ch. Lyell, etc...)

(2) L*obliquité de l'écliptique est l'angle que fait avec l'équateur la courbe elliptique que le soleil parait décrire. en une année, et que la terre décrit réellement dans cet espace de temps. Cet angle, variable par suite de Faction des planètes sur la terre, est actuellement (au 1*' janvier 1850) de 2â*27' 31" 83'". —Cet angle diminue depuis une haute antiquité. Cette diminution, qui, d'après Delambre, est de 48" par siècle, ne peut dépasser une certaine limite. L'astronome Lçigrange croit que l'amplitude, ne pouvant aller au delà de 7«, oscille entre les 21* et 28». — Suivant Lagrange, un minimum d'obliquité a dû av^r lieu vers l'an 16300 avant J. C.

(3) La précision des équinoxes est ce mouvement insensible par lequel les points équinoxiaux se déplacent continuellement sur l'écliptique, en marchant d'orient en occident, en sens inverse de l'ordre des signes, de telle sorte que les équinoxes arrivent tous les ans 20* 25" avant que la terre soit en conjonction avec le soleil et avec la même étoile qu'au même équinoxe de l'année précédente. Cette différence est cause que le soleil parait rétrograder dans les signes du zodiaque de 50" 24 par an, ce qui donne \* en 72 ans et un signe entier en 2,156 ans. Le soleil parait ainsi parcourir tout le cercle de l'écliptique en 25,868 années. Si l'on rapporte la position de la terre au grand axe de son orbite, comme cette ligne n'est pas immobile dans l'espace, au lieu de 25,868 ans, il ne faut seulement que 20,937 années. Le mouvement de la ligne des apsides raccourcit donc cette période de 4,931 ans. — Le premier jour de notre hiver, en l'an 1248 de notre ère , correspondait avec le passage de la terre au périhélie. (Voir, au sujet des conséquences des précessions équinoxiales, les savants travaux de MM. Adhémar, Révolutions de la mer; — Le Hon, Périodicité des grands déluges; — Félix Julien^ Courants et révolutions de l'atmosphère et de la mer, etc., etc...)

J ai admis» dans le but de iimplifier les calculs, que la température d'un lieu donné» comme celui de Roknia, par exemple» n'avait pas dû changer d'une façon bien sensible de 1850 à 1800. Alors j'ai divisé les temps antérieurs à 1800 en périodes égales de cent ans» pour chacune desquelles j'ai estimé» avec l'aide de M. Leducq» savant calculateur du Bureau des longitudes» la valeur des coordonnées astronomiques suivantes (1) :

Précession des équinoxes = 50" 236 \ en 4850» année

Mouvement du périhélie = 11" 568 f prise comme

Excentricité de Torbite terrestre.. . . = 0,0168 T origine du

Obliquité moyenne de Técliptique. . . = 23« 27' 31 "» 83 ) temps.

En donnant à ces valeurs une interprétation basée sur les lois les plus certaines de la météorologie» lois que j'indiquerai tout à l'heure» je suis arrivé à trouver» comme date des monuments dolménîques» Tan S200 avant J. C.

En celte année» en effet, j'ai constaté :

Précession équinoxiale, = 205307"»64 (avance sur Torbite) ; Mouvement du périhélie, = 47994",80 (rétrogradation sur Torbite); Excentricité de Torbite, = 0,0017; Obliquité de récliptique, = 23«59'39",63.

Or» en appliquant à ces nombres les lois météorologiques {i) qui suivent:

1** La surface du globe terrestre peut se diviser en zones climatériques principales» variables avec le temps, mais constamment égales à l'angle d'obliquité de l'écliptique;

2* La température moyenne des zones climatériques varie en raison inverse de leur moyenne distance à Téquateur ;

J'ai reconnu que la température moyenne d'un lieu de notre hémisphère

(1 ) Je ne puis donner ici in extenso la série des calculs. Ce serait trop long et trop fastidieux. Je ne puis indiquer que la marche qui a été suivie.

(2) Voyez les travaux de MM. de Humboldt, Gay-Lussac, etc., les annuaires delà Société de météorologie, etc..

variail, pour l'époque qui m'occupe, avec l'obliquité de Técliplique et Texcentricité de l'orbite terrestre daus des rapports inverses de la façon suivante :

!• Pour ± 1/2* d'obliquité de Técliptique, la zone équatoriale acquérant ou perdant environ 0%24.

2* Pour i 0,001 d'excentricité de l'orbite, la zone équatoriale perdant ou acquérant environ 1*.

Ces effets sont dus à l'influence des variations de l'excentricité de l'orbite terrestre et de l'obliquité de l'écliptique, combinées avec le mouvement du périhélie, dont il faut toujours tenir compte.

Partant de ces bases indéniables, les calculs (t) m'ont donc amené à l'année (julienne) 2200 avant J. C, comme l'époque oh devait exister à Roknia, situé entre les 36* et 37* de latitude nord, une température moyenne de + 10*.

Voici, en effet, l'influence exercée, en 2200 avant J. C, sur la température moyenne de notre hémisphère, par l'excentricité de l'orbite terrestre :

De 0* à 24 la t. nord, — dîsl. moy. = 42 j — 4%47

De 24 à 48 id., — dist. moy. = 36 ( — 3s54

De 48 à 72 id., — dist. moy. = 60 f — 5%85

De 72 à 90 id., — dist. moy. = 81 ) — 8%45

Ainsi, d'après ce tableau, l'on voit que, si l'excentricité de l'orbile avait seule exercé son influence, l'abaissement de température pour Tan 2200 avant J. C. dans la zone polaire s' étendant des 75* aux 90* de latitude nord serait de — 8* 15', laquelle, en vertu des lois de la réfraction, donnerait une masse glaciaire s'avançant jusqu'aux 75* de latitude nord (2).

Hais à ces abaissements de température il convient d'apporter les corrections résultant de l'influence de l'obliquilé de l'écliptique.

Ces corrections sont :

De 0» à 24 lat. nord, — dist. moy. = 42 | + 0%25

De 24 à 48 id., — dist. moy. = 36 ( + 0%76

De 48 à 72 id., — dist. moy. = 60 ( + 4%25

De 72 à 90 id., — dist. moy. = 81 ) + 4%70

(1) Los expressions générales qui ont servi aux calculs sont celle» qui se trouvent dans les tomes II et lY des Annales de Tobservatoire de Paris.

(2) Actuellement la masse glaciaire s'étend jusqu'au 80* degré de latitude nord.

Enfin à ces chiffres il faut déduire une correction importante due à Faction de la précession équinoxiale, combinée avec le mouvement du périhélie de la terre, qui se trouvait alors aux 2/7 environ de la courbe qui joint les solstices.

Par suite de la précession, en effet, il se trouve pour Tan 2200 avant J. C. une diminution de — 2* 40', résultat d*une inégalité assez considérable (13 : 11 97) existant alors entre les sommes d'heures de jour et de nuit des deux hémisphères.

L'influence des précessions équinoxiales combinées avec le mouvement du périhélie était :

De 0* à 24 lat. nord, — dist. moy. = 42 % — 0%80

De 24 à 48 id., — dist. moy. = 36 f — 2%40

De 48 à 72 id., -. dist. moy. = 60 | — 4%00

De 72 à 90 id., •- dist. moy. = 84 ] -— 5^60

Il résulte donc de toutes ces données mathématiques que la température moyenne de Roknia, situé vers le 36^ degré latitude nord, étant, en 1850, de : + 17* 50'

L'excentricité, en 2200 (de 0,0017), = — 3 51'

+ 13* 99' L'obliquité (de 23* 59' 39",83), = -h 0* 75'

La précession équinoxiale (de 205307",64, avance surlorbite) combinée avec le mouvement du périhélie (de 47994",80, rétrogradation sur l'orbite)

L*altitude de Roknia élant de 430 mètres

Résultat + 10* 21'

La température moyenne de Roknia était donc, en 2200 avant J. C, de 10"" 21'. Il existe un petit écart de 21 centièmes de degré entre le résultat des calculs et celui des données malacologiques. Mais cet écart est si peu de chose, qu'il peut être considéré comme insignifiant.

£o résumé, l'époque où Roknia possédait une moyenne thermomélrique de 10% moyenne gravée en caractères indéniables sur les coquilles des dolmens, date de S200 avant J.C.

Or, comme les coquilles portant le cachet de cette température se trouvent dans les couches les plus inférieures des chambres sépulcrales, dans les assises en contact avec les ossements des cadavres, il résulte de là que les monuments mégalithiques (1) de Roknia remontent à cette époque.

J'ai constaté :

l"" Que les monuments mégalithiques de Roknia étaient d'antiques tumulus ne possédant plus que la partie solide, la chambre sépulcrale, en un mot le dolmen ;

2*" Qu'il ne restait plus du tumulus que Tenceinte basilaire composée de pierres plus ou moins volumineuses ;

9" Que tous ces dolmens, à l'exception d'un seul, sont obliquement orientés, comme nos beaux dolmens de la Bretagne, du S. 0. au N. E. ;

A!" Que ces dolmens étaient tous remplis d'ossements, d'humus et de débris de coquilles.

L'examen de Thumus, des coquilles et des ossements a confirmé :

Que l'humus était, en partie, le produit du déblayement des tumulus, en partie celui du transport de terres étrangères par le vent, par la pluie, ou par toute autre circonstance ;

(1) Je n'entends parler que des monuments que j'ai explorés.

Que les coquilles élaient les dépouilles de mollusques réfugiés dans les chambres sépulcrales, dans le but de s'y mettre à Tabri du froid, de la chaleur ou de la sécheresse ;

Enfin que les ossements étaient les restes de cadayres enseyelis, en l'honneur desquels ces monuments funéraires avaient été construits.

Or, d'après les savantes études craniologiques du docteur Pruner-Bey, ces ossements ayant appartenu :

1* à des Ârias ;

i"" à des Berbères ou Kabyles ;

3* à des Nègres ;

4* à une femme égyptienne ;

5* à des métis de Nègres et de Berbères ;

J'ai, en outre, reconnu :

l"" Que les cadavres étaient couchés sur le dos, les jambes repliées et les bras croisés ;

9f Qu'ils étaient indifféremment placés, regardant tantôt le S. 0., tantôt le N. E. ;

3^ Qu'à côté de chaque tête d'homme (et non de femme) se trouvaient un ou quelquefois deux vases ;

4^ Que ces vases, non cuits (1), faits à la main, fort grossiers, rappelaient les poteries de nos dolmens ;

5"* Que les bijoux affectaient les formes de prédilection des bijoux de l'époque du bronze, en Danemark, en Angleterre, en Étrurie, etc.*. ;

6* Que ces bijoux de bronze, à l'exception de deux en argent doré, présentaient à lanalyse chimique les proportions des bronzes antiques, bien qu'il s'y trouv&t quelques parcelles de fer ;

7^ Que les plui grandes sépultures renfermaient un ou deux cadavres, tandis que les petites en contenaient un plus grand nombre ;

S"" Que presque tous les crAnes des grandes sépultures étaient des crânes

( 1} Seulement flambés au feu.

de type dolichO'penlagonal de race arias; lorsque ceux des petits dolmeos appartenaient soit à des Nègres, des métis, etc.; soit, pour la plus grande partie, à des Berbères ou Kabyles ;

9"" Enfin que ces Arias, paraissant, d'après leurs sépultures, les plus riches, les plus puissants, devaient être les dominateurs des tribus berbères de Roknia.

Tels sont les faits principaux, faits qui découlent d'un examen attentif, d*one étude approfondie de ces monuments.

En cette histoire de sépultures préhistoriques, j*ai évité toute dissertation sur les mœurs, sur les coutumes ou les origines de ces tribus, pensant que les probabilités que je pourrais dire sur ces peuples d'autrefois vaudraient moins que la simple constatation des faits. Pour être exact, pour éviter Terreur, j'ai pris les plus grandes précautions, à ne rien omettre, à ne rien laisser échapper; les plans dolméniques représentés dans mes planches montrent avec quel soin tous les détails ont été observés. L'endroit où chaque crâne, chaque vase, chaque bijou a été trouvé est indiqué avec la plus stricte exactitude. En ces sortes d'études, les faits les plus insignifiants, les plus faibles indices ne doivent pas être dédaignés. Un rien, qui semble peu de chose, conduit parfois à de grandes découvertes; la preuve en est dans le parti que j'ai su tirer des coquilles, accidentellement enfouies dans l'humus des chambres sépulcrales, pour arriver à l'âge de ces monuments.

C'est donc à la recherche de l'âge de ces sépultures qu'est consacrée une grande partie de cet ouvrage.

Pour arriver à une date certaine, j'ai passé en revue les données que pouvaient me fournir non-seulement les études géologique et minéralogique du sol et des dolmens, mais encore celles, beaucoup plus sérieuses, que devait me donner la science malacologique.

D'après les études géologique et minéralogique, j'ai constaté : l"" Qu'à l'origine le sol de Roknia était un gigantesque Haïnmam-Meskhoutin, un colossal cratère d'eaux chaudes et minérales;

2* Que ce foyer de chaleur s'était éteint peu à peu, après avoir donné naissance aux immenses dépôts qui forment actuellement le sol du pays ;

3"" Oue les tribus de Roknia, pour se mettre sous la protection d'une divinité infernale qui manifestait sa puissance par d'aussi étonnants phénomènes, avaient affecté ce lieu à un champ de sépulture ;

Â? Que les ensevelissements eurent lieu dès l'origine du refroidissement, puisqu'il existe des dolmens où les ossements sont calcinés sous l'influence d'un feu intérieur ;

&" Que ce foyer de chaleur était éteint bien auparavant l'arrivée des peuples historiques, qui n'en eurent nulle connaissance et qui n'y établirent aucune construction ;

6^ Enfin, par conséquent, que ces sépultures sont antérieures aux périodes romaine, numide et carthaginoise.

Grâce à la science malacologique, j'ai montré, de plus,

l"" Qu'il existait entre les coquilles enfouies dans les couches inférieures en contact avec les ossements et celles des couches supérieures de grandes différences de forme ;

^ Que ces différences étaient la conséquence d'un changement lent, continu, dans le climat de Roknia, depuis l'époque des ensevelissements jusqu'à nos jours ;

3^ Qu'autrefois, d'après les coquilles des couches inférieures, la moyenne climatologique était de lO"* et de 150 journées de pluies, sans compter les jours couverts et brumeux;

4" Qu'actuellement la moyenne actuelle est de 17*50' avec une cinquantaine de jours de pluie ;

5"" Que, lors des ensevelissements, le climat de Roknia était donc plus froid et deux fois plus humide, puisque les différences thermométriques sont de 10* à 17^ 50', c'est-à-dire de 7* 50', et que les jours de pluie sont de 150 à 49, c'est-à-dire de plus de 100 jours;

6* Que, pour retrouver une climatologie actuelle analogue à celle de l'époque des sépultures, il faut remonter vers le pôle de 12* 50' jusqu'à 49^ de latitude nord ;

7"" Que ce changement dans le climat n'est la conséquence ni du déboise-

ment ni d'une perturbation géologique, mais celle des grandes lois cosmiques qui régissent notre globe ;

8* Enfin, d'après ces lois, qu'une température moyenne de 10* et de 150 jours de pluie devait nécessairement avoir eu lieu à Roknia, entre les 36* et 37* de latitude nord, vers l'an 2200 avant J. C. ;

9^ Par conséquent, que ces monuments mégalithiques remontent à cette époque.

Cette date mathématique doit être la date véritable de ces monuments.

Lorsque j'affirme que ces sépultures sont de l'an 2200 avant J. C, je ne veux pas dire qu'elles sont toutes de cette date, en un mot qu'elles sont toutes contemporaines les unes des autres. Non I je désire seulement faire comprendre que celles sur lesquelles j'ai basé cette étude sont de cette époque. Car, parmi les autres, que je n'ai pu examiner, il doit s'en trouver d'antérieures comme de postérieures à celles que j'ai explorées. Je suis persuadé, en efi'et, que le champ de Roknia a servi de cimetière pendant de$ centaines d'années. Cette date positive ne doit donc s'appliquer qu'aux sépultures étudiées les 21 et 22 mai, pendant les deux journées qu'il m'a été donné de passer à Roknia.

C'est la première fois que la date d'une époque sur laquelle il n'existe aucune tradition est hautement affirmée.

Jusqu'à présent on avait bien reconnu qu'il existait, dans les antiques périodes de l'enfance de l'humanité, différentes phases de civilisation. On distinguait des époques de pierres taillées, ou de pierres polies, des âges de bronze ou de fer. Mais de la constatation de ces âges et de ces époques aux dates exactes de ces phases il y avait toujours eu un inconnu impossible à saisir.

En ce travail, j'ai essayé, je ne sais si j'ai réussi, de tracer une voie nouvelle aux études préhistoriques. J'ai également désiré montrer l'immense parti que l'on pouvait tirer de la science malacologique pour arriver à la connaissance de la chronologie des temps préhistoriques.

98 — Je passe enfin aux conclusions.

Les monuments dolméniques de Roknia sont des sépultures établies sur remplacement d'une antique station thermale.

Ces sépultures sont Tœuvre de tribus berbères ou kabyles.

Ces tribus étaient dominées par une race d'Arias, descendue de l'Italie en Sicile, et de la Sicile dans le nord de l'Afrique.

Ces hommes, bien que fort primitifs, étaient cependant en relation avec les peuples de l'Egypte et de la Nigritîe.

Ils connaissaient les bijoux en bronze et en argent doré, qu'ils obtenaient par voie d'échanges commerciaux (1).

L'industrie de ces hommes se réduisait à la confection de grossières poteries, enfance de l'art céramique.

Ces poteries, par l'ensemble et la prédominance des formes éryslomiques, dénotent des peuples pasteurs adonnés à l'élevage des troupeaux.

L'élevage des troupeaux devait être facile à cette époque.

Les vallons, les flancs des montagnes, si dénudés, si arides aujourd'hui, étaient couverts d'épais pâturages et de magnifiques forêts.

La climatologie du pays, dont la moyenne thermométrique ne dépassait pas 10^, ainsi que la grande humidité de la température (2], permettaient au sol de se couvrir d'une riche végétation^

La race dominante avait imposé à ces tribus berbères leur mode d'ensevelissement : la chambre dolménique, recouverte d'un tumulus. Elle avait, de plus, imposé ses croyances religieuses , puisque l'orientation des sépultures de Roknia est identique à l'orientation traditionnelle consacrée par les coutumes ariennes.

Ces peuples avaient foi en une vie future. Les vases placés près de la tête des cadavres impliquent la croyance d'une autre vie.

Les femmes/ vraies bêtes de somme, étaient p.eu considérées, puisque, après leur mort, elles n'étaient pas jugées dignes de l'honneur du vase funéraire, réservé seulement aux hommes.

Etc , etc

(1) Les analyses chii^iques démontrent que les bijoux sont de provenances diverses.

(2) 150 jours de pluie, sans compter les jours couverts ou brumeux.

Or voilà UD peu plus de 4,000 ans (1868 + 2200) que vivaient, aux alentours de Roknia, ces tribus préhistoriques dont je viens de révéler l'existence.

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